
À Ottawa, ce matin, les dirigeants de l’industrie automobile ont donné une conférence de presse conjointe où ils ont réaffirmé leurs doutes quant aux mandats sur les véhicules zéro émission proposés par le gouvernement fédéral.
Les groupes s’attendent à ce que le gouvernement dévoile la semaine prochaine des mandats légèrement modifiés qui seront loin d’en faire assez pour apaiser toutes les craintes que l’industrie a exprimées au cours de la dernière année.
« Notre principal objectif sur la Colline du Parlement ce matin était de faire passer un message avant l’annonce des mandats sur les VE, vraisemblablement la semaine prochaine, et d’expliquer que ces mandats sont voués à l’échec si les consommateurs canadiens n’embarquent pas et que les bonnes conditions commerciales ne sont pas réunies au préalable », a dit Tim Reuss, président et chef de la direction de la Corporation des associations de détaillants d’automobiles dans une entrevue accordée à Affaires automobiles avec les dirigeants des trois associations sectorielles après leur conférence de presse à Ottawa.

Pour sa part, Brian Kingston, président et chef de la direction de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules, a dit que les mandats proposés ne sont plus en phase avec certaines des préoccupations clés que le gouvernement avait identifiées lors de leur création. « Je pense que nous nous attendons à quelques modifications mineures dans la réglementation que nous avons vue il y a presque un an. Donc aucun changement appréciable malgré une année de discussions avec l’industrie sur les défis posés par la réglementation », a dit M. Kingston en entrevue.
« Une des prétentions du gouvernement depuis qu’il a avancé le concept même d’un mandat est qu’il n’y a pas de VE au Canada. Que nous avons besoin d’un mandat pour corriger cette situation. Mais le paysage a changé de manière spectaculaire. Bien entendu, il y a eu des problèmes d’approvisionnement pendant la pandémie et par la suite, en raison de l’étau qui étranglait la chaîne d’approvisionnement mondiale. Mais les données récentes montrent que nous offrons des modèles dans pratiquement tous les segments automobiles et que les stocks de véhicules électriques se regarnissent semaine après semaine. Alors la prémisse de départ du mandat n’est plus valide. Et c’est là que le bât blesse tout particulièrement. Pourquoi aller de l’avant malgré tout ce que les constructeurs d’automobiles ont fait pour mettre davantage de véhicules sur le marché? »
Selon David Adams, président des Constructeurs mondiaux d’automobiles du Canada, bien que les groupes sectoriels en auront plus à dire lorsqu’Ottawa dévoilera ses mandats révisés, il ne s’attend pas à de grands changements. « Je pense que le tout ressemblera beaucoup à ce qui se trouvait dans le projet de réglementation, soit des objectifs annuels qui augmentent jusqu’à atteindre 100 %, et quelques modifications sur certains points très particuliers, mais la nouvelle version sera essentiellement identique », a dit M. Adams.

« Je pense qu’offrir le produit sur le marché n’est qu’un très petit morceau d’un casse-tête très compliqué. Et je pense, comme MM. Kingston et Reuss, que nous pouvons faire notre part, mais qu’il est nécessaire de mettre une infrastructure en place », a dit M. Adams.
Dans un communiqué de presse au sujet de leur conférence à Ottawa, les groupes détaillaient leurs principales préoccupations. « Les Canadiens veulent être certains qu’ils seront en mesure d’acheter, d’utiliser et de recharger leur VE d’une façon qui convient à leur style de vie et à leur réalité géographique avant de prendre une des plus importantes décisions d’achat de leur vie », a dit M. Reuss.
Il a ajouté que les taux d’intérêt et l’inflation actuellement élevés influent énormément sur l’abordabilité, et que bon nombre de consommateurs n’ont tout simplement pas les moyens d’acheter un VE en ce moment. À preuve les stocks en croissance chez les concessionnaires membres de la CADA. « Au lieu d’essayer de décider pour les individus ce qu’ils devraient acheter, le gouvernement aurait mieux fait de s’attacher à réunir les circonstances idéales pour stimuler la demande », a indiqué M. Reuss dans un communiqué.

Les dirigeants continuent d’assurer que l’industrie ne se traîne pas les pieds quant au lancement de véhicules électriques et électrifiés, citant un investissement mondial massif dans l’accroissement de la capacité de production. « L’industrie automobile est complètement investie dans cette transformation et c’est pourquoi elle considère ce mandat comme redondant, pour être franc. Les constructeurs ont affecté plus d’un billion de dollars à l’électrification dans le monde. Au Canada, 30 milliards de dollars ont été investis au cours des dernières années, et une proportion énorme de cette somme a été allouée à l’électrification », a dit M. Kingston en entrevue.
Il affirme que les constructeurs ont mis 77 modèles sur le marché au Canada et qu’on en attend 41 de plus l’an prochain. « L’industrie est déjà résolument engagée dans cette voie et investit massivement dans la transformation. Et le problème du mandat, c’est qu’obliger les Canadiens à acheter un véhicule plutôt qu’un autre sans s’être d’abord assuré de leur appui nuira en fait à la capacité de la majorité des gens à passer à l’électrique », a-t-il dit.
Les dirigeants en auront plus à dire sur le sujet lorsque le gouvernement dévoilera officiellement ses mandats.








