L’utilisation des exosquelettes en milieu de travail suscite un intérêt croissant, notamment dans les secteurs où les contraintes biomécaniques sont importantes. Ces dispositifs d’assistance physique visent à réduire la charge musculosquelettique associée à certaines tâches, en supportant les membres dans les mouvements et en assistant les muscles dans les opérations physiques. En somme, il est important de comprendre que les exosquelettes augmentent l’endurance, mais n’augmentent pas les capacités physiques de force.
Implantation d’un exosquelette
L’implantation d’un exosquelette doit être encadrée, progressive et accompagnée d’un suivi structuré. Pour assurer l’acceptabilité et, à terme, l’adhésion complète, plusieurs facteurs doivent être observés tels que le confort, l’ajustabilité, l’assistance réelle perçue, etc. L’exosquelette ne devrait jamais servir à compenser une situation de travail inadéquate, mais plutôt s’intégrer à une réflexion plus large sur l’organisation du travail et les mesures de prévention.
L’intégration repose sur un processus en trois phases :
1. Préparation : comprendre le travail réel
Cette première étape consiste à analyser les tâches afin d’identifier celles où les postures contraignantes ou statiques sont les plus marquées. L’objectif n’est pas d’équiper tous les travailleurs, mais de cibler les situations où un soutien physique externe pourrait réellement être utile.
2. Expérimentation : tester, ajuster et accompagner
L’expérimentation repose sur des essais comparatifs en conditions réelles, réalisés avec des travailleurs volontaires. Elle comprend :
- Une période d’appropriation (apprendre à ajuster et à utiliser le dispositif) ;
- Une phase d’accoutumance progressive, généralement limitée à une à trois heures par jour.
Cette démarche vise à favoriser l’embodiement, soit le moment où le travailleur ne perçoit plus l’exosquelette comme un objet externe, mais comme une extension naturelle de son geste professionnel.
3. Routinisation : intégrer durablement le dispositif
La dernière phase consiste à intégrer l’exosquelette dans les pratiques de travail. Cela implique :
- Un rangement structuré et accessible ;
- Un entretien adéquat ;
- Une utilisation progressive ;
- Une communication transparente avec l’ensemble du personnel.
L’objectif est que l’exosquelette devienne un outil naturel, utilisé lorsque pertinent, sans contrainte excessive ni rupture dans la fluidité du travail.
Dans un atelier mécanique, l’exosquelette lombaire s’est avéré particulièrement efficace lors de la manutention répétée de roues à partir du sol. Un technicien utilisant une technique de levage par flexion des genoux a constaté que le dispositif réduisait nettement la fatigue en fin de journée : les bandes élastiques emmagasinaient l’énergie lors de la descente et la restituaient à la remontée, diminuant l’effort sur le bas du dos. L’exosquelette offrait également un soutien appréciable lors de travaux prolongés sous le capot, où une flexion soutenue du tronc est nécessaire. Grâce à une utilisation progressive et bien ajustée, l’outil s’est intégré naturellement à la routine de travail, améliorant le confort sans nuire à la fluidité des gestes.
L’exosquelette comme moyen de réadaptation ?
Dans le cadre de la LATMP, l’exosquelette peut constituer un moyen de réadaptation au sens des articles 145 et suivants, lorsqu’il contribue à atténuer les limitations fonctionnelles découlant d’une lésion professionnelle et qu’il favorise le maintien ou le retour au travail.
Son utilisation doit toutefois respecter plusieurs principes juridiques et cliniques :
- Il doit être envisagé après les mesures de prévention à la source et les adaptations raisonnables du poste, conformément à la hiérarchie des moyens de prévention.
- Il peut être reconnu comme une aide technique admissible lorsque son usage est nécessaire, approprié et proportionné aux besoins du travailleur.
- Une recommandation doit s’appuyer sur une évaluation clinique et ergonomique démontrant que le dispositif réduit les contraintes biomécaniques liées aux limitations permanentes, sans créer de risque additionnel.
- L’employeur demeure responsable de fournir un environnement de travail sécuritaire : l’exosquelette ne peut servir à pallier une organisation déficiente.
- Lorsqu’il est prescrit, il doit faire l’objet d’un encadrement, d’une formation adéquate et d’un suivi pour vérifier son efficacité réelle et sa conformité aux obligations prévues par la LATMP.
Cette perspective positionne l’exosquelette comme un outil complémentaire, et non comme une solution de remplacement aux obligations légales de prévention.
Vers une intégration durable des exosquelettes
L’intégration d’un exosquelette en milieu de travail ne se résume ni à l’acquisition d’un équipement ni à l’essai ponctuel d’une nouvelle technologie. Il s’agit d’un processus structuré qui exige une compréhension fine du travail réel, une participation active des travailleurs et un encadrement rigoureux tout au long des phases d’implantation. Qu’il soit utilisé comme outil de prévention ou comme moyen de réadaptation en vertu de la LATMP, l’exosquelette doit demeurer un soutien complémentaire, cohérent avec les capacités du travailleur et les exigences de la tâche. Lorsqu’il est choisi judicieusement, ajusté adéquatement et intégré de manière progressive, il peut contribuer à réduire la charge physique, à soutenir le maintien au travail et à favoriser un retour durable aux activités professionnelles.





