L’arrivée annoncée de marques automobiles chinoises au Canada soulève un débat que notre industrie ne peut ni ignorer ni réduire à une confrontation commerciale. Pour les consommateurs, la question est simple : ces véhicules permettront-ils enfin d’accéder à des modèles électriques plus abordables ? Pour les gouvernements et l’industrie, la réponse l’est beaucoup moins.
Depuis le 1er mars 2026, le Canada autorise l’importation annuelle de 49 000 véhicules électriques fabriqués en Chine au tarif de 6,1 %, après avoir levé la surtaxe de 100 % instaurée en 2024. Ce volume représente moins de 3 % du marché canadien des véhicules neufs. Le cadre prévoit aussi qu’une part croissante du quota soit consacrée à des véhicules d’une valeur à l’importation de 35 000 $ ou moins.
Il ne s’agit donc pas, à court terme, d’un raz-de-marée. Il s’agit plutôt de l’ouverture d’une porte. Les choix des constructeurs chinois et de leurs futurs distributeurs, sous les règles établies par les gouvernements, détermineront si cette ouverture transforme réellement le marché canadien.
Il faut reconnaître le principal attrait de ces marques : plusieurs constructeurs chinois ont développé des véhicules électriques bien équipés à des prix compétitifs. Dans un contexte où l’achat d’un véhicule neuf est devenu plus difficile pour de nombreux ménages, cette proposition ne peut être balayée du revers de la main. L’abordabilité est l’un des grands défis de notre secteur et nous devons en parler franchement.
Cela ne signifie pas que les véhicules vendus aujourd’hui par les concessionnaires seraient artificiellement trop chers. Leur prix reflète d’abord les choix de gamme des constructeurs et les coûts de fabrication. Les exigences réglementaires s’y ajoutent. Le financement joue aussi un rôle majeur, tout comme l’évolution du marché nord-américain vers des véhicules plus grands et plus sophistiqués.
L’arrivée de modèles moins coûteux pourrait donc répondre à un besoin réel. Mais l’abordabilité ne se mesure pas uniquement au montant inscrit sur l’étiquette.
Un véhicule doit pouvoir être entretenu et réparé pendant de nombreuses années. Le consommateur doit savoir que les pièces seront disponibles et que la garantie sera honorée. Il doit aussi pouvoir compter sur la présence du constructeur lorsqu’un problème survient. La valeur de revente compte également. Un prix initial avantageux peut perdre une partie de son intérêt si le coût de possession devient imprévisible.
« Les marques chinoises devront choisir leur modèle d’entrée au Canada. Certaines pourraient s’appuyer sur des groupes de concessionnaires existants, alors que d’autres pourraient privilégier la vente directe. »
C’est là que les répercussions pour les concessionnaires deviennent importantes. Les marques chinoises devront choisir leur modèle d’entrée au Canada. Certaines pourraient s’appuyer sur des groupes de concessionnaires existants, alors que d’autres pourraient privilégier la vente directe. Peu importe le modèle retenu, les consommateurs québécois devront bénéficier des mêmes protections et du même accès au service que pour toute autre marque.
Cette exigence ne constitue pas une barrière déguisée. Elle est la condition d’une concurrence équitable. Les nouveaux joueurs devront respecter les règles canadiennes de sécurité et assumer pleinement leurs obligations envers les propriétaires. Les véhicules connectés soulèvent aussi des questions légitimes sur l’utilisation des données. Ces questions doivent être encadrées par des normes applicables à tous les constructeurs, sans complaisance ni procès d’intention. Le gouvernement fédéral avait d’ailleurs inclus la cybersécurité et la protection des renseignements personnels dans son examen des importations de véhicules chinois.
Le débat sur les tarifs ne doit donc pas opposer mécaniquement protectionnisme et libre concurrence. Une ouverture contrôlée peut accroître le choix offert aux consommateurs, tout en permettant au Canada d’évaluer les effets réels de ces importations. Elle doit toutefois s’accompagner d’exigences claires sur le soutien après-vente et la responsabilité à long terme.
Les constructeurs chinois pourraient perturber le marché canadien. Ils pourraient aussi pousser toute l’industrie à revoir son offre et à proposer davantage de véhicules adaptés aux moyens des ménages. Ce serait une évolution positive, à condition que la concurrence porte sur la valeur complète du véhicule, et non seulement sur son prix d’entrée.
L’abordabilité ne doit pas être mise sous le tapis. Elle doit être examinée jusqu’au dernier kilomètre. La concurrence peut traverser une frontière rapidement. La confiance, elle, se construit ici.







