Un débat houleux

earthLa température augmente, et ce, de plusieurs façons. Elle augmente au sens littéral du terme — c’est-à-dire que la planète se réchauffe sans relâche, et que, chaque année, elle établit de nouveaux records de température de par le monde.

Les scientifiques s’entendent sur le fait qu’il s’agit d’un phénomène engendré, grosso modo, par les humains, et que des centaines d’années de consommation de combustibles fossiles — particulièrement dans les pays riches — en sont la cause.

La température augmente également au sens figuré; le climat politique au Canada est aussi à la hausse. Le gouvernement Trudeau tient à ce qu’on le considère comme une administration qui s’occupe du dossier de l’environnement et fait la promesse d’une plateforme clé pour maintenir une approche pancanadienne en matière de politique climatique.

S’il faut en croire les leçons du passé, le soutien des provinces donné aujourd’hui au gouvernement fédéral sur les changements climatiques peut rapidement se transformer en plaintes de demain sur une administration intrusive qui viole la juridiction des provinces. Telle est la nature souvent bicéphale de nos administrations politiques.

Tous les gouvernements devraient procéder avec précaution.

Il ne fait pas de doute qu’il faut faire quelque chose pour contrer les changements climatiques et réduire les émissions polluantes. Mais ce n’est pas parce qu’on a une politique sur le sujet qu’on l’applique nécessairement.

L’environnement est un domaine complexe et qui présente de nombreux défis; et la fédération canadienne, parfois désordonnée, semble actuellement mal adaptée pour faire face au problème d’une manière significative et efficace.

Une récente réunion des leaders fédéraux, provinciaux et territoriaux mise sur pied pour établir une politique sur les changements climatiques a donné ce qu’on peut charitablement considérer comme un premier pas d’une approche nationale en vue de réduire les gaz à effet de serre (GES).

La promesse d’une plateforme clé des libéraux fédéraux de Justin Trudeau l’an dernier consistait à mettre sur pied une politique climatique nationale de concert avec les provinces et les territoires. Au cours de la première réunion sur le sujet, on a montré peu d’optimisme : en effet, on a appris que les provinces récalcitrantes devront s’aligner derrière le nouveau gouvernement fédéral en matière d’environnement; de plus, certains premiers ministres ont mentionné que le gouvernement fédéral a enfin daigné venir s’asseoir à la table pour discuter.

La Colombie-Britannique a sa taxe sur le carbone qui fonctionne très bien depuis des années sans brimer son économie. Les émissions de gaz à effet de serre en Nouvelle-Écosse sont définitivement à la baisse — à fort coût toutefois pour les consommateurs — depuis qu’on a pris la décision de cesser de produire de l’énergie avec du charbon.

La Saskatchewan refuse d’endosser une politique nationale de taxe sur le carbone. Certaines autres administrations infranationales appliquent des politiques différentes en termes de réduction des gaz à effet de serre et obtiennent des résultats mitigés.

Cela limite le pouvoir discrétionnaire d’un gouvernement fédéral élu sur la promesse électorale de s’attaquer aux changements climatiques. Comme tant d’autres problèmes au pays, la bonne foi initiale qui a caractérisé la première réunion des gouvernements risque de rapidement être diluée dans le lot des plaintes formulées par les provinces, menottant un gouvernement fédéral avec les meilleures intentions.

S’il faut en croire les leçons du passé, le soutien des provinces donné aujourd’hui au gouvernement fédéral sur les changements climatiques peut rapidement se transformer en plaintes de demain sur une administration intrusive qui viole la juridiction des provinces. Telle est la nature souvent bicéphale de nos administrations politiques.

C’est malheureux. Le Canada est un pays immense, et les changements climatiques ne connaissent pas de frontières, ni nationales ni provinciales. Les électeurs, les consommateurs et l’industrie seraient mieux servis par une politique nationale sur la question, et non pas par un méli-mélo de 13 ensembles de règles différentes adoptées par les provinces et les territoires.

Nous devrions coordonner nos plans de réduction des GES avec ceux d’autres pays, ce que le récent Accord de Paris cherchait à faire et dont le Canada, à tout le moins, est signataire. Oui, les provinces méritent une place à la table, mais à la fin, le gouvernement fédéral a autant de pouvoir législatif et de responsabilité constitutionnelle qu’elles.

Les inévitables plaintes des provinces sur le fait qu’Ottawa agit de façon unilatérale en matière de changements climatiques – si l’on en vient là – n’ont pas plus de valeur que les plaintes du fédéral parce qu’une province légifère dans sa propre juridiction.

Le problème, c’est que c’est la planète qui se réchauffe, pas les provinces. Comme on n’a pas de gouvernement mondial, les administrations nationales sont les seules que nous avons pour établir des règles en termes de réduction de gaz à effet de serre.

Le gouvernement fédéral n’a pas les coudées franches sur cette question; et l’objectif devrait être la réduction des gaz à effet de serre grâce à une politique climatique nationale, et non pas
13 politiques provinciales et territoriales.

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