Ottawa se joint enfin à la lutte contre le vol de voitures

Face aux pressions qui viennent de toutes parts, le gouvernement fédéral prend conscience de la crise des vols de voitures.

Au cours des derniers mois, très peu de sujets ont retenu autant l’attention des médias que la crise des vols de véhicules qui sévit au Canada.

Même si l’augmentation des vols d’automobiles est assurément un phénomène mondial, l’expérience nationale actuelle est tout à fait unique et découle de la combinaison de facteurs spécifiquement canadiens.

De nombreux acteurs importants de l’industrie de l’automobile, des constructeurs aux concessionnaires en passant par les groupes de consommateurs, ont exprimé l’urgence d’obtenir une solution plus proactive et multisectorielle à un problème qui ne cesse de s’aggraver.

Comme nous l’avons mentionné, les médias ont, pour la plupart, contribué à diffuser ce message, et ce n’est que maintenant que nous commençons vraiment à constater que ça bouge du côté du côté du gouvernement. Si l’on considère que ce problème revêt un intérêt majeur pour les concessionnaires d’automobiles et les consommateurs, cela donne un aperçu du dialogue politique actuel autour de la crise des véhicules volés au Canada.

La première réponse politique majeure à l’échelle du Canada, le tristement célèbre Sommet national sur la lutte contre le vol d’automobiles, est intervenue après des mois de pression incessante de la part des concessionnaires d’automobiles et des partenaires de l’industrie.

Les experts, pour la plupart, s’accordent sur le fait que cette initiative aurait dû déboucher sur une démarche plus tôt et qu’elle n’a fait que réitérer certains des problèmes et des solutions potentielles qui sont, depuis des mois, au cœur des efforts de sensibilisation de l’industrie de l’automobile.

Ce sommet a cependant donné lieu à des engagements importants de la part du gouvernement fédéral, à la hauteur de 121 millions de dollars pour la province de l’Ontario, pour lutter contre les activités des gangs et de 28 millions de dollars additionnels pour amplifier la capacité de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) à mener davantage d’enquêtes, à accroître l’application des lois et à partager les renseignements plus efficacement.

« Pour lutter contre le crime organisé, il faut des troupes sur le terrain et une volonté d’empêcher ces véhicules volés de quitter le pays : ces engagements aideront, espérons-le, les travailleurs de l’ASFC à s’acquitter de leurs fonctions. »

L’augmentation des fonds destinés à l’ASFC est un élément clé de la discussion, car de nombreux acteurs ont souligné à quel point le manque de ressources, combiné à un manque de contrôle, a rendu l’Agence plus passive et plus réactive que proactive.

Pour lutter contre le crime organisé, il faut des troupes sur le terrain et une volonté d’empêcher ces véhicules volés de quitter le pays : ces engagements aideront, espérons-le, les travailleurs de l’ASFC à s’acquitter de leurs fonctions.

L’intensification des activités liées au vol d’automobiles à l’échelle nationale semble également avoir généré une plus grande sensibilisation au niveau provincial. À titre d’exemple, François Bonnardel, ministre de la Sécurité publique du Québec, a récemment présenté une motion à l’Assemblée nationale en vertu de laquelle il demande plus de leadership de la part du gouvernement fédéral.

De même, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a été l’un des premiers élus à exprimer activement son inquiétude concernant la crise généralisée des vols de voitures dans la région du Grand Toronto.

De toute évidence, l’essentiel des pressions politiques émanant des niveaux municipal et provincial consistait en demandes et en en plaintes dirigées contre le gouvernement de Justin Trudeau. C’est légitime : cette situation problématique est un enjeu pancanadien, et la majorité des solutions viables nécessiteront l’implication du gouvernement fédéral d’une manière ou d’une autre.

Ce niveau de critiques a contraint le gouvernement à adopter une position plus défensive et à rejeter la faute sur d’autres acteurs, principalement ceux du secteur de l’automobile.

Cela s’est clairement manifesté lors d’une réunion du comité de sécurité publique (SECU) qui a eu lieu au début de février, au cours de laquelle quelques députés ont défié certains représentants d’associations de concessionnaires, d’exportateurs et de fabricants d’automobiles. Pour se décharger de la responsabilité de la crise du vol de voitures, on a beaucoup insisté sur le manque d’efforts de la part de l’industrie de l’automobile pour rendre les véhicules plus sûrs et plus difficiles à voler.

Cette intervention ne tient pas la route quand on examine les données historiques sur les vols de voitures au Canada et aux États-Unis. Au fil des années, il y a eu des périodes (de 1990 à 2021) où la quantité de vols de voitures était techniquement plus élevée que ce que nous observons aujourd’hui. Ce qui est inquiétant, c’est l’acuité du problème dans notre pays et la rapidité avec laquelle il s’est aggravé. Il y a eu une augmentation de 21 % des vols de véhicules entre 2021 et 2022, alors que la même crise ne s’est aggravée que de 7 % aux États-Unis.

De toute évidence, les membres du gouvernement travaillent d’arrache-pied pour tenter d’intégrer la situation canadienne dans l’augmentation mondiale enregistrée des vols de véhicules.

Les données et les recherches montrent cependant que la situation dans notre pays est unique, qu’elle s’aggrave actuellement et qu’elle est le résultat de nombreux facteurs contributifs qui ne font pas nécessairement partie de la composition des crises de vol de voitures qui surviennent dans le monde.

Les acteurs chargés de l’application de la loi, des institutions et de l’industrie, pour la plupart, s’accordent sur les prochaines étapes à suivre pour ralentir les activités criminelles et les vols de voitures. Même si le gouvernement fédéral semble désormais bien conscient de ce problème majeur, trouver un coupable semble être plus une priorité que de mettre en place les investissements et les solutions nécessaires pour régler le problème.

La collaboration sera à l’avant-garde de notre lutte contre le vol de voitures ici au Canada. Ce n’est pas le moment d’essayer d’acquérir ou d’éviter de perdre du capital politique. Les citoyens canadiens méritent une réponse rapide et efficace à ce problème national unique.

Il sera intéressant de voir, au cours des prochains mois, qui prendra le leadership dans ce dossier. Comme d’habitude, il ne serait pas étonnant que notre industrie soit celle qui rassemble tout le monde à la même table.

À propos de Charles Bernard

Charles Bernard est économiste en chef à la Corporation des associations de détaillants d’automobiles (CADA). Vous pouvez le joindre à l’adresse suivante : cbernard@cada.ca

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