L’automatisation, un mal nécessaire ?

Posted by

Considérée durant des siècles comme la grande responsable du chômage, l’automatisation comble des vides plus qu’elle n’en crée.

Il y a eu beaucoup de débats stériles récemment sur l’état du marché du travail avec le phénomène de l’automatisation d’aujourd’hui. Les robots, dit-on, sont prêts à nous voler nos emplois et à nous amener au chômage. Récemment, notre propre premier Ministre a émis son opinion plus d’une fois sur le fait que nous sommes sur le point de connaître une ère de l’automatisation qui rendra les humains totalement inutiles en termes de main-d’oeuvre. Alors, sommes-nous tous condamnés au chômage et à la pauvreté par le travail méticuleux des robots ? J’en doute.

Comme les têtes grises qui se plaignent des jeunes d’aujourd’hui, la crainte des robots existe depuis des générations. L’exemple le plus célèbre est celui des luddites, les ouvriers du textile du 19e siècle qui ont protesté contre l’avancement technologique en détruisant les métiers qui leur faisaient perdre leur travail. Aujourd’hui, le terme « Luddite » est péjoratif et s’applique à celui ou à celle qui est réfractaire au changement ou qui ne sait pas comment naviguer dans le paysage numérique en 2017.

L’automatisation existe depuis des siècles. Ce phénomène est aussi vieux que le progrès technologique lui-même, lequel évolue depuis des millénaires, mais s’est accéléré considérablement au cours des deux derniers siècles. Au 20e siècle, dès les années 1920 pour être plus précis, l’agriculture était le plus grand employeur au Canada avec plus d’un million de personnes travaillant dans les champs, soit le tiers de l’ensemble de la population en âge de travailler.

De nos jours, l’agriculture représente moins de 2 % des emplois au Canada et ça diminue toujours. Qu’est-ce qui a précipité cet effondrement radical des emplois dans le secteur de l’agriculture ? L’automatisation ! Les machines peuvent effectuer le travail de dizaines d’employés, et ce, beaucoup plus rapidement. C’est pourquoi quelques centaines de milliers de travailleurs agricoles peuvent, aujourd’hui, produire plusieurs fois la quantité de nourriture que plus d’un million de personnes pouvaient le faire il y a un siècle ; cela fait du Canada un puissant exportateur de produits alimentaires. Et pourtant, depuis cette époque, le taux d’emploi des personnes en âge de travailler et qui travaillent vraiment n’a fait qu’augmenter.

Dans les années 1920, les emplois que nous avons d’aujourd’hui, pour la plupart, n’existaient même pas. Les programmeurs informatiques, les pilotes de ligne, les ingénieurs de la NASA, les installateurs de systèmes à haut débit et les conducteurs d’Uber n’existaient pas, et ce, même dans l’imagination des futurologues les plus fous d’il y a un siècle. Le même principe s’applique aujourd’hui : dans une centaine d’années, nos petits-enfants et nos arrière-petits-enfants accompliront des tâches que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd’hui. Les robots et autres machines, après avoir pris en charge toutes les tâches ennuyeuses et dangereuses traditionnellement dévolues aux humains, nous libéreront et occuperont des millions d’emplois difficiles à imaginer aujourd’hui.

L’automatisation crée autant d’emplois qu’elle n’en fait disparaître, peut-être plus. Oui, les robots assemblent maintenant plus de voitures et de machines à laver que les humains. Mais quelqu’un doit concevoir, construire et entretenir ces robots. Les guichets automatiques distribuent de l’argent comptant, mais les employés de banque occupent des emplois plus intéressants que jamais. Les gens qui y travaillent ne distribuent plus de billets de banque, mais donnent des conseils et proposent des hypothèques ainsi que d’autres produits et services que les machines ne peuvent donner.

Certes, le progrès technologique et l’automatisation entraînent des perturbations et déplacent de nombreux travailleurs dans certaines industries. Pour ces personnes, le processus peut être pénible, et le gouvernement a un rôle de facilitateur à jouer avec les prestations de chômage, la relocalisation des personnes et les politiques d’aide à ceux qui sont directement touchés par la technologie. Beaucoup de travailleurs agricoles des années 1920 ont dû attendre le paysage économique des années 1930 avant de retrouver du travail, ce qui constitue un processus indéniablement douloureux. Et aujourd’hui, il y a peu d’options attrayantes pour les personnes de 50 ans ou plus qui, depuis leur adolescence, travaillent dans une usine avec un minimum de compétences. Pour ces personnes, la société, enrichie par le progrès technologique, devrait offrir un soutien solide.

Le progrès technologique et, oui, l’automatisation, ont procuré à des milliards de personnes des biens, des services et des expériences dont ne disposaient pas les rois les plus riches d’Europe il y a deux siècles. Il ne faut pas en avoir peur et résister, mais les encourager et les adopter.

Affaires automobiles