Dans les coulisses de la CADA à Ottawa, on raconte l’histoire de la campagne de lobbying, des médias et de sensibilisation qui a permis de faire entendre la voix des concessionnaires au cours des négociations entourant l’accord commercial.

Le soir de la victoire du président Donald Trump à la Maison-Blanche, la CADA co-présentait une grande soirée de visionnement des élections aux États-Unis à l’intention des politiciens et du personnel politique à Ottawa.
Assister à cette joute politique américaine pour le cercle des politiciens canadiens, c’est comme de regarder un match de la NFL, mais avec des conséquences réelles. Cette soirée de visionnement ressemblait un peu à la soirée du Super Bowl, mais avec une fin très surprenante qui a vu le populiste Donald Trump prendre le pouvoir.
Dès lors, tout le monde a immédiatement su que le Canada se préparait à une course folle avec le président américain qui avait mené une campagne acharnée pour déchirer l’ALENA. Bien que le candidat Trump ait qualifié cette entente de « pire accord commercial de tous les temps », personne ne pouvait prédire dans quoi cette folie allait entraîner le gouvernement Trudeau et l’industrie de l’automobile canadienne.
Les chefs de file de l’industrie de l’automobile canadienne, dont la CADA, étaient conscients que les enjeux étaient énormes, car près d’un emploi sur sept au Canada dépend du secteur de l’automobile. Il était essentiel de maintenir le commerce de véhicules automobiles qui représente plus de 400 millions de dollars d’échanges entre le Canada et les États-Unis sur une base quotidienne — et plus de 20 % de l’ensemble des échanges, soit près de 150 milliards de dollars, entre les deux pays pour l’année entière.
Dans une proportion de plus de 80 %, la production annuelle d’automobiles au Canada est destinée aux consommateurs américains. Les Canadiens achètent, à leur tour, des centaines de milliers de véhicules fabriqués aux États-Unis chaque année, contribuant ainsi à la cinquième année record de ventes de véhicules neufs en 2017 au Canada.
Avec les conséquences qui se profilaient autour de l’élection du nouveau président, la CADA a immédiatement commencé à travailler sur l’accord commercial. Elle a souligné la nécessité de créer un environnement commercial stable afin de ne pas augmenter les coûts entourant les transactions pour nos plus de 3 000 concessionnaires membres.
Alors que les négociations se poursuivaient sur l’ALENA en 2017-2018, la CADA a maintenu le message selon lequel le libre-échange dans le secteur de l’automobile était fondamental pour notre économie. Nous sommes allés au-delà d’Ottawa et nous avons partagé avec nos collègues concessionnaires américains sur le fait que l’ALENA et le commerce automobile avaient besoin du soutien des parties prenantes des deux côtés de la frontière.
Personnellement, j’ai reçu la visite à Ottawa d’un ami qui a longtemps occupé le poste de chef de cabinet du vice-président américain, Mike Pence. Nous lui avons organisé une rencontre avec des personnalités politiques importantes, y compris le bureau du Premier ministre, afin d’aider le Canada à mieux comprendre la façon dont le gouvernement américain envisageait l’ALENA.
En 2018, lorsque le président Trump a imposé au Canada un tarif de 25 % sur l’acier, le gouvernement Trudeau a riposté. La menace d’une guerre commerciale est devenue très réelle. L’équipe de la CADA a constaté que le secteur de l’acier se sentait confiant avec l’appui du gouvernement canadien avant d’être assommée par des tarifs douaniers importants. L’acier a joué un rôle public très modeste et a perdu la bataille. La CADA a tiré des enseignements précieux de cette approche et a adopté une stratégie différente.
Après les tarifs sur l’acier, le président américain a ensuite lancé la menace audacieuse et très publique d’imposer un tarif douanier de 25 % sur toutes les importations d’automobiles canadiennes aux États-Unis comme monnaie d’échange lors des renégociations en cours sur l’ALENA. La menace était claire pour les concessionnaires canadiens ; notre modèle d’affaires ne pouvait supporter des tarifs de 25 % en représailles sur les voitures entrant au Canada. Les conséquences auraient été comparables à la dévastation subie par les concessionnaires lors de la crise sur l’automobile de 2008.
La CADA a immédiatement lancé une campagne en plusieurs volets visant à faire en sorte que l’équipe de négociation du Canada donne la priorité au secteur de l’automobile dans le cadre de son approche. Nous devions protéger nos 3 200 concessionnaires dans tout le pays et les 156 000 Canadiens travaillant dans nos concessions.
Sous la direction du président et chef de la Direction, John White, la CADA avait une approche médiatique stratégique, ciblée à la fois sur la colline parlementaire et sur la base, ainsi qu’une approche sectorielle coordonnée par l’entremise du Conseil du partenariat pour le secteur canadien de l’automobile (CPSCA). Nous sommes passés à la vitesse supérieure, déterminés à ne pas reproduire le modèle de l’industrie sidérurgique.
En juillet 2018, la CADA a publié un rapport analysant les impacts économiques qu’un tarif douanier de 25 % sur l’automobile — ainsi que toute mesure de rétorsion proportionnelle mise en œuvre par le Canada — aurait sur les travailleurs, les entreprises et l’économie du pays.
Les conclusions étaient désastreuses au Canada : plus de 100 000 emplois dans le secteur canadien de l’automobile seraient directement menacés ; les consommateurs canadiens paieraient entre 4 000 et 9 000 $ de plus en taxes sur le prix d’un véhicule moyen ; et l’impact sur l’économie des deux côtés de la frontière était comparable à la crise financière de 2008/2009.
Aux États-Unis, le Center for Automotive Research a également rapporté que les consommateurs américains verraient le prix de tous les véhicules neufs augmenter de 6 800 dollars, que 715 000 emplois seraient à risque, et que la demande d’automobiles aux États-Unis chuterait de deux millions de véhicules.
Au moment de la publication du rapport, l’impact de ces menaces et des tarifs douaniers potentiels se répercutait déjà sur l’économie. Les concessionnaires canadiens signalaient que les projets d’expansion étaient suspendus en raison de la possibilité que ces tarifs potentiels nuisent à la viabilité de leurs activités existantes et de la baisse de la demande qui résulterait de la hausse des prix des véhicules.
Sur le front de l’industrie, la CADA a collaboré avec le Conseil du partenariat pour le secteur canadien de l’automobile afin de soutenir la poursuite du cadre actuel du commerce automobile. Dans le cadre du CPSCA, l’industrie de l’automobile a tenu des discussions stratégiques avec le gouvernement canadien par l’intermédiaire du ministre et du sous-ministre du ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique.
La CADA a également collaboré avec son homologue américaine, la National Automobile Dealers Association, pour diffuser un message unifié du secteur de l’industrie de la vente de véhicules automobiles à l’effet que ces tarifs seraient néfastes pour les entreprises, les consommateurs et l’économie des deux côtés de la frontière. Le Comité permanent du commerce international à Ottawa et le Département américain du commerce à Washington ont tenu des réunions respectives sur le dossier des tarifs, et John White, de la CADA, ainsi que Peter Welch, de la NADA, ont témoigné devant leurs comités respectifs avec ce message unifié.
Une approche média ciblée comprenant une conférence de presse sur la colline parlementaire pour le lancement du rapport économique de la CADA a donné lieu à des commentaires quasi quotidiens sur la question du commerce et des tarifs douaniers. Du début de juillet à l’annonce de la conclusion fructueuse des négociations, la CADA a figuré dans tous les médias importants au Canada dans les deux langues officielles.
Les dirigeants de la CADA ont fait d’innombrables entrevues dans toutes les émissions de télévision les plus populaires de CBC. Notre équipe de CTV a participé à de nombreuses reprises aux nouvelles nationales de CTV, à CTV News Channel, à BNN et à Power and Politics. La CADA a également dominé le marché français des médias et de la radio. Nous avons publié d’importants éditoriaux dans les journaux Toronto Star et Le Soleil.
Sur la colline parlementaire, la CADA s’est associée au cabinet du premier ministre, au cabinet du ministre des Affaires étrangères et des Affaires mondiales Canada, pour appuyer les négociations en cours et trouver une résolution positive pour l’ensemble du secteur de l’automobile. La CADA a également mobilisé son réseau de concessionnaires membres dans le cadre d’une campagne nationale de sensibilisation en utilisant un outil en ligne innovant, PushPolitics, qui permet aux utilisateurs d’envoyer en quelques clics une lettre personnalisée directement aux parlementaires. Les efforts des concessionnaires ont abouti à l’envoi de plus de 5 000 lettres à des députés et à des sénateurs de tout le pays.
Grâce à l’exemple des tarifs sur l’acier et l’aluminium qui persiste malheureusement, il était clair pour nous que nous ne pouvions pas prendre la menace des tarifs sur l’automobile à la légère. La CADA a reconnu que le Canada se trouvait dans une position tout à fait unique, dans laquelle le président américain avait ciblé le secteur de l’automobile canadien très publiquement et directement avec une stratégie visant à retirer les concessions de l’équipe de négociation canadienne. Cependant, plutôt que de saper le Premier ministre et la ministre Chrystia Freeland dans leurs négociations, l’approche de la CADA a mis l’accent sur l’importance de conclure un accord et sur l’importance du secteur de l’automobile pour les consommateurs, les entreprises et l’économie du Canada.
En fin de compte, l’équipe de négociation du Canada a reconnu l’importance du secteur de l’automobile canadien et les conséquences que ces tarifs auraient sur l’ensemble de l’économie canadienne. La CADA est fière du travail accompli par le Premier ministre et les ministres Chrystia Freeland et Navdeep Bains qui ont veillé à ce que le secteur de l’automobile nord-américain reste harmonisé et exempt de droits de douane — et par extension, soutienne les travailleurs, les entreprises et les familles du Canada.
La CADA continuera de collaborer avec le gouvernement pour faire en sorte que le Canada et les États-Unis continuent de mettre en place un secteur de l’automobile harmonisé, non seulement dans le secteur de la vente au détail et de la fabrication, mais dans divers secteurs allant de la consommation de carburant aux véhicules autonomes et connectés.
Merci aux dirigeants de notre comité exécutif et de notre Conseil d’administration qui ont fait du commerce une priorité pour la CADA. Merci à toute l’équipe de la CADA et aux associations provinciales qui ont appuyé les efforts déployés à Ottawa. Enfin, et surtout, merci à tous les concessionnaires qui ont envoyé ces 5 000 lettres de soutien à Ottawa et rencontré leur député et sénateur local.
Ensemble, nous avons fait une différence historique et importante pour notre industrie et le pays.







