Les malentendus sur les dépenses en éducation alimentent les tensions
L’évolution de la situation du côté des manifestations étudiantes au Québec au cours des derniers mois a suscité un débat national beaucoup plus important que l’objectif initial du mouvement. À ses tout premiers débuts, plus tôt au printemps, ce mouvement n’avait qu’une seule raison d’être : protester contre une augmentation des frais de scolarité. Depuis lors, il a pris la forme d’un débat sur des questions aussi fondamentales que les droits civiques et le rôle même du gouvernement dans notre société moderne.
À mon avis, une grande partie du conflit tient au problème de gouvernance que nous connaissons en occident : ce qui doit être financé par le gouvernement et ce qui doit être gratuit.
Les manifestants étudiants demandent « l’instruction gratuite pour tous ». Quand on parle de « gratuite », on veut bien sûr dire « financée par le gouvernement ». On n’a pas besoin d’un diplôme d’études supérieures en finances pour savoir que cela signifie « payée par tout le monde », y compris ces millions de personnes qui ne font pas d’études supérieures. Pourtant, malgré son rejet simple, cela perdure dans l’imagination du public.
Rien n’est gratuit
Il ne fait aucun doute que les gouvernements à tous les niveaux fournissent des services essentiels que personne ne peut fournir. Des services allant des transports aux soins hospitaliers en passant par les droits de propriété sont des services clés de notre mode de vie moderne et sont à juste titre financées par les taxes. Mais rien n’est gratuit. Tout est payé par prélèvement sur les taxes que les gouvernements retiennent de nos chèques de paie et des revenus de nos entreprises.
Si un service fourni ou payé par le gouvernement est gratuit parce que l’utilisateur ne paie pas pour l’obtenir, c’est une erreur qui conduit à un déficit, entraîne une dette et, dans les cas extrêmes, la faillite de l’État. Ceux qui croient que je suis alarmiste, ne cherchez pas plus loin que la Grèce, jadis prospère, pour vous rendre compte que les services gratuits n’apportent que la ruine.
L’éducation est en partie un bien public. Cela signifie que les avantages associés à l’enseignement supérieur profitent non seulement à la personne instruite, mais à la société dans son ensemble. C’est incontestable. Les biens publics doivent être financés en partie par la fiscalité afin de refléter le fait que tout le monde en profite. C’est pourquoi les gouvernements financent plus des quatre cinquièmes de la facture totale pour les études universitaires.
L’instruction rapporte
Il faut aussi se rappeler, toutefois, que l’étudiant lui-même profite de son diplôme universitaire. Des données de Statistique Canada nous montrent que le revenu annuel d’une personne qui a fait des études universitaires se chiffre à plus que 30 000 $ par rapport à un individu avec seulement un diplôme d’études secondaires. Au cours d’une carrière moyenne, cela représente des centaines de milliers de dollars. L’étudiant bénéficie d’au moins autant d’avantages que le contribuable et sans doute beaucoup plus; pourtant, il ne paie que près d’un cinquième de la facture pour son enseignement supérieur.
Et pourtant, au Québec, ce n’est pas suffisant pour une minorité d’élèves qui veulent plus d’avantages et la gratuité scolaire. Il faut donc savoir si le contribuable québécois paiera 87 ou 83 % de la facture. Peu importe ce qui se passera, il reste que ce sont les frais de scolarité universitaire les plus bas en Amérique du Nord. Les Québécois paient déjà les impôts les plus élevés sur le continent et font face à une dette élevée; le gouvernement ne doit pas payer pour un service gratuit. Dans le monde d’aujourd’hui, se plier à de telles demandes est un jeu très dangereux.
Au moment où vous lirez ces lignes, peut-être que les esprits se seront refroidis quelque peu. Il est même possible qu’une élection soit convoquée sur ce qui reste une impasse entre le gouvernement et le mouvement étudiant.
Peu importe l’issue finale du conflit qui se joue dans les rues du Québec, l’idée que certains services gouvernementaux soient gratuits perdure. L’éradication universelle de cette idée fausse serait sans doute avantageuse pour tous.








