Le paysage politique d’Ottawa transformé par le nouveau mandat majoritaire

Ce changement de pouvoir permet d’agir plus rapidement, mais renforce l’importance du contrôle et de l’engagement de l’industrie.

Force est d’admettre que l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement libéral majoritaire marque un tournant majeur dans le paysage politique d’Ottawa, qui aura des répercussions concrètes sur le fonctionnement du Parlement dans les mois à venir.

Après plusieurs années dirigées par un gouvernement libéral minoritaire, durant lesquelles les négociations, les consultations, les accords et les alliances ont largement marqué le processus législatif, les Canadiens se retrouvent aujourd’hui face à un gouvernement doté d’un mandat plus clair et d’un contrôle bien plus grand sur son programme.

Le chemin qui a mené à cette majorité était pour le moins singulier. Contesté pour certains, légitime et nécessaire pour d’autres, il résulte d’une combinaison de dynamiques électorales, d’une évolution des priorités des électeurs, d’ambitions politiques et d’une série de décisions personnelles importantes prises au sein même de la Chambre.

Ces derniers mois, quelques députés ont changé d’allégeance politique, passant des bancs de l’opposition à ceux du gouvernement. Même si chaque décision a pu être motivée par des considérations politiques locales et personnelles, prises globalement, elles révèlent une tendance plus générale : la prise de conscience que la proximité avec le gouvernement peut se traduire par des avantages plus directs pour les électeurs.

Ce moment en dit long sur le climat politique actuel à Ottawa. On constate, au-delà des clivages politiques, un sentiment de plus en plus marqué selon lequel l’approche progressive, ou la gouvernance fondée sur la collaboration observée ces dernières années, pourrait ne plus être à la hauteur de l’ampleur des défis auxquels le pays doit faire face.

Des enjeux comme la productivité, l’abordabilité, la compétitivité industrielle et la transition énergétique nécessitent des approches coordonnées et à long terme. Pour certains députés de l’opposition, et à coup sûr pour les députés ministériels, la situation devient de plus en plus claire. Il ne s’agit pas simplement de demander des comptes au gouvernement de l’extérieur, mais de participer directement à l’élaboration de solutions de l’intérieur.

Cet état d’esprit, axé sur la mise en œuvre de changements structurels au sein de l’économie canadienne, se reflète dans la récente stratégie automobile du gouvernement fédéral. Le secteur automobile canadien, au cours des derniers mois, a évolué dans un contexte marqué par l’incertitude mondiale, l’évolution des préférences des consommateurs et la complexité croissante des règlements et des échanges commerciaux.

Pour faire face à ces pressions, il ne suffit pas de politiques isolées ou d’annonces individuelles. Cela nécessite une approche globale qui arrime politique industrielle, expertise sectorielle, considérations commerciales, investissements dans les infrastructures et renseignements commerciaux.

« Cet état d’esprit, axé sur la mise en œuvre de changements structurels au sein de l’économie canadienne, se reflète dans la récente stratégie automobile du gouvernement fédéral. »

La stratégie automobile fédérale reconnaît clairement la nécessité d’une action coordonnée pour soutenir l’un des secteurs les plus importants du Canada. Elle va au-delà des initiatives fragmentées et s’efforce plutôt de regrouper divers leviers stratégiques au sein d’une structure plus cohérente.

Pour les acteurs de l’industrie, notamment les 3 400 concessionnaires automobiles qui emploient au total plus de 178 000 Canadiens et contribuent à hauteur de 28 milliards de dollars au PIB, ce type d’harmonisation est essentiel et présente de nombreux avantages.

Il n’est pas non plus difficile de comprendre pourquoi des initiatives multisectorielles de cette envergure peuvent séduire les députés qui n’appartiennent pas au parti au pouvoir. Lorsqu’il s’agit d’élaborer et de mettre en œuvre des stratégies majeures, la possibilité d’apporter sa contribution au sein du caucus ministériel peut être très attractive.

Le travail mené à Ottawa ne se limite pas à la défense des droits, mais porte également sur l’accès et la participation aux moments où les décisions sont prises. Pour certains, traverser le parquet de la Chambre devient un moyen de s’assurer que leurs communautés sont directement associées à ces priorités nationales.

Cependant, un gouvernement majoritaire ne dispense pas de la nécessité d’un examen attentif. Au contraire, cela ne fait que l’accentuer. Avec moins d’obstacles relatifs à la procédure et un processus législatif plus simplifié, le risque existe que les gouvernements agissent trop précipitamment, mènent des consultations trop restreintes ou sous-estiment les répercussions à long terme.

La discipline et les contraintes imposées par un Parlement minoritaire peuvent être allégées, mais la responsabilité de consulter véritablement les parties prenantes demeure.

Pour le secteur de la vente au détail de véhicules, cela s’avère particulièrement important. Les politiques ayant une incidence sur l’offre de véhicules, la demande des consommateurs, l’accord de libre-échange avec les États-Unis et le cadre réglementaire général ont des conséquences économiques énormes.

« Avec moins d’obstacles relatifs à la procédure et un processus législatif plus simplifié, le risque existe que les gouvernements agissent trop précipitamment, mènent des consultations trop restreintes ou sous-estiment les répercussions à long terme. »

Pour que les décisions gouvernementales tiennent compte des réalités concrètes, il faudra un engagement constant, une communication claire et, le cas échéant, une pression constructive.

La dynamique quotidienne de la Chambre des communes changera sans aucun doute sous un gouvernement majoritaire. Le processus législatif devrait se dérouler de manière plus prévisible, les commissions pourraient fonctionner avec des niveaux de tension variables et l’équilibre des pouvoirs sera plus facile à gérer.

Toutefois, le besoin fondamental de collaboration, d’élaboration des politiques réfléchie et de responsabilité ne disparaît pas pour autant. Au contraire, cela devient encore plus important.

Dans ce nouveau contexte, l’occasion à saisir est claire. Un mandat plus fort permet d’agir avec détermination face aux défis structurels auxquels le pays est confronté. L’industrie automobile, les concessionnaires et, plus largement, les Canadiens s’attendent à ce que ce pouvoir soit utilisé pour mettre en œuvre des stratégies cohérentes et bien harmonisées, qui favorisent la croissance à long terme et apportent de la clarté à l’industrie.

La stratégie automobile est un ambitieux projet qui pourrait tirer profit d’une approche structurée et descendante, mais un suivi constant restera indispensable. Il s’agit désormais de veiller à ce que sa mise en œuvre, ainsi que le programme politique plus large qui en découle, continue de refléter les réalités de l’industrie, des entreprises et des communautés qu’elle est censée soutenir.

À propos de Charles Bernard

Charles Bernard est économiste en chef à la Corporation des associations de détaillants d’automobiles (CADA). Vous pouvez le joindre à l’adresse suivante : cbernard@cada.ca

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