Avec juin qui tire à sa fin, les tendances pour le marché canadien de l’automobile volatile de 2020 se précisent. L’on prévoit que les ventes de voitures neuves au détail pour juin seront inférieures au compte de 185 741 véhicules légers enregistré en juin 2019. Si l’on regarde ce mois, on note que les ventes n’avaient pas été particulièrement fortes, affichant une baisse de 7,2 % comparativement à juin 2018. À mi-parcours l’année dernière, l’industrie avait vendu 980 107 véhicules, ce qui représentait une chute de 5,5 % par rapport à 2018. Après seulement cinq mois en 2020, nous observions déjà, début juin, un recul considérable de 39 % par rapport à l’année dernière.
Selon les données de Statistique Canada, les ventes de voitures d’occasion ont subi une baisse importante de 38 % en mars, suivie d’une autre de 47 % en avril, dernier mois pour lequel nous disposons de données. Les ventes d’avril 2020 ne représentent que 34 % de celles d’avril 2019. Un affaissement de cet ordre est sans précédent dans l’industrie canadienne de l’automobile.
Canadian Black Book note que depuis le vendredi 26 juin, les prix des véhicules d’occasion au Canada ont amorcé un virage fondamental. En effet, le déclin des valeurs des voitures d’occasion ralentit rapidement dans plusieurs catégories. Parmi les neuf catégories de voitures, cinq ont vu leurs valeurs augmenter, une est restée stable et seulement trois ont accusé une baisse. Les valeurs des véhicules de 2 à 8 ans ont augmenté en moyenne de 0,19 % la semaine dernière. Nous n’avons pas vu d’augmentation des valeurs des voitures depuis la semaine du 23 mai 2019. Cette hausse est en fait la plus importante observée en une seule semaine au cours des deux dernières années. Pour le mois de juin, le rajustement hebdomadaire moyen des valeurs des voitures demeure négatif à -0,29 %, mais l’amélioration observée au cours des derniers jours de juin est certainement digne de mention.
Les segments des camionnettes et VUS ont perdu 0,05 % la semaine dernière. Il s’agit d’une faible réduction par comparaison aux semaines précédentes, où la baisse moyenne était de 0,52 % par semaine. Parmi les treize catégories de camionnettes suivies par Canadien Black Book, sept étaient en hausse et six en baisse. L’un des segments ayant chuté, les VUS intermédiaires, n’a baissé que de 0,03 %, ce qui représente un changement marginal par rapport à la semaine dernière.
À la fin de la semaine dernière, le rajustement des valeurs des camionnettes pour juin 2020 correspondait à -0,47 %, et celui des voitures, à -0,29 %. Compte tenu de la tendance négative générale, nous prévoyons que l’Indice de la valeur retenue de Canadian Black Book pour les véhicules de deux à six ans baissera pour juin, mais de façon beaucoup moins marquée que pour les mois précédents. En fonction de nos analyses et de nos prévisions, notre équipe estime que les prix de gros continueront de décroître, pour une baisse totale de 17 % pour l’ensemble de l’industrie par rapport aux prévisions normales s’il n’y avait pas eu la crise de la COVID-19. Nous n’avons pas encore vu les prix de détail suivre la tendance du marché de gros, mais ceci est à prévoir au cours des mois qui viennent. À l’heure actuelle, étant donné la baisse des activités d’échange et de retours de fin de bail depuis plus de deux mois, il y a pénurie de produit sur le marché. CBB considère cette baisse de stocks comme temporaire. Au cours des prochains mois, nous prédisons une hausse de l’offre, ce qui devrait pousser les prix à la baisse dans un environnement de demande incertaine.
L’un des effets secondaires de la récession entraînée par la pandémie est la hausse inattendue des reprises de possession, tant pour les véhicules vendus neufs que ceux d’occasion. Dans le cadre d’un séminaire cette semaine, Équifax Canada a indiqué prévoir une hausse de 25 % des défauts de remboursement au cours des six prochains mois, non seulement pour les prêts automobiles mais de façon générale. L’augmentation de l’endettement des Canadiens a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années. Les consommateurs étaient en train de rembourser avec succès une bonne partie de cette dette, jusqu’à ce que la crise actuelle entraîne la perte temporaire ou permanente d’emplois, ce qui a empêché de nombreuses personnes d’acquitter leurs mensualités. Équifax a également noté que les consommateurs ont une hiérarchie de paiement : la première priorité est le téléphone cellulaire et l’hypothèque, suivi du prêt auto ou du prêt à tempérament. Viennent ensuite les marges de crédit et les cartes de crédit. Équifax indique également que 8,6 % des détenteurs de prêts auto ont demandé des reports de paiements, particulièrement les consommateurs d’Alberta et de Saskatchewan.
Chose intéressante, au début de la crise il y a eu peu d’activités de recouvrement et de reprise de possession. Beaucoup de prêteurs étaient occupés à gérer le volume élevé de demandes de report de paiements. De plus, les tribunaux étaient fermés, ce qui a rendu difficile les reprises de possession et les saisies. Mais dès que ces activités reprendront pour de bon, nous verrons beaucoup plus d’unités à l’encan dans toutes les régions du pays.
Du côté des nouvelles économiques cette semaine, le nouveau gouverneur de la Banque du Canada, Tim Macklem, a livré son premier discours sur les effets de la pandémie de COVID-19 sur les perspectives économiques du Canada. Le gouverneur Macklem a indiqué que la pandémie avait créé un choc économique encore jamais vu de notre vie. La Banque du Canada prévoit : « Avec la réouverture de l’économie, nous devrions voir une forte croissance de l’emploi. Nous devrions également voir l’effet stimulant d’une hausse de la demande sur les dépenses. » Le gouverneur Macklem ajoute que « cependant, tous ne retrouveront pas leur emploi et il demeurera de l’incertitude ». La réponse de la banque centrale à la pandémie a été de réduire son taux d’intérêt directeur à 0,25 %, ce qui selon M. Macklem correspond à la valeur plancher. Dans un rapport publié la semaine dernière, le Conference Board du Canada estime que l’économie subira une contraction de 8,2 % cette année avant de revenir à une croissance positive, soit une augmentation de 6,7 % du PIB en 2021 et de 4,8 % en 2022, ce à condition qu’il n’y ait pas d’autres fermetures à l’échelle nationale entraînées par de nouvelles vagues du virus.






