Perturbation ou révolution ?

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Avec les nouveaux perturbateurs et tous les joueurs qui se pointent dans l’industrie de l’automobile, il semble bien que nous nous dirigeons vers une révolution

Les révolutions sont, par nature, des événements rares. Les points tournants dans l’histoire ou les véritables brisures par rapport au passé ne peuvent survenir à chaque décennie ou à chaque siècle.

Ce qui est vrai pour les nations et les civilisations est aussi vrai pour les industries. Au début du 20e siècle, Henry Ford a instauré une véritable révolution au chapitre de la mobilité personnelle de masse, et le siècle dernier a vu une expansion mondiale de la propriété de véhicules qui a profondément changé notre monde.

Mais il est probable que la dernière véritable révolution dans l’industrie de l’automobile a été celle qui lui a donné naissance.

Aujourd’hui, nombre de personnes prétendent que nous sommes à l’aube d’une nouvelle révolution dans la façon de nous déplacer. Uber, les applications d’auto-partage et les voitures autonomes représentent rien de moins qu’une menace existentielle pour l’ancien modèle de propriété d’un véhicule privé dans les pays riches comme le nôtre, affirme-t-on.

Si chacune de ces innovations est excitante en soi et apporte du changement dans le transport de personnes, la révolution fait encore partie de l’avenir.

Le fait est que, malgré l’entrée en scène récente de tous ces joueurs et plus encore dans le monde du transport de personnes, la propriété d’un véhicule privée demeure la norme dans les pays riches.

Dans les pays qui aspirent à la richesse, la propriété d’un véhicule automobile demeure un puissant symbole de statut social qui continue de s’imposer à plus d’un milliard de personnes qu’on appelle la classe moyenne.

Une fois que le revenu par habitant atteint un certain niveau dans un pays, disons, 10 000 $ par année, le taux de possession d’un véhicule privé monte toujours de la même manière prévisible qu’ont vécue tous les pays au siècle dernier.

Bien sûr, il faut éviter les hypothèses basées sur l’illusion que les choses vont rester comme elles sont parce que ç’a toujours été le cas. À titre d’industrie, nous ne pouvons pas nous enfouir la tête dans le sable en prétendant que ces forces n’existent pas.

Toutefois, la concurrence n’est pas une révolution, et les innovations dans le secteur des transports d’aujourd’hui, pour la plupart, ne touchent l’industrie de l’automobile traditionnelle qu’indirectement, de toute façon.

Uber est partie de rien pour devenir un géant multimilliardaire international en quelques années seulement, mais fait plus concurrence à l’industrie du taxi qu’aux constructeurs et aux concessionnaires d’automobiles.

Si Uber est très populaire dans les villes où elle s’est établie, elle fait maintenant face à un risque important en matière de réglementation avec son modèle d’affaires et à la menace que son groupe de chauffeurs puisse commencer à exiger des avantages traditionnellement associés à l’emploi dans une grande entreprise. Ces deux éléments pourraient avoir un effet important sur ses coûts de base et réduire son avantage concurrentiel.

Les applications d’auto-partage peuvent avoir comme effet de retarder l’achat d’un véhicule chez certains jeunes et les personnes à faible revenu, mais n’ont pas encore fait la preuve qu’elles peuvent remplacer la propriété privée de quelque façon que ce soit.

De plus, les voitures autonomes, qui pourraient véritablement révolutionner le transport à l’avenir, en sont encore à leurs premiers balbutiements et devront faire face à des obstacles de réglementation et de sécurité difficiles à surmonter avant qu’on les adopte massivement.

Même si ces véhicules autonomes sont vraiment intéressants pour les effets positifs qu’ils pourraient avoir sur la congestion et les problèmes de stationnement en ville, il y a toujours un risque potentiel qu’ils mettent des années ou des décennies à faire face aux défis liés à la sécurité et à la technologie.

Pour le moment, la révolution dans le transport de personnes est encore à l’étape des discussions. Cette innovation révolutionnaire, le véhicule qui se conduit tout seul, est excitante, mais on est bien loin de la coupe aux lèvres.

Même dans un monde de l’avenir avec des véhicules autonomes circulant dans les rues, il est difficile d’imaginer la disparition de la conception de la propriété privée d’un véhicule ou de la marchandisation d’un véhicule personnel.

Les voitures sont un puissant symbole de liberté et de prospérité partout dans le monde. Voilà un concept qui ne sera pas facilement remplacé par des applications de téléphones intelligents ou des véhicules autonomes de l’avenir.

Si l’innovation est vitale à la survie de l’industrie à long terme et est omniprésente, la révolution reste discrète. Mélanger les deux ne changera rien.

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