NOUS VIVONS DE BONNES ANNÉES — MAIS CE NE SERA PEUT-ÊTRE PAS TOUJOURS LE CAS
Après trois années record consécutives en matière de ventes de véhicules neufs au Canada, période durant laquelle les ventes de véhicules ont augmenté de façon spectaculaire, il est facile d’être optimiste quant à la direction récente du marché des véhicules neufs au Canada.
Et il y a de nombreuses raisons qui font que nous devrions amorcer 2016 avec un optimisme débordant. Les revenus des concessions de voitures neuves en 2015 ont, pour la première fois, dépassé les 100 milliards de dollars, et ce, dans le contexte d’une économie à croissance lente — et négative pour la première moitié de l’année — ce qui n’est pas moins remarquable.
En dehors de l’activité dans les concessions, les ventes au détail ont été relativement stables au Canada au cours des dernières années, mais si l’on considère les ventes des concessionnaires, la croissance a été forte. En bref, les concessionnaires sont plus performants que le commerce de détail et l’économie en général, et ils le sont depuis un certain nombre d’années.
Donc, tout va bien, n’est-ce pas ? Oui, mais seulement jusqu’à ce que ça n’aille plus. On a la mémoire courte et on suppose que rares sont les concessionnaires de voitures qui ne se souviennent pas de la récession de 2008 et 2009.
Nous nous approchons maintenant d’une autre décennie après le début de la grande récession et de la crise financière de l’époque, et les récessions apparaissent normalement environ une fois tous les 10 ans. Si nous ignorons pour un moment la récession de 2015 (qui n’en était pas vraiment une), cela ne veut pas dire que nous nous nous dirigeons vers un autre ralentissement, mais la solide performance d’hier n’est pas garante de la prospérité de demain. Les performances passées ne sont pas un gage d’un rendement futur, dans votre REER ou sur le plancher de votre atelier.
Bien que les ventes et les revenus aient tendance à augmenter au fil du temps, aucune industrie n’a la garantie qu’elle affichera des ventes record chaque année. Dans le contexte de la chaîne de documents que nous avons postés à titre d’industrie de vente au détail au cours des dernières années, il pourrait être facile — en particulier pour les plus jeunes membres du personnel d’une concession — d’assumer qu’ils auront toujours de bonnes années.
Mais dans le marché très concurrentiel d’aujourd’hui, le concessionnaire qui jouit des bons mois de ventes tout en planifiant les mois de vaches maigres inévitables aura un net avantage sur ceux qui ont un plan d’affaires qui suppose que la demande ne se développera jamais.
On a beaucoup écrit sur le fait que l’économie canadienne est coincée dans une croissance lente pour un avenir prévisible. Cela a peu à voir avec la récente volatilité associée au prix des matières premières, mais c’est plus une manifestation de la démographie de la population active et les chiffres de la productivité qui refusent de croître fortement.
Dans le marché très concurrentiel d’aujourd’hui, le concessionnaire qui jouit des bons mois de ventes tout en planifiant les mois de vaches maigres inévitables aura un net avantage sur ceux qui ont un plan d’affaires qui supposent que la demande ne se développera jamais.
La Banque du Canada a épuisé la plupart de ses leviers monétaires classiques avec des taux si proche de zéro que quelque chose, comme des taux plus élevés aux États-Unis, peut nous forcer la main pour emboîter le pas de peur que l’écart de taux transfrontalier – et les fluctuations monétaires qui l’accompagnent – ne soit pas trop sévère.
En outre, les gouvernements ne sont pas sûrs de savoir comment formuler des politiques qui mèneront à une croissance plus forte. Jongler avec des taux d’imposition qui rapportent quelques centaines de dollars par année en allégement fiscal pour le travailleur moyen ne fera pas le compte, mais coûtera des milliards.
Le genre de réforme de la fiscalité – abattage complet de centaines de milliards de « dépenses fiscales » et les réductions globales de taux que ça permettrait, par exemple – qui réalignerait effectivement notre économie d’une manière qui soutiendrait une croissance plus forte, est une idée politiquement mort-née.
Il est difficile d’imaginer les Canadiens marchant dans les rues en scandant « Que voulons-nous ? Une réforme fiscale complète ! Quand la voulons-nous ? Tout de suite ! »
Aussi, nous pouvons prédire avec une précision étonnante à quoi ressemblera la démographie dans 10, 20 ou 50 ans et les implications que notre vieillissement collectif impose à l’économie. Mais les politiques qui traiteront des problèmes des décennies dans le futur sont difficiles à vendre aux électeurs.
La réalité c’est qu’il a jusqu’ici été impossible d’agir de manière décisive contre le changement climatique, au moins dans les pays où les préférences des électeurs doivent être prises en compte.
Alors qu’est-ce que cela signifie pour notre industrie cette année et dans les années à venir ? Difficile de faire des prédictions. Mais les résultats de l’année dernière peuvent nous donner un indice.
En 2013, les ventes ont augmenté de près de 6 % par rapport à 2012, un taux de croissance bien au-dessus de la croissance économique globale. En 2015, le taux d’augmentation des ventes a été beaucoup plus faible, mais encore assez pour obtenir une autre année record. Cette année et dans l’avenir, la croissance de notre industrie sera plus proche du taux de croissance économique. Tant que les indicateurs macros seront coincés dans la voie du milieu, il sera difficile de faire beaucoup plus.









