La Chine offre un aperçu de ce que l’avenir nous réserve

septembre 9, 2026

Un témoignage direct sur la manière dont la Chine redéfinit l’avenir de l’automobile.

J’ai entrevu l’avenir de l’industrie automobile. Et c’est la Chine.

J’ai récemment accompagné 70 concessionnaires canadiens de voitures neuves à Pékin dans le cadre du voyage de recherche en Chine 2026 de la CADA.

À tous les concessionnaires qui envisagent de participer au voyage de 2027, je ne saurais trop le recommander. Les commentaires des concessionnaires sur le voyage de cette année ont été unanimement positifs.

Vous vous demandez bien sûr « qu’est-ce qui a rendu cette expérience si enrichissante ? ».

Commençons par saluer l’expertise de l’organisateur, Bruce Rosen, directeur général des relations industrielles de la CADA et fin connaisseur du secteur automobile chinois depuis près d’une décennie, ayant occupé des postes de direction chez Volkswagen et auprès de partenaires locaux, tels que FAW et SAIC. La connaissance qu’a Bruce du fonctionnement de l’industrie, associée à son réseau de contacts locaux, a permis aux participants et participantes au voyage d’avoir un aperçu des coulisses du secteur.

Si le salon automobile de Pékin, Auto China 2026, constituait l’attraction principale, le groupe a eu l’occasion d’en apprendre davantage sur la culture de l’innovation en Chine, de visiter deux fabricants d’équipement d’origine différents, Xiaomi et BAIC, de profiter d’une visite en coulisse chez une entreprise chinoise de premier plan spécialisée dans les véhicules autonomes ainsi que chez un fabricant de robots humanoïdes, et de parcourir les rues de Pékin à bord de quatre des tout derniers véhicules électriques haut de gamme disponibles sur le marché. Nous avons également pu nous entretenir avec l’un des plus grands concessionnaires automobiles de Chine.

« Comme nous le répétons depuis un certain temps, la question n’est pas de savoir si les fabricants d’équipement d’origine chinois s’implanteront au Canada, mais bien quand. »

J’ai eu plusieurs moments de révélation : des choses dont j’avais peut-être déjà entendu parler, mais que je ne comprenais pas pleinement ou dont je ne mesurais pas l’ampleur ni la portée. Conformément à la maxime « Genchi Genbutsu » du « Toyota Way », littéralement La façon de faire Toyota, rien ne vaut le fait de voir les choses de ses propres yeux, surtout lorsqu’on est guidé par des experts locaux.

La liste de ces moments de révélation est longue, mais voici quelques points forts qui, je l’espère, illustreront pourquoi l’industrie automobile chinoise est la nouvelle référence mondiale et donneront un aperçu de ce vers quoi notre propre industrie automobile canadienne pourrait évoluer dans les années à venir. 

Comme nous le répétons depuis un certain temps, la question n’est pas de savoir si les fabricants d’équipement d’origine chinois s’implanteront au Canada, mais bien quand. À la suite du récent accord commercial conclu entre Ottawa et Pékin, ce « quand » correspondra très probablement au premier trimestre 2027.

Le compromis entre vie privée et efficacité numérique

Dès votre atterrissage, vous êtes accueilli par des milliers de caméras de surveillance, dont pas moins d’une douzaine à moins de 10 mètres de la sortie de l’avion. Au moment où j’ai atteint les douanes, je suis certain que les autorités chinoises savaient exactement qui j’étais. C’est la réalité quotidienne de tous les citoyens chinois : chaque lieu et chaque clic numérique font l’objet d’un suivi. Je ne porte aucun jugement, je me contente de constater les faits. 

Mais pour les ressortissants locaux, dont la plupart semblent disposés à accepter ces règles, le compromis prend la forme de l’écosystème numérique le plus connecté au monde. 

Au lieu d’applications distinctes et non connectées entre elles comme WhatsApp, Instagram, Amazon et Waze, les populations locales bénéficient de « super-applications » telles que WeChat et Alipay, qui regroupent en un seul endroit pratiquement toutes les fonctionnalités numériques imaginables, tout en assurant une « continuité de l’identité » de l’utilisateur entre ces différentes tâches. 

Je n’ai pratiquement pas vu de billets de banque de toute la semaine. Presque toutes les entreprises, grandes ou petites, encouragent le paiement mobile. Ce niveau d’intégration et de commodité est le résultat d’un compromis en matière de vie privée avec lequel beaucoup de personnes dans le monde occidental ont du mal à se concilier.

En quoi est-ce important ?

Au-delà de la simplification du quotidien, ce niveau de connectivité et d’intégration des données suscite chez les consommatrices et consommateurs chinois des attentes accrues quant aux performances de tous les produits et services, y compris leur véhicule. 

C’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles les marques chinoises ont conquis une part de marché nationale aussi importante au détriment des constructeurs automobiles traditionnels au cours de la dernière décennie. La connectivité numérique et les fonctionnalités pratiques répondent mieux aux attentes des consommateurs, et les constructeurs automobiles traditionnels n’ont pas encore rattrapé leur retard, malgré une histoire de marque plus longue et plus riche.

« D’où vient ce leadership en matière d’innovation technologique ? Chine : innover d’abord, réglementer ensuite. Occident : commencer par réglementer, puis essayer d’innover. »

L’esprit d’innovation chinois

D’où vient ce leadership en matière d’innovation technologique ? Tom van Dillen, sinophile et expert en innovation, nous a expliqué la différence fondamentale entre l’approche de la Chine et celle de l’Occident en matière d’innovation. Bien que la question soit plus complexe, cela se résume essentiellement à ceci :

Chine : innover d’abord, réglementer ensuite. Occident : commencer par réglementer, puis essayer d’innover.

Cette différence d’approche est le principal moteur du succès de la Chine en matière d’innovation. Le fait que le marché intérieur de 1,4 milliard de personnes permette à ces technologies d’être commercialisées et de se développer très rapidement n’y nuit certainement pas.

Les deux entreprises technologiques que nous avons visitées n’existaient pas il y a cinq ans, mais génèrent aujourd’hui des chiffres d’affaires de plusieurs centaines de millions et affichent des valorisations de plusieurs milliards de dollars américains.

Voici trois exemples de leadership en matière d’innovation que nous avons eu l’occasion de constater de nos propres yeux :

Nous avons rendu visite à Pony.ai, l’un des principaux fournisseurs de véhicules autonomes, tant pour les véhicules de tourisme que pour les véhicules utilitaires, qui compte des milliers de véhicules autonomes circulant sur les routes de Chine, de Singapour et d’Europe.

Tous les membres de notre groupe ont effectué un trajet de 10 kilomètres dans les rues de Pékin avec trois passagers et sans conducteur. Le plus intéressant, c’est que l’itinéraire comportait principalement des virages à gauche, en traversant le flux de circulation à de grands carrefours à plusieurs voies, ce qui constitue le type d’utilisation le plus difficile à gérer. Pas de problème pour Pony.ai. 

Les fondateurs chinois de l’entreprise sont tous titulaires d’un doctorat obtenu aux États-Unis dans des établissements prestigieux tels que le MIT et Stanford. Ont-ils obtenu leur diplôme et sont-ils restés dans la Silicon Valley pour lancer leur nouvelle entreprise ? Non. C’est la culture de l’innovation en Chine qui les a ramenés au pays.

Nous avons ensuite rendu visite à Galbot, abréviation de Galaxy Robotics. Fondée en 2023, l’entreprise est aujourd’hui valorisée à 3,5 milliards de dollars US et compte parmi ses clients des sociétés de premier plan telles que Mercedes-Benz, Hyundai, Bosch, Geely et CATL.

« Dire que le salon Auto China 2026 de Pékin est un grand salon est un euphémisme. Le salon s’étendait sur 4,1 millions de pieds carrés, soit environ 70 terrains de football. »

Contrairement à de nombreux robots humanoïdes conçus pour des environnements de laboratoire contrôlés, les robots Galbot sont déployés dans des environnements chaotiques et imprévisibles, comme les commerces de proximité et les cafés. Et ils ne fonctionnent pas à l’aide de logiciels basés sur des règles, avec une logique « si/alors » très rigide. 

Au contraire, à l’instar des véhicules autonomes dans lesquels nous avons voyagé, ces robots sont capables d’interpréter le monde qui les entoure en temps réel et de résoudre des problèmes. Et bien que Galbot dispose de robots humanoïdes, l’entreprise se concentre sur des robots semi-humanoïdes montés sur roues, qui offrent bien plus de puissance et de fiabilité dans les usines et les commerces.

Autre exemple du leadership de la Chine en matière d’innovation : la recharge des véhicules électriques et les batteries. Au salon de Pékin, deux présentations ont retenu mon attention.

BYD a installé deux chambres froides grandeur nature, chacune abritant un véhicule, afin de démontrer l’efficacité de la recharge dans des conditions de froid extrême (-33 °C). Cette démonstration s’est avérée incroyablement convaincante. Non seulement les batteries BYD se rechargent de 10 % à 70 % en cinq minutes, mais cela ne prend que trois minutes de plus dans des conditions de froid extrême. À huit minutes, on commence à se rapprocher du temps nécessaire pour faire le plein à une station-service.

NIO est la marque qui propose le remplacement continu des batteries plutôt que la recharge. NIO dispose de près de 4 000 stations de remplacement de batteries à travers la Chine, dont beaucoup sont situées sur les principales autoroutes. Lors du salon, ils ont installé une véritable capsule de remplacement de batterie et l’ont surélevée afin que les visiteurs puissent voir les robots situés en dessous. Le client s’y stationne, comme chez M. Lube au Canada, et des robots situés sous la voiture retirent l’ancienne batterie et installent une batterie de remplacement entièrement chargée. 

J’ai observé trois cycles : deux minutes et 37 secondes à chaque fois. Le client n’a jamais besoin de sortir de son véhicule. Ce niveau de commodité et de rapidité surpasse en tous points l’expérience des pleins d’essence.

En quoi est-ce important ?

Si nous souhaitons avoir une idée de la direction que prend notre secteur, la Chine nous montre la voie. Toutes les innovations chinoises ne seront pas forcément pertinentes pour le Canada. Mais les compétences clés dont dispose la Chine en matière d’intelligence artificielle, de robotique et de technologie des batteries devront être reproduites par les fabricants d’équipement d’origine pour qu’ils puissent suivre le rythme. Et cela ne concerne pas seulement les fabricants d’équipement d’origine, mais aussi les concessionnaires. 

Les applications de la robotique s’étendent bien au-delà des usines. On voit déjà des robots livrer des pièces directement aux techniciens dans les concessions chinoises en fonction des bons de travail, et des techniciens robotisés effectuer des remplacements de pneus en continu, sept jours sur sept. Dans un monde où nous avons du mal à attirer et à retenir les techniciens qualifiés, la robotique pourrait-elle faire partie de la solution ?

Des véhicules incroyables dans un salon incroyable

Dire que le salon Auto China 2026 de Pékin est un grand salon, même selon les normes internationales, est un euphémisme. Le salon s’étendait sur 4,1 millions de pieds carrés, soit environ 70 terrains de football. Notre groupe a passé la majeure partie de la journée au salon et nous n’avons pu découvrir que les deux tiers environ de ce que nous souhaitions voir. Près de 1 500 véhicules étaient exposés. Il est difficile de se rendre compte de l’ampleur et de l’envergure de l’événement.

Mais ce qui sautait aux yeux, c’est le chemin parcouru par les fabricants d’équipement d’origine chinois en matière de conception et de qualité. Des véhicules des segments compacts et sous-compacts aux grands VUS haut de gamme à trois rangées, des constructeurs comme BYD, Chery, Geely, NIO, Xpeng et Xiaomi ont présenté des modèles aussi impressionnants, voire plus, que ceux de marques traditionnelles comme Audi, Mercedes-Benz, Toyota et Volkswagen.

En quoi est-ce important ?

Alors que les constructeurs japonais et coréens ont fait leur entrée au Canada avec une conception et une qualité qui ne répondaient pas toujours aux normes établies, on ne pourra pas en dire autant des constructeurs chinois lorsqu’ils arriveront en 2027. Même si la fiabilité à long terme devra encore faire ses preuves dans le climat impitoyable du Canada, les consommateurs seront séduits par le design – tant intérieur qu’extérieur –, la finition, ainsi que les équipements pratiques de ces véhicules, le tout à un prix qui égalera ou battra celui des concurrents du segment.

Un exemple qui a vraiment impressionné notre groupe par son ingéniosité : lorsque les ingénieurs de Xiaomi ont reçu des commentaires de certains propriétaires de SU7 indiquant qu’ils souhaitaient disposer de boutons classiques pour des fonctions telles que la climatisation et le système audio/radio, plutôt que de devoir passer par le menu de l’écran tactile ou la commande vocale, ils ont rapidement mis au point une solution sous forme de boutons qui se branchent sous l’écran tactile et fonctionnent de manière intuitive. Et combien les propriétaires chinois de cette berline sportive haute performance paient-ils pour cet accessoire ? 600 CNY, soit environ 100 $ CA, disponible dans la boutique d’accessoires du détaillant ou dans n’importe quelle boutique Xiaomi, que l’on trouve dans les centres commerciaux. Imaginez à quel point il serait difficile de reproduire cette solution ingénieuse dans l’environnement d’ingénierie traditionnel d’un fabricant d’équipement d’origine.

Le voyage de recherche de la CADA a constitué une excellente introduction pour aider à comprendre la culture de l’innovation chinoise et l’origine de la « vitesse chinoise », comme l’illustre l’exemple des boutons créés par Xiaomi. 

Je ne prétends pas que les règles du jeu soient équitables en ce qui concerne les avantages dont bénéficient de nombreux fabricants d’équipement d’origine chinois lorsqu’ils cherchent à se développer sur les marchés mondiaux en dehors de leur propre pays. Mais plus j’observais et apprenais au cours de ce voyage, plus je me demandais si « l’avantage déloyal » de la Chine ne résidait non pas dans les subventions gouvernementales, mais plutôt dans l’incroyable écosystème d’innovation qu’elle a développé sous la houlette du Plan quinquennal du gouvernement central de Pékin. 

Lorsque la Chine a déclaré en 2015 qu’elle deviendrait le leader mondial des véhicules électriques, elle ne plaisantait pas.

Vous feriez mieux d’attacher vos ceintures.

À propos de Darren Slind

Darren Slind est cofondateur et directeur général de Clarify Group inc.; il est respecté à titre d'analyste dans l'industrie de l'automobile. Vous pouvez le joindre à l'adresse de courriel suivante : dslind@clarify.group

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