L’heure de la vérité a sonné

Il sera important pour les concessionnaires d’être à l’affût des premiers signes provenant d’Ottawa.

Alors que le Parlement se prépare à reprendre ses travaux cet automne, les concessionnaires automobiles canadiens devraient suivre de près une saison politique qui promet d’être pertinente à bien des égards pour notre industrie. 

À l’approche de l’automne, les gros titres seront inévitablement consacrés à la stratégie budgétaire du gouvernement et à ses relations avec les États-Unis, mais au-delà de ces courants, une décision politique a déjà donné le ton pour les mois à venir : le premier ministre Carney a annoncé que les véhicules de l’année modèle 2026 seront exemptés de l’obligation fédérale relative aux véhicules zéro émission (VZE). 

Dans ma dernière chronique, j’ai mentionné que le débat actuel sur les véhicules électriques était sur le point de devenir l’un des principaux sujets de conversation dans les couloirs du Parlement à Ottawa. 

Cette annonce démontrait que les libéraux souhaitaient limiter l’enthousiasme politique du Parti conservateur sur ce sujet, étant donné qu’ils avaient fait de l’obligation relative aux véhicules électriques leur cible pendant l’été et qu’ils étaient certainement prêts à s’y opposer à la Chambre.

La justification de la pause de 2026 est en partie présentée comme une réponse aux réalités commerciales. 

La décision d’Ottawa de revoir sa propre norme VZE n’est donc pas seulement un ajustement de politique intérieure, mais aussi une reconnaissance du fait que les concessionnaires et les constructeurs canadiens ne peuvent pas fonctionner indépendamment de la dynamique du marché américain. 

L’évolution de cette relation au cours des prochains mois, en particulier dans le contexte des négociations commerciales instables, influera sur l’environnement opérationnel des concessions bien au-delà du dossier des véhicules zéro émission.

Cette pause élimine la pression immédiate liée à l’obligation de respecter l’exigence initiale selon laquelle 20 % des véhicules légers neufs vendus l’année prochaine devront être à zéro émission. Ce faisant, cela apporte une clarté à court terme pour les concessionnaires, mais soulève également de nouvelles incertitudes quant à la suite des événements. 

La décision de M. Carney s’accompagnait également de la promesse d’un examen du programme dans un délai de 60 jours, examen qui évaluera l’abordabilité, le choix des consommateurs et les réalités des infrastructures par rapport aux objectifs environnementaux plus larges du gouvernement, à la réduction des émissions et au leadership international en la matière. 

En réalité, pour l’industrie, cette décision contribue à éviter une crise immédiate de l’approvisionnement et de la disponibilité, mais des questions subsistent quant à la façon dont les objectifs futurs seront structurés – s’ils sont maintenus – et quant à savoir si l’approche révisée apportera de la stabilité ou si elle ne fera que reporter la pression à plus tard. 

Cela est particulièrement pertinent dans la mesure où des provinces telles que la Colombie-Britannique et le Québec continuent d’appliquer leurs propres exigences strictes. Il en résulte un ensemble disparate de normes partout au pays, susceptible de créer de réelles disparités dans la distribution des véhicules et dans la vitesse à laquelle les Canadiens intègrent cette technologie dans leur quotidien.

Certains constructeurs ont déjà concentré leurs allocations de véhicules électriques dans les provinces ayant des mandats, laissant les concessionnaires d’autres administrations avec moins de modèles à proposer. Si les réglementations provinciales et fédérales restent asynchrones, les concessionnaires pourraient faire face à d’importants obstacles au commerce intérieur et à des défis opérationnels.

Cette divergence dans l’orientation politique n’est pas seulement une question d’ordre technique. Cela a un poids politique au sein du caucus libéral, en particulier parmi les députés représentant des circonscriptions rurales. 

En ce qui concerne les véhicules électriques, certains députés ont exprimé leurs préoccupations quant au fait que leurs régions ne disposent pas des infrastructures et de la base de consommateurs nécessaires pour atteindre les objectifs ambitieux fixés en matière de véhicules électriques, et que le programme d’Ottawa est fortement axé sur les réalités urbaines plutôt que sur les besoins des petites collectivités, où les distances sont plus longues et les réseaux de recharge peu nombreux. Il sera intéressant de voir si les divergences internes contribueront à renforcer les arguments de l’industrie automobile au sein du caucus libéral.

De manière plus générale, des rumeurs ont également circulé selon lesquelles les députés libéraux seraient quelque peu mécontents de l’accent mis par la direction sur des questions importantes de haut niveau telles que l’accélération des projets d’infrastructure hautement prioritaires et l’augmentation des dépenses de défense, plutôt que sur des questions plus proches des préoccupations des Canadiens, questions qui ont notamment aidé les conservateurs à gagner du terrain électoral auprès des Canadiens. 

Le premier ministre a mené sa campagne sur cette base, ce qui n’est donc pas surprenant, mais même avec une forte minorité, il sera essentiel pour M. Carney de trouver un bon équilibre entre l’utilisation à long terme et à court terme de son avantage politique, car il se rendra rapidement compte de la nature capricieuse de l’opinion publique et du soutien interne au sein de son parti. 

Ces projets d’envergure bénéficient d’un large soutien de la part de tous les partis politiques et ont en quelque sorte reçu le feu vert lors des récentes élections, mais leurs résultats ne seront visibles que dans plusieurs années, laissant le gouvernement actuel face à des défis quotidiens qui doivent être relevés.  

C’est justement pour cette raison que cet automne à Ottawa sera largement influencé par le budget du gouvernement, le premier plan économique complet sous la direction de M. Carney. 

Il s’agit du premier exercice, sous le regard attentif de la Chambre, où il tentera de trouver cet équilibre, tout en gérant un déficit déjà important. Même si cela ressemblera probablement à un exercice périlleux pour lui et son équipe, les Canadiens y verront précisément la raison pour laquelle il a été élu, ses qualifications et son expérience professionnelle ayant contribué à la victoire des libéraux.

Les attentes sont élevées quant à sa capacité à apporter une certaine sécurité aux investisseurs et aux entreprises après une période mouvementée marquée par des différends commerciaux, des menaces tarifaires et des changements réglementaires. 

Le gouvernement a indiqué que les dépenses en matière de logement et de défense occuperaient une place centrale, mais pour le secteur automobile, la question principale est de savoir si le budget présentera une feuille de route crédible en matière de compétitivité, d’infrastructures et de clarté réglementaire. 

Dans ce processus, les concessionnaires automobiles devraient surveiller attentivement si le gouvernement choisit de rétablir ses mesures incitatives à l’achat de véhicules zéro émission (VZE), comment il continue de traiter les droits de douane sur les véhicules et les pièces, et si le financement des réseaux de recharge et des infrastructures énergétiques est adapté à la demande réelle. 

L’abordabilité restant une préoccupation majeure pour les ménages canadiens, le gouvernement est soumis à des pressions pour veiller à ce que la transition vers des modes de transport plus propres ne pèse pas davantage sur les consommateurs, déjà méfiants face aux prix élevés – un autre exemple du numéro d’équilibriste évoqué plus haut. 

Dans l’ensemble, ces dynamiques laissent présager une session d’automne moins axée sur les annonces fracassantes que sur le rajustement. Le gouvernement s’efforce de concilier les ambitions climatiques avec les réalités économiques, les préoccupations rurales avec les priorités urbaines, et les objectifs nationaux avec les pressions internationales. 

Une tâche complexe, certes, mais importante, et c’est pourquoi il sera essentiel de suivre l’évolution de la situation. La façon dont le Parlement mènera ces débats cet automne déterminera non seulement l’orientation du secteur automobile canadien, mais aussi les activités quotidiennes des concessionnaires à travers le pays.

À propos de Charles Bernard

Charles Bernard est économiste en chef à la Corporation des associations de détaillants d’automobiles (CADA). Vous pouvez le joindre à l’adresse suivante : cbernard@cada.ca

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