Le Canada se porte bien. Mais il pourrait se porter beaucoup mieux. Voici pourquoi.

Bill Morneau , ministre des Finances
Le ministre des Finances, Bill Morneau, a récemment déclaré que sa « priorité numéro un » consistait à améliorer la compétitivité des entreprises canadiennes, particulièrement dans le contexte d’une refonte récente de la politique fiscale au sud de la frontière.
Le moment choisi pour présenter ces commentaires est intéressant, puisqu’ils sont venus à peine quelques semaines après un budget fédéral qui a été carrément critiqué pour avoir ignoré cet état de fait dans la position concurrentielle décroissante du Canada dans un paysage de politiques économiques internationales fluide.
M. Morneau insiste sur le fait qu’il a besoin de temps et qu’il veut analyser pour bien faire les choses, alors accordons-lui le bénéfice du doute. Mais pour l’instant, le Canada semble de plus en plus être un bel endroit où les gros investissements ne se font tout simplement pas. Nous jetons les dés sur certains dossiers de politique économique de masse et nous espérons ne pas obtenir un double un.
Primo, commençons avec les taxes. Notre taux moyen d’imposition des entreprises est actuellement de l’ordre de 27 %, soit environ trois points de plus que la moyenne des économies avancées et un peu moins que le nouveau taux moyen des États-Unis.
« Après une année exceptionnelle du milieu de l’année 2016 à 2017, avec une croissance supérieure à 3 %, la Banque du Canada prévoit que la croissance reviendra sous les 2 % cette année et l’an prochain. »
La situation n’est pas catastrophique, et les taux d’imposition ne sont certainement pas le seul élément que les entreprises considèrent quand elles font des investissements. Mais il est indéniable que l’important avantage fiscal dont nous bénéficions récemment sur les entreprises américaines s’est évaporé avec la réforme adoptée l’an dernier par nos voisins du Sud.
Cela ne peut que nuire à notre position relative vis-à-vis de notre partenaire commercial le plus important, déjà un aimant plus attrayant pour le talent et les investissements que le Canada à bien d’autres égards.
Secundo, le commerce. Les renégociations de l’ALENA sont en cours (et pourraient, avec de la chance, être terminées au moment où vous lirez ces lignes). Mais à ce jour, on est bien loin d’un résultat positif.
Le gouvernement mérite une bonne note dans ce dossier, négociant comme il le fait avec les protectionnistes et les dirigeants américains en conservant une vision suspecte du monde extérieur et en adoptant une approche du commerce à somme nulle.
Mais que se passera-t-il si l’ALENA s’effondre ? La diversification du commerce doit être applaudie, mais nous ne pouvons pas construire un pipeline sous la mer pour commercialiser le pétrole albertain en Asie, et nous serons toujours liés par la géographie et la culture en Amérique.
La plupart du temps, le gouvernement se débrouille très bien avec l’ALENA, mais un résultat catastrophique demeure une possibilité même si les récentes rumeurs placent les pourparlers dans la bonne direction.
Même si l’entente ne s’effondre pas, la possibilité même que ça se produise et l’incertitude causée par les pourparlers en cours ont déjà un effet négatif.
Que dire de la croissance économique ? Après une année exceptionnelle du milieu de l’année 2016 à 2017, avec une croissance supérieure à 3 %, la Banque du Canada prévoit que la croissance reviendra sous les 2 % cette année et l’an prochain.
Cela va encore peser sur les finances publiques, car la plupart des gouvernements n’ont pas réussi à équilibrer leurs comptes, même dans les périodes relativement bonnes des dernières années.
Que se passera-t-il quand viendra la prochaine récession, car cela arrivera inévitablement ? Nous sommes à près d’une décennie du dernier ralentissement sérieux, et l’histoire montre que nous sommes très probablement plus proches de la prochaine récession que de la dernière. Sommes-nous prêts à l’affronter ?
L’investissement est un autre sujet de préoccupation. Les investissements non résidentiels des entreprises ont totalisé 205 milliards de dollars l’an dernier, en légère hausse par rapport à 2016 ; cependant, ils sont bien en deçà des records de 236 milliards de dollars de 2014. Les investissements étrangers directs ont également chuté à leur plus bas niveau depuis 2010.
La nouvelle infrastructure bancaire, annoncée en grande pompe dans le budget fédéral de 2017, n’a toujours pas de PDG permanent et ne peut pas dépenser d’argent avant l’année prochaine.
Jusqu’à présent, le premier ministre a suscité plus de manchettes liées à des balivernes qu’il a signé de chèques, sans compter ses frictions fréquentes avec son homologue américain. Le Canada est sans aucun doute respecté dans le monde entier pour de nombreuses raisons. Mais la plupart des gros investisseurs mettent leur argent ailleurs, pour le moment.
Bien sûr, tout n’est pas sombre. Nous vivons toujours dans l’un des pays les plus riches, et notre politique a évité le virage terrifiant du populisme et du tribalisme empoisonné que nous voyons autour de nous. Ce n’est pas rien.
En voyant une occasion dans la construction du mur interdisant l’accès aux États-Unis, nous ouvrons de plus en plus notre pays aux types d’immigrants hautement qualifiés dont nous aurons besoin dans les décennies à venir pour financer le tsunami démographique auquel nous sommes confrontés.
Alors, le Canada se porte bien. Mais il pourrait se porter encore mieux. Continuons de travailler en ce sens.








