Expédition au de l’ordinaire

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Il faut parfois plus que de bonnes idées originales ou ingénieuses dans la conception de véhicules routiers pour convaincre l’acheteur de choisir un modèle de véhicule. Et quand le pot est petit, le fabricant peut chercher à démontrer qu’il contient le meilleur onguent… Mercedes-Benz Canada a récemment voulu prouver aux journalistes de l’automobile qu’une Smart n’était pas qu’une petite citadine bonne que pour les déplacements par temps cléments, en nous proposant de nous rendre près du pôle nord à son bord. Une idée qui n’a laissé personne de glace !

D’ailleurs, dans la vie de tous les jours, les vendeurs moins expérimentés à la concession Mercedes-Benz et Smart, pourraient parfois bénéficier d’un coup de pouce des journalistes de l’automobile pour convaincre la clientèle craintive que cette microvoiture est belle et bien capable de passer à travers les pires hivers canadiens. Eh bien ! C’est sûrement la raison première pour laquelle on invitait les journalistes à cette randonnée en Smart, au cœur de l’hiver, du 25 janvier au 6 février dernier. Direction : le Cercle polaire arctique.

Tout comme les concessionnaires invités à prendre le volant d’un futur modèle, en avant-première, les journalistes de l’automobile se voient offrir de somptueux voyages partout dans le monde, dans le cadre d’essais préliminaires. Et les manufacturiers ramassent les factures. Le fait est que peu de médias auraient les moyens d’offrir de tels périples à leurs journalistes et, sans les invitations des constructeurs, la couverture médiatique serait bien pauvre, voire nulle, on le sait bien.

Ainsi, l’invitation qui me parvenait récemment ne se refusait tout simplement pas : rouler de Kelowna à Inuvik (consultez votre atlas : Canada) ! Se rendre là-haut, représente un défi unique qui nous fait traverser la Colombie-Britannique, le Yukon, en frôlant l’Alaska, jusqu’aux Territoires du Nord-Ouest. Et l’on nous a bien averti : le thermomètre peut parfois osciller tout près des -50 degrés celcius dans cette région.

Vous l’aurez deviné, Mercedes-Benz Canada n’a pas organisé cette expédition pour augmenter ses ventes auprès de la population inouïte du Grand Nord. On est conscient qu’au retour d’un voyage aussi inspirant (l’inspiration étant l’essence même du journaliste), tous les participants écriront un papier relatant les prouesses de cette microvoiture, à condition bien sûr qu’elle relève le défi ! Et, oui, le défi a bien été relevé sans heurt. Le message qui sera alors passé, en principe, devrait ressembler à ceci : « n’ayez crainte, la Smart n’a pas froid aux phares, et elle sait très bien relever les défis de nos pires hivers.

Toutefois, « la température n’a jamais été aussi douce, dans cette région. Cet hiver est vraiment clément pour nous », de me dire mon voisin passager, de Whitehorse. Mais ça, l’équipe responsable de l’expédition ne pouvait pas le prévoir. Et, si l’Almanac du peuple avait pu guider les organisateurs dans cet important projet, croyez-moi, les organisateurs des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver auraient revu leur plan de match !

Pas le temps de faire nos «smarts»

Avant notre départ, les organisateurs nous avaient prévenus d’apporter tout ce qu’il faut pour survivre aux pires atrocités de Dame Nature. Et mon covoitureur, Jacques Duval, avait déjà vécu l’expérience. « J’ai déjà fait ce voyage, il y a trente ans, me dit-il. Mais c’était avec Ford, alors que l’on mettait à l’essai une nouvelle camionnette sur la Dempster Highway, cette route surplombant le sol gelé en permanence ». Il ne semblait pas inquiet, mais cette fois, on ne roulait pas dans d’imposants 4 X 4.

« Il y a longtemps que nous songeons à organiser cette expédition hors de l’ordinaire. L’idée date de l’arrivée de la Smart au Canada, en 2004 », de dire la directrice des Communications du constructeur, JoAnne Caza. « Oui, mais le moteur était mû au diesel à l’époque. Auriez-vous osé défier les grands froids avec l’ancien modèle ? », lui demandais-je, lors de la réunion préparatoire tenue à notre arrivée. « Bien sûr ! », me répond-elle, sans hésitation. Quoi qu’il en soit, c’est cette année que se concrétisait enfin cette expédition, alors que les ventes de la Fortwo se sont écroulées en 2009. Un bon timing, quoi.

Prêts, pas prêts, partons !

Assez parlé ! En voiture. Nous roulons en moyenne quelque 600 km par jour. Jour 1 de 12, le temps est clément à Kelowna : zéro degrés. Mais Dame Nature n’avait rien promis. Ok. Allons plus haut voir si la planète se réchauffe autant qu’on le dit.

Après avoir d’abord traversé des paysages dignes des films du Far West, nous commençons finalement à voir de la neige sur la cime des montagnes en parcourant la vallée de la rivière Okanagan. De toute beauté ! Après un journée de route, tous aussi joyeux les uns que les autres, nous nous questionnons toutefois au sujet de la température. Aurions-nous emporté nos habits de Skidoo pour rien ? Pour ma part, je profite de la soirée pour aller découvrir ma ville éponyme où nous séjournons jusqu’à demain matin : Quesnel, BC.

Jour 2 : Comme à tous les matins de l’expédition, nous nous levons bien avant le soleil, pour planifier notre départ du bon pied. Les sept Smart pavanent devant l’hôtel. Nous nous ravitaillons, elles sont ravitaillées. Dans ces conditions, et ayant prévu des froids intenses lors de la planification du projet, les organisateurs n’ont pas prévu de  laver les voitures. Qu’à cela ne tienne, je ne me raserai pas de la semaine, par solidarité envers notre vaillante Smart qui couche dehors, le moteur éteint.

Jour 3 : Le froid s’installe graduellement. Mais en ouvrant mon Facebook, je constate que plusieurs amis virtuels se plaignent du froid intense et des vents qui secouent leur confort, à Montréal. Eh bien ! C’est le monde à l’envers. Poursuivons donc notre mission vers le nord, deux par deux, dans nos Smart. Que les décors sont beaux. Des montagnes et des cimes blanches à perte de vue. Rien à la radio. Nous discutons tout le trajet durant. La vie de Jacques Duval est passionnante, encore aujourd’hui, à 75 ans. Mais ça, vous le savez sûrement tous, déjà, depuis qu’il a publié son autobiographie. Quant à ma vie à moi, j’en partage tous les moments forts de ce voyage, en «twittant» le tout en photos et en légendes sur ma fiche de Facebook, comme tout le monde, dès notre arrivée à l’hôtel, le soir venu. Tous, nous immortalisons les paysages, avec, en avant-plan, notre Smart. Celle que nous avons adoptée.

Et, des images du jour 3, nous permettent enfin de donner un sens à notre mission. En effet, les vents, la poudreuse et la glace se mettent de la partie. La GRC a monté sur ses grands chevaux pour ajouter à l’action. Après avoir aperçu notre méchante Smart et son conducteur, M. Duval, effectuer un dépassement trop juste à ses yeux, la jeune policière à camionnette, effectue un long et pénible demi tour pour venir nous arrêter et coller une triple contravention à notre ancien champion pilote. La madame ne semblait pas apprécier notre accent québécois, nous disons-nous en constatant, troublés et abasourdis, la somme du triple ticket… non mérité.

Bon ! Pas le temps de s’apitoyer sur son sort. Nous venons de prendre 15 minutes de retard sur le groupe. La route surélevée d’une douzaine de pieds de chaque côté est complètement glacée. Le temps est maintenant venu de mettre les compétences de course sur glace de M. Duval à profit.

Enfin, à la fin de cette journée tumultueuse, les vrais tests sont passés. La voiture s’est bien comportée. Les journalistes pourront enfin livrer le message souhaité par le constructeur, le tout appuyé d’images de paysages nordiques à couper le souffle. Un coup d’éclat médiatique qui devrait s’avérer rentable, à plus une moins longue échéance, pour Mercedes-Benz Canada.

Dans le Grand Nord, pas de contravention pour le ralenti

En discutant récemment avec un pilote d’hélicoptère basé à Inuvik, j’ai découvert une réalité troublante d’un point de vue environnemental: À Inuvik, il n’est pas rare de voir des «camionmobilistes» démarrer leurs camionnettes, ou camions, au début de l’hiver et couper le moteur qu’à la fin de la saison froide, de crainte qu’il ne redémarre plus… Et c’est tout à fait sérieux !
Déjà, en Colombie-Britannique, notre groupe a constaté que les moteurs
Diesel de deux camionnettes tournaient au ralenti, à notre arrivée à l’hôtel, et qu’ils tournaient toujours lors de notre départ, le lendemain matin !
Le mercure n’indiquait alors que 15 centigrades sous zéro…

Peut-être que les chercheurs à la recherche des coupables du réchauffement des pôles devraient chercher plus près des pôles…! En tout cas, chez nous, je n’ai jamais entendu un concessionnaire Ford ou GM recommander à un acheteur de laisser tourner le moteur de sa camionnette toute la nuit en cas de froid… Les coupables de ces agissements seraient des gens étirant d’anciennes croyances et craintes, selon lesquelles ils courraient le risque de ne plus être en mesure de relancer leur moteur de la saison, s’ils le coupaient, me dit le citoyen de Whitehorse assis à mes côtés dans l’avion. « Ils auraient besoin que les autorités leur expliquent la raison pour laquelle on parle tant du réchauffement planétaire. Ils comprendraient du même coup la raison pour laquelle ils découvrent de nouvelles espèces d’oiseaux qui viennent s’établir dans notre région. Il faut conscientiser ces gens et leur faire comprendre qu’ils ont des responsabilités sociales », complète-t-il.

 

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