La fièvre électorale nous envahit

Les petits partis pourraient jouer un rôle clé dans le résultat de l’élection.

Avec la dissolution de la Chambre le 11 septembre, tous les partis fédéraux entament leur campagne électorale.

Le premier ministre Justin Trudeau a déclenché une campagne de 40 jours en prévision d’une élection fédérale qui pourrait très bien devenir l’une des plus imprévisibles de l’histoire récente.

À l’heure actuelle, seuls les Libéraux et les Conservateurs ont une chance réaliste de remporter la victoire. Les deux partis sont au coude à coude dans les sondages en raison d’une légère baisse des Conservateurs qui étaient en tête dans les intentions de vote au printemps à la suite de l’affaire SNC-Lavalin.

Cependant, le résultat de l’élection pourrait être déterminé par les courses régionales où la division des votes dans les circonscriptions litigieuses risque de créer des surprises.

Contrairement à l’élection de 2015, les libéraux ont tout à perdre dans cette course. Au cours de cette campagne, leur stratégie consiste à vanter leurs réalisations — en particulier en ce qui concerne la pauvreté chez les enfants, les changements climatiques et l’emploi — tout en tentant de se distinguer des autres partis et en éloignant le débat des controverses apparues au cours de leur mandat.

La couverture médiatique incessante de l’affaire SNC-Lavalin et la mauvaise gestion de la question ont porté un dur coup au parti Libéral et au premier ministre Justin Trudeau.

« Le premier ministre Justin Trudeau a déclenché une campagne de 40 jours en prévision d’une élection fédérale qui pourrait très bien devenir l’une des plus imprévisibles de l’histoire récente. »

Avec un gouvernement aux prises avec des scandales, les beaux jours de Justin Trudeau sont probablement derrière lui. En fait, le jour où le Premier Ministre a appelé l’élection, de nouvelles révélations ont été faites sur l’affaire SNC-Lavalin ; Justin Trudeau a été obligé de répondre aux questions au lieu de discuter de son programme électoral.

Malgré ces facteurs, les Libéraux jouissent d’une avance considérable sur leurs principaux rivaux en Ontario et au Québec, deux provinces qui comptent un grand nombre de sièges. Il semble bénéficier de la faiblesse du Nouveau Parti Démocratique (NPD), particulièrement au Québec.

Jagmeet Singh et le NPD n’ont pas encore réussi à se positionner comme une alternative intéressante aux Libéraux pour les électeurs progressistes et de gauche. Ils se situent loin derrière les Conservateurs et les Libéraux à l’échelle nationale, et ce, dans toutes les régions — GTA-905, île de Vancouver, Montréal et provinces de l’Atlantique. Le Québec a été le théâtre de la fameuse vague néo-démocrate de 2011 et des récents succès du parti.

Ils risquent actuellement de perdre la majorité sinon la totalité de leurs 14 sièges au Québec ; ils font face à la défection de leurs partisans et à leur exode vers le Parti vert des provinces de l’Atlantique.

Cela étant dit, la course reste extrêmement fluide, et beaucoup de choses peuvent changer d’ici le jour du scrutin. Comme nous nous en souvenons tous, les Libéraux ont amorcé leur campagne derrière le Parti Conservateur de Stephen Harper et le NPD de Thomas Mulcair en 2015, mais ont fini par passer de la deuxième opposition à la Chambre des communes à la position de gouvernement majoritaire.

Les Conservateurs d’Andrew Scheer devraient dominer dans les Prairies et l’Alberta. On s’attend à ce qu’ils remportent la grande majorité des sièges dans cette région.

La campagne de M. Scheer pourrait tirer profit du fait que Justin Trudeau ne passe pas dans l’Ouest canadien. Les Conservateurs centreront leur message sur le soutien au secteur de l’énergie et sur la suppression de la taxe fédérale sur le carbone afin d’obtenir le maximum de sièges dans ces provinces.

Les Conservateurs pourraient également bénéficier de l’appui du gouvernement conservateur au pouvoir en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba. Cependant, une grande victoire dans l’Ouest ne suffira pas pour propulser Andrew Scheer au bureau du Premier Ministre.

Le chemin de la victoire pour les Conservateurs passe par une bonne performance au Québec et en Ontario, plus particulièrement dans la grande région de Toronto — que les experts d’Ottawa appellent habituellement le « 905 ». Les Conservateurs pourraient aller chercher un peu plus de sièges au Québec. Ils devront se démarquer du très progressiste conservateur Doug Ford, très impopulaire, s’ils espèrent progresser de manière significative en Ontario.

Le Parti Vert et le Parti populaire du Canada sont les négligés de cette élection. Les Verts sont plus forts que jamais. Certains sondages les placent même devant le NPD à l’échelle nationale.

« Le paysage politique canadien a considérablement changé depuis 2015. On a connu une vague bleue dans tout le pays, mais on ne sait pas encore si l’histoire se répétera. »

Dans des régions comme l’île de Vancouver, ils sont très concurrentiels et espèrent grappiller quelques sièges aux néo-démocrates, ce qui donnerait une course à quatre dans cette partie du pays. Ils pourraient surprendre du côté des provinces de l’Atlantique, plus particulièrement au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard, où les ramifications provinciales du parti ont été fortes ces dernières années.

Le Parti populaire du Canada, une faction dissidente du parti Conservateur dirigée par Maxime Bernier, ne gagnera peut-être aucun siège, mais empêchera les Conservateurs de remporter la victoire dans quelques circonscriptions du Québec ou des Prairies.

Le paysage politique canadien a considérablement changé depuis 2015. On a connu une vague bleue dans tout le pays, mais on ne sait pas encore si l’histoire se répétera. Les Verts sont plus forts et maintiennent l’équilibre des forces en Colombie-Britannique et à l’Île-du-Prince-Édouard. La droite est à nouveau divisée, le Parti populaire du Canada peut aller chercher quelques votes importants aux Conservateurs dans des courses serrées. Tous ces facteurs contribuent à rendre cette élection imprévisible.

La campagne de 40 jours est particulièrement importante, non seulement pour permettre aux politiciens d’exprimer leur vision, mais aussi pour permettre aux Canadiens de faire un choix éclairé.

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