« LES JEUNES D’AUJOURD’HUI N’ACHÈTENT PAS DE VÉHICULES NEUFS EN GRAND NOMBRE, MAIS ILS LE FERONT DEMAIN », DIT MICHAEL HATCH
Parmi les nombreuses questions qui titillent les observateurs et les membres des médias quand ils regardent ce qui se passe dans le monde de l’automobile, c’est le fait que les jeunes refusent d’acheter de nouvelles voitures. Ils sont trop pris par d’autres jouets technologiques et n’ont pas besoin d’un véhicule neuf. Ces plaintes, que cet observateur (relativement jeune) a notées, sont habituellement teintées du ton condescendant et antagoniste à l’égard des enfants d’aujourd’hui qu’adoptent les gens d’un certain âge depuis des lunes.
Ces problèmes de tensions intergénérations, néanmoins, méritent qu’on s’y arrête. Les téléphones intelligents remplacent-ils les voitures chez toutes les personnes nées depuis 1980 ? Les consommateurs de demain navigueront-ils au travail sur des tablettes électroniques défiant la gravité ?
Un blogueur américain qui m’a récemment enguirlandé en me disant que l’industrie est « complètement dans le champ », car « les pauvres et les jeunes » n’achètent pas de voitures neuves. Cette personne a continué à s’inquiéter du fait que les jeunes n’achètent pas de voitures comme le faisaient leurs parents, et que l’industrie pourrait avoir de sérieux ennuis.
LES BELLES ANNÉES
À quand remonte cette période faste où les jeunes achetaient plus de voitures neuves que leurs parents ? Sur l’ensemble des voitures neuves vendues au Canada et ailleurs, combien ont été achetées par des jeunes d’une vingtaine d’années ? Le fait est que, aujourd’hui, les rares jeunes de 25 ans qui possèdent une voiture ne conduisent pas un modèle 2014 qui sent encore le cuir. Il conduit ce que tout le monde se procure comme première voiture, c’est-à-dire un modèle d’occasion qui est sorti de l’usine quand son propriétaire était adolescent. C’était vrai il y a 50 ans, ça l’était il y a 20 ans, et ça l’est encore aujourd’hui.
Il n’y a jamais eu une période où « les pauvres et les jeunes » ont représenté une part importante des acheteurs de voitures neuves. Alors que les voitures neuves sont souvent commercialisées à une population plus jeune, ce sont les consommateurs plus vieux qui peuvent se permettre de les acheter en grand nombre. J’ai entendu dire qu’il s’agit du petit secret sordide de l’industrie. Et c’est un secret de polichinelle que les jeunes de 45 ans font plus d’argent et achètent plus de voitures neuves que les jeunes de 25 ans. Et il n’est pas sordide pour autant.
Plus souvent qu’autrement, les personnes pauvres restent pauvres, ce qui constitue un énorme problème qui va bien au-delà de la portée de cet article. Mais les jeunes ne restent pas éternellement jeunes. Une fois qu’ils ont atteint la trentaine, un véhicule devient ordinairement une nécessité, si ce n’est déjà fait. En outre, une fois qu’ils possèdent une voiture, ils ne reviennent presque jamais en arrière. Un type de 30 ans qui devient propriétaire d’un véhicule a habituellement 40 ans ou plus de conduite devant lui. Cela représente plusieurs centaines de milliers de kilomètres et une grande partie de la nouvelle demande de voitures neuves.
RIEN À VOIR AVEC LES TÉLÉPHONES INTELLIGENTS
La notion que les voitures sont marginalisées par la prolifération des téléphones intelligents et les tablettes électroniques a toujours semblé un peu fantastique. En économie, vous apprendrez qu’il existe des produits de substitution : lorsque le prix d’un produit augmente, la demande augmente pour un autre. Pensez au beurre et à la margarine; au Coke et au Pepsi; au pétrole et au gaz naturel. De façon intuitive et indirectement, ces produits sont des substituts les uns par rapport aux autres. Mais je ne peux pas conduire mon Blackberry pour visiter des amis de l’autre côté de la ville ou pour amener les enfants au soccer.
Et pourtant, l’idée persiste. Il y a maintenant au Canada plus de jeunes que jamais dans la vingtaine. Et les ventes de voitures neuves atteindront sans doute un nouveau record cette année. Ces deux constats ne sont pas liés, bien sûr : ces voitures, pour la plupart, sont achetées par des personnes nées avant 1980. Mais dans dix ans, les 20 ans d’aujourd’hui auront des enfants et achèteront des voitures, tout comme les personnes dans la trentaine comme moi aujourd’hui. Dans 10 ou 20 ans, ces jeunes seront dans la fleur de l’âge et créeront encore une plus grande demande pour les véhicules neufs, tout comme leurs parents en ce moment.
Nous ne sommes pas complètement dans le champ, alors. Les enfants grandissent. Leurs besoins et leurs moyens changent à mesure qu’ils vieillissent. Les enfants sont aujourd’hui les adultes de demain.







