Logique erronée sur la suppression des incitatifs à l’achat d’un véhicule électrique

Récemment, le gouvernement Legault a annoncé la suppression progressive des incitatifs à l’achat d’un VZÉ du programme Roulez Vert au Québec.

Cela a entraîné une onde de choc au Québec, l’un des chefs de file en termes d’adoption des VZÉ, car les experts, pour la plupart, conviennent que ces incitatifs ont joué un rôle majeur dans ce succès.

En effet, en 2023, les VZÉ représentaient 18,6 % de toutes les immatriculations de véhicules automobiles neufs au Québec. Qui plus est, en volume, cela représente près de 42 % de toutes les immatriculations de VZÉ au pays.

Il est difficile d’ignorer l’effet qu’a Roulez Vert sur l’accélération de la transition et, pour être honnête, il serait encore plus difficile de tenter d’identifier une autre variable qui pourrait expliquer cette croissance.

On n’a pas à chercher très loin pour trouver une situation dans laquelle un programme d’incitatifs déficient pour les VZÉ a entraîné un ralentissement et une baisse du taux d’adoption de ce type de véhicule. En Ontario, une province similaire à celle du Québec et qui compte un grand centre urbain, les VZÉ représentaient 7 % de toutes les immatriculations de véhicules automobiles.

Si l’on considère qu’il s’agit d’une décision étonnante de la part d’un gouvernement vert autoproclamé, j’ai pensé qu’il serait intéressant de revoir le discours politique sous-jacent à cette annonce, tant au Québec que dans le Canada entier.

Si l’on jette un coup d’œil à la revue de presse, le premier élément qui ressort, c’est que le gouvernement du Québec s’est penché sur les coûts globaux liés à la prolongation de ce programme d’incitatifs et a été soutenu par une partie de la population.

Après l’annonce du déficit de 11 milliards de dollars du ministre des Finances, il semble que Benoît Charette, l’actuel ministre de l’Environnement du Québec, croyait que le moment était propice au débranchement de Roulez Vert et a présenté cette décision comme une manœuvre de réduction des coûts dans un contexte où la transition vers les véhicules électriques ne requiert plus qu’on utilise l’argent des contribuables.

« En 2023, les VZÉ représentaient 18,6 % de toutes les immatriculations de véhicules automobiles neufs au Québec. Qui plus est, en volume, cela représente près de 42 % de toutes les immatriculations de VZÉ au pays. »

On pourrait faire valoir que cette position présente deux angles morts majeurs. Primo, même si ce programme est, de toute évidence, une initiative financée par l’État, l’argent provient directement d’un fonds d’investissement plus important qu’on appelle Fonds Vert.

Le montant d’argent disponible pour la gestion du programme Roulez Vert a été convenu et annoncé à l’avance, ce qui a permis au gouvernement de l’intégrer prudemment aux plans globaux, pour le fonds vert.

En restant floue sur la source du financement, la Coalition Avenir Québec a donné l’impression que chaque nouvel achat de VÉ entraînait le retrait d’une partie de l’argent durement gagné des contribuables. Essentiellement, l’argent est toujours disponible, mais le ministre a simplement choisi de l’attribuer ailleurs – ce qui est l’angle adopté par le gouvernement sans donner le contexte approprié.

Secundo, l’autre contradiction dans le discours du gouvernement réside dans le fait que cette réallocation d’argent serait due au fait que la transition vers les VZÉ au Québec est bien entamée, et que l’élan est là pour durer. Ce n’est pas tout à fait vrai – ou du moins, il s’agit plus d’un cercle vicieux que d’un fait concret.

Comme on l’a mentionné, il est vrai que le Québec représente un actif dans la transition globale du Canada vers un parc automobile durable entièrement électrique. Quelle que soit la position de chacun sur la situation et la manière de réaliser cette transition, il est clair que le gouvernement du Québec a fait un excellent travail en créant un environnement où le véhicule électrique est une option possible et sensée pour le consommateur.

Cependant, l’une des raisons pour lesquelles cette option est devenue judicieuse réside dans le fait que les incitatifs à l’achat du programme Roulez Vert compensent le prix nettement plus élevé souvent associé aux véhicules électriques dans toutes les marques et tous les segments.

Il existe de multiples raisons macro et micro-économiques pour lesquelles les prix des véhicules électriques ont augmenté et atteint un niveau en général supérieur au prix d’un modèle similaire à moteur thermique – et il existe également des raisons pour lesquelles ces prix finiront par adopter une tendance à la baisse (ce que nous observons déjà).

Cette approche présente un défi. En effet, il est risqué – et quelque peu imprudent – de s’éloigner d’une solution éprouvée et d’attendre que marché, avec toutes ses complexités, règle immédiatement le problème des prix et fasse en sorte que la transition des véhicules électriques reste sur la bonne voie et conserve même rythme.

De nombreux fabricants ressentent déjà une baisse significative de l’intérêt des consommateurs canadiens pour les véhicules électriques, ce qui a été souligné par certaines décisions publiques et certaines annonces faites par d’importantes marques au cours des six derniers mois.

Cette baisse d’intérêt s’explique notamment par le fait que l’offre a répondu à la demande des premiers utilisateurs de VÉ mais aussi par une hésitation apparemment partagée par de nombreux consommateurs, en raison du prix de ces véhicules et de l’accessibilité des infrastructures de recharge.

« Essentiellement, l’argent est toujours disponible, mais le ministre a simplement choisi de l’attribuer ailleurs – ce qui est l’angle adopté par le gouvernement sans donner le contexte approprié. »

La suppression des incitatifs pourrait avoir un effet négatif sur la volonté des consommateurs d’entrer dans le marché des VÉ à un moment où les constructeurs réfléchissent longuement à leur stratégie à long terme en matière de véhicule électrique.

Nous pourrions assister à un retrait progressif des constructeurs du marché des véhicules électriques, ce qui réduirait les stocks au fil du temps et permettrait ensuite une offre plus restreinte pour répondre à une demande plus faible – ce qui générerait une réduction de prix plus subtile, inexistante même, tout en limitant simultanément la capacité de la province à respecter ses objectifs de vente de VÉ de 2035. 

Une demande soutenue est le moyen d’assurer la disponibilité des véhicules électriques au Québec et au pays, et les incitatifs à l’achat sont, à l’heure actuelle, l’outil évident pour garantir que la demande soit maintenue à un niveau qui correspond à nos objectifs environnementaux fédéraux et provinciaux.

En s’éloignant de la seule solution qui a eu un impact positif significatif sur l’adoption des VÉ, le Québec pourrait inciter d’autres gouvernements provinciaux à renoncer aux incitatifs qui constituent en réalité leur véritable espoir pour amorcer la transition vers les VÉ.

About Charles Bernard

Charles Bernard est économiste en chef à la Corporation des associations de détaillants d’automobiles (CADA). Vous pouvez le joindre à l’adresse suivante : cbernard@cada.ca

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