La réalité commerciale

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Il y a de bonnes raisons de craindre pour l’avenir de l’ALENA, mais il y en a une meilleure pour mettre ces peurs en veilleuse.

Avec un nouveau représentant commercial aux États-Unis confirmé par une forte majorité bipartite à Washington, on s’attend à une renégociation majeure de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) plus tard en 2017.

Le président Trump a fait campagne sur la nécessité de détruire ce document, considérant qu’il s’agit de la pire entente de l’histoire pour les travailleurs et les consommateurs des États-Unis.

Même s’il a quelque peu changé sa position depuis qu’il est en poste, ses récents commentaires montrent qu’il désire fondamentalement changer l’ALENA.

Après avoir passé des mois en discussions bilatérales avec des acteurs majeurs à Washington, le Canada semble être prêt à reprendre l’exercice par l’entremise du bureau du Premier ministre, des comités parlementaires et des ministères concernés.

Donald Trump décimera-t-il ainsi l’ALENA et mettra-t-il l’économie du Canada dans une situation précaire ?

Avec ce président, tout est possible. Le nouveau représentant commercial des États-Unis, Robert Lighthizer, n’est pas reconnu pour être fortement pro-ALENA.

Le fait que M. Trump ait nommé quelqu’un à ce poste qui partage son scepticisme sur les avantages que retirent les États-Unis des nombreux accords commerciaux, y compris l’ALENA, n’est une surprise pour personne.

Pour sa part, le premier ministre Trudeau a fait état du besoin de moderniser l’ALENA car, comme le reste du monde, il doit vivre avec cette réalité qu’est l’administration Trump, à Washington.

Pour les Canadiens qui craignent la destruction unilatérale d’un accord commercial qui a massivement bénéficié à nos consommateurs et à nos entreprises depuis 25 ans, des forces puissantes travaillent en notre faveur.

Alors que le président Trump a montré qu’on l’avait sous-estimé, son style de direction rappelle presque quotidiennement que faire de grandes choses à Washington n’est pas facile en période calme.

Et ce n’est pas la période la plus calme.

À moins de sortir de l’ALENA complètement — la soi-disant « option nucléaire » dont certains discutent relève des pouvoirs exécutifs du président — toute renégociation qui se déroule avec le Canada et le Mexique devra passer par le Congrès.

L’idée selon laquelle la Chambre des représentants et le Sénat des États-Unis adopteraient un projet de loi qui détruirait l’ALENA — dont dépendent l’économie d’un si grand nombre d’États américains — va certainement au-delà des compétences législatives encore non démontrées à l’heure actuelle de la Maison-Blanche.

Les républicains peuvent actuellement avoir une rare fenêtre sur un gouvernement unifié sous leur contrôle.

Cependant, la réalité, c’est que le Canada est le partenaire numéro 1 de 35 de 50 États, et il est deuxième pour plusieurs des 15 restants.

Plus de 2 milliards de dollars passent la frontière chaque jour et des centaines de milliers — ou plus — d’emplis de chaque côté de la frontière doivent leur existence à cette entente entre les deux pays.

Dans l’industrie de l’automobile, il est important qu’une pièce puisse traverser la frontière à plusieurs reprises dans divers formats avant son installation définitive sur un produit fini au Canada ou aux États-Unis.

Et quant au produit final, la grande partie de la production automobile canadienne s’en va au sud de la frontière pour les consommateurs américains — et des centaines de milliers de voitures construites aux États-Unis arrivent chaque année au Canada.

Toute nouvelle entente qui entraverait ou menacerait ces transferts bidirectionnels toucherait les consommateurs et les travailleurs des deux pays.

Alors, le Canada doit se préparer au pire et espérer le meilleur pour l’ALENA, tout en continuant son travail silencieux consistant à obtenir l’appui des législateurs américains clés sur le plan de la renégociation à venir.

Au final, le scénario le plus plausible serait probablement de faire un ensemble de modifications non négligeables à l’entente tout en laissant sa qualité essentielle intacte.

Le Canada pourrait faire des « concessions » sur des points qui ont longtemps irrité les négociateurs commerciaux américains dans des domaines comme le bois d’oeuvre et les produits laitiers, qui offrent de grands avantages aux consommateurs canadiens.

Le président Trump pourrait légitimement dire à ses partisans qu’il a une meilleure alternative à l’ALENA — avec cela, 2 milliards de dollars d’activités commerciales quotidiennes pourraient se poursuivre comme c’est le cas depuis des décennies.

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