L’observation de tâches, un bon moyen d’exercer son leadership en santé et sécurité !

L’observation de tâches est un art qu’on doit pratiquer. Du savoir-être, bien plus que de la technique. Dans le contexte de pénurie de main-d’œuvre, démontrer par des actions individuelles que nous nous préoccupons de notre personnel devient un préalable.

Les organisations ont, pour la plupart, une bonne prise en charge des risques pour la santé et sécurité sur le papier. En effet, les entretiens préventifs, les inspections des équipements critiques et des lieux sont réalisées, mais qu’en est-il de la compréhension, de l’application des méthodes, de l’utilisation adéquate des outils et de la perception des risques par les travailleurs ?

Considérant le fait que la très grande majorité des accidents chez nos employés en atelier mécanique ou de carrosserie touchent les troubles musculosquelettiques (TMS), il semble important de parler des observations de tâches. Par ailleurs, le risque élevé d’un événement grave relié à la réparation et à l’entretien des véhicules hybrides et électriques mérite aussi qu’on s’y attarde.

Mes années d’expérience me permettent d’affirmer qu’une observation régulière de nos employés, si elle est bien réalisée, permet de réduire considérablement le risque d’accidents. Effectivement, les avantages sont nombreux car l’observation permet de discuter des méthodes utilisées en confirmant les comportements sécuritaires. Cette observation permet aussi de constater l’état des outils et des équipements tout en corrigeant des écarts observés en réalisant le suivi des engagements pris avec nos employés.

Comme les techniciens de l’automobile sont de plus en plus spécialisés, les gestionnaires hésitent à intervenir sur leur travail. Pourtant, si l’approche est basée sur le « prendre soin » et l’implication dans la discussion, l’effet positif se fait sentir rapidement sur le changement de comportement qui amène une culture de prévention solide ! C’est à ce moment que le leadership en prévention s’opère.

Changer votre façon de voir l’observation et de transmettre l’information

Tout comme dans la population en général, 95 % de nos actions réalisées quotidiennement sont bien faites et respectent les normes et les règlements en vigueur si on les comprend bien. Il reste donc 5 % de nos actions qui peuvent être améliorées. Pourtant, nous passons 95 % de nos messages sur ce qui doit être amélioré, ce qui prend beaucoup d’énergie et provoque des frictions. Aussi, évitons de vouloir prendre en défaut certains employés par des observations surprises. Pas étonnant que certains de nos employés réagissent mal. Soyons positifs, renforçons les comportements sécuritaires et parlons de nos valeurs. Enfin, informer vos employés à l’avance que vous les observerez est le but de l’observation. 

Trucs et astuces d’une bonne observation :

La préparation :

  • Un bon leader est exemplaire, se prépare et porte les EPI requis ;
  • Il a pris le temps de se questionner sur : le qui, le quand, le pourquoi et le travail ou les travaux qu’il désire observer en fonction des enjeux de santé et sécurité ; 
  • Il prend le temps de réviser les méthodes ou la réglementation en vigueur selon ce qu’il observe ;
  • Il cible deux ou trois éléments seulement ; 

Il informe au préalable les employés du moment de cette observation et l’objectif visé ; (Dites-vous que la plupart se prépareront pour être exemplaires. Si ces derniers sont en confiance, vous serez à même de constater qu’ils connaissent ou non leur travail et les risques.)

La réalisation de l’observation : 

  • Le gestionnaire réitère quelques heures avant la rencontre que l’observation aura lieu et revient sur l’objectif (évitez d’annuler car ceci pourrait démontrer un manque d’intérêt) ; 
  • Il prend contact et pose des questions sur la tâche, sur la personne et valide la compréhension de l’observation ;
  • Il demande à l’employé de lui expliquer les moyens mis en place pour prévenir les accidents selon la tâche observée ; 
  • Il pose des questions ouvertes qui permettront d’identifier les éléments positifs et les possibilités d’amélioration avec l’employé. 

Rétroaction (le moment crucial) : 

  • Il fait cette rétroaction au bon moment dans un endroit calme et rapidement avec l’employé pour éviter le stress d’une attente, car, comme humain, on appréhende toujours un peu ;
  • Il prend un engagement autant sur les éléments positifs que sur les améliorations attendues. Cet engagement pourrait aussi être de part et d’autre. Exemple : 
    • Nous allons te fournir l’équipement rapidement avec un suivi. Et d’ici là, tu feras ce qu’il faut pour te protéger selon ce que nous avons convenu ;
    • Je vois à quel point tu connais les moyens de te protéger, je conviens avec toi que tu feras ce qu’il faut même si je ne suis pas là.

Pour terminer, sachant que plus de 65 % des accidents dans un atelier mécanique ont eu comme conséquence une blessure musculosquelettique, plusieurs intervenants peuvent vous soutenir dans cette démarche, comme les conseillers d’Auto Prévention, les conseillers de votre mutuelle de prévention de la CCAQ et plusieurs spécialistes en ergonomie au privé. Lors de sa tournée provinciale, la CCAQ offre notamment à ses membres une formation sur la gestion des risques ergonomiques. Les membres présents pourront bénéficier de grilles d’observation spécifiques pour le travail en atelier mécanique. C’est une belle occasion d’améliorer ses connaissances sur le sujet. Pour vous inscrire, rendez-vous sur l’Académie de formation, accessible à partir de l’espace membre de la CCAQ. 

À propos de Éric LAPOINTE

Éric Lapointe est conseiller stratégique en prévention SST à la CCAQ et vous pouvez le joindre à elapointe@ccaq.com

Articles liés
Share via
Copy link