POURQUOI L’AUGMENTATION DU SALAIRE MINIMUM N’EST-ELLE PAS NÉCESSAIREMENT LA MEILLEURE APPROCHE POUR LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ ET CRÉER DE LA RICHESSE ?
Au cours des dernières années, il y a eu beaucoup de discussions sur ce sujet et sur l’augmentation inégale des revenus au Canada et ailleurs. Tous les niveaux de gouvernement du Canada et d’ailleurs sont aux prises avec les questions entourant la répartition de la richesse entre les personnes de revenus et de générations différents.
Ce n’est pas un débat qui se résume facilement à des points de discussion. Les politiques employées pour distribuer la richesse dans la population sont aussi complexes que passionnelles.
De façon plus précise, il y a eu beaucoup de débats sur le rôle du salaire minimum dans l’augmentation des revenus pour réduire la pauvreté. La province de l’Ontario vient de traverser un vaste processus de consultation et d’examen et a augmenté le salaire minimum à 11 $ l’heure.
Comme c’est souvent le cas dans ces débats, on retrouvait les groupes de lutte contre la pauvreté demandant plus de travail et les groupes qui demandent le contraire. Toutefois, les données indiquent que, pendant qu’ils contribuent à augmenter les salaires très légèrement à l’extrémité inférieure de l’échelle des revenus, un salaire minimum plus élevé est la mesure antipauvreté la plus inefficace.
Voilà qui est étonnant. Cela dit, quand on creuse un peu plus loin pour identifier ceux qui sont susceptibles de bénéficier de l’augmentation du salaire minimum, la grossièreté de l’outil comme mesure antipauvreté devient plus claire.
Pauvres et salaire minimum
Il existe deux sous-ensembles de population qui sont pertinents dans ce débat : les pauvres et les personnes qui gagnent le salaire minimum. Nombreux sont ceux qui assument que ces deux sous-ensembles se croisent à plusieurs endroits. Ils ne le font pas. Bien qu’il y ait toujours des anecdotes pour illustrer le contraire, la personne au salaire minimum ne lutte pas contre la pauvreté. C’est peut-être l’enfant étudiant d’une famille relativement aisée, un retraité qui veut arrondir ses fins de mois ou un second salarié dans un ménage de classe moyenne.
La couverture médiatique de ce problème difficile est basée sur des anecdotes évidentes, et il y a sûrement des dizaines de milliers de Canadiens pauvres qui gagnent le salaire minimum.
Cependant, les gouvernements n’ont pas le luxe de fonder leurs politiques sur des anecdotes.
Les bonnes décisions sont fondées sur des évidences. Dans ce cas, la preuve démontre que l’augmentation du salaire minimum profite surtout à ceux qui n’en ont pas besoin et peut même nuire à certains autres qui ne peuvent se le permettre.
Quand le prix d’un article augmente, normalement, la demande pour cet article diminue. Si le salaire minimum est plus élevé, on a alors une augmentation statutaire du salaire de la main-d’œuvre peu qualifiée. Bien qu’il soit difficile de croire certaines des revendications plus bizarres de groupes d’entreprises à l’effet qu’une augmentation de 25 cents du salaire minimum détruirait des dizaines de milliers d’emplois, il est tout aussi déraisonnable de supposer qu’il n’y aurait absolument aucun effet sur le comportement des entreprises face à ces coûts obligatoires accrus.
Et la recherche indique que plus le salaire minimum est élevé, plus cela a un effet négatif sur l’emploi. Lorsque le salaire minimum est environ la moitié du salaire moyen, les éventuelles augmentations commencent à avoir des effets négatifs sur les heures et les emplois. Les provinces, pour la plupart, ont atteint ce niveau et sont ainsi confrontées à la perspective que les augmentations dépasseront le taux d’inflation, ce qui aura un effet sur l’emploi.
En Ontario, une campagne antipauvreté a plaidé pour un plancher salarial de 14 $. Il est difficile d’imaginer que cela n’aurait pas un effet négatif sur la quantité de travail demandée puisque cela représente beaucoup plus que la moitié du salaire moyen dans la province.
Taux de pauvreté plus bas
Lutter contre la pauvreté devrait être important pour tous les Canadiens. Au cours des dernières décennies, la croissance économique et l’augmentation des revenus ont fait beaucoup en ce sens, et le taux de pauvreté au Canada est maintenant inférieur à tout ce qu’on a connu.
Cependant, il y a une place pour la politique active du gouvernement qui veut encore faire plus pour réduire le fardeau de la pauvreté qui pèse sur les moins fortunés d’entre nous. La preuve suggère fortement que l’augmentation du salaire minimum n’est pas la solution. De plus généreux transferts en espèces aux Canadiens à faible revenu par l’entremise des programmes existants comme le remboursement de la TPS et la prestation fiscale pour le revenu de travail sont beaucoup plus efficaces pour aider ceux qui sont vraiment dans le besoin.
Pour les politiciens, le salaire minimum a l’avantage de permettre aux politiques actives de lutte contre la pauvreté de ne pas être un fardeau pour le Trésor public. Mais l’efficacité d’une politique ne doit pas être déterminée par le peu qu’il en coûte au gouvernement.
Les entreprises — et plus particulièrement les petites entreprises — sont en grande partie responsables de l’augmentation du salaire minimum. De façon plus importante encore, les Canadiens à faible revenu portent aujourd’hui ce fardeau par des horaires réduits et moins de possibilités d’emplois au salaire minimum, ce qui a un effet réel sur la quantité de travail demandée quand le salaire minimum est à la hausse.
Il est difficile de ne pas paraître cruel quand on mentionne que la hausse du salaire minimum a un effet négatif sur l’inflation et sur la hausse générale des salaires. Cependant, une politique efficace doit être fondée sur des évidences. Si nous sommes sérieux dans la lutte active contre la pauvreté au Canada, il est important de noter qu’il existe de nombreux outils plus efficaces pour y arriver. Utilisons-les et retournons la responsabilité de la mise en œuvre d’une politique sociale du secteur privé au secteur public.






