Il y a toujours un coût

Les cibles liées au contrôle des émissions ont un prix

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Les gouvernements étant ce qu’ils sont, nombreux sont ceux qui caressent l’idée qu’il est possible de faire des choix politiques difficiles sans répercussions négatives sur les électeurs et les consommateurs. Les politiciens, dont la carrière repose sur le soutien souvent inconstant de l’électorat, sont constamment à la recherche de politiques qui leur permettront de gagner sans faire de vagues et relèguent les problèmes délicats de compromis à un malheureux futur représentant élu.

Cependant, aujourd’hui n’est rien d’autre que le futur d’hier, et, dans bien des cas, les gouvernements d’aujourd’hui sont forcés de ramasser les problèmes laissés en plan par leurs prédécesseurs. Qu’il s’agisse de politiques sur les soins de santé, les pensions ou de politiques climatiques, les gouvernements doivent de plus en plus affronter cette réalité que la prise de décision impose à certains de faire des compromis qu’ils ne sont pas prêts à faire, et peut comporter des coûts et des bénéfices.

Une réglementation ou une loi qui ne comporte aucun coût apportera probablement un petit bénéfice à l’économie, à l’environnement, au payeur de taxes ou à celui à qui elle est censée plaire.

De même, pour que la réglementation soit efficace, et les bénéfices, tangibles, il doit y avoir un coût quelque part, financier ou autre. La prise de décision exige que les coûts soient clairs et transparents.

Malheureusement, la politique demande toujours qu’on cache à tout prix aux électeurs le coût des choix effectués par les politiciens.

La politique climatique en est un parfait exemple.

Les économistes, pour la plupart, seraient d’accord sur le fait que la politique sur la réduction des gaz à effet de serre la plus simple, la plus claire et la plus efficace serait une taxe sur le carbone fixée suffisamment haut pour encourager la conservation et réduire l’usage du carbone dans tous les secteurs économiques, du producteur au consommateur.

On traiterait ainsi toutes les industries et les consommateurs en matière de besoins collectifs pour réduire notre empreinte énergétique, et le coût au consommateur et à l’industrie serait relativement transparent : une augmentation du prix du carburant à la pompe, à titre d’exemple, des coûts de chauffage à la maison, ou des matières premières pour un manufacturier, couplée avec un incitatif à long terme pour permettre d’obtenir un véhicule plus efficace, une source de combustible pour la maison ou pour la manufacture.

Bienvenue en politique, là où le mot « taxe » pourrait aussi bien avoir cinq lettres. Dans un monde où même les leaders de l’industrie énergétique de l’Alberta demande une taxe sur le carbone, les élus ne peuvent supporter l’idée de la pelleter dans la cour des électeurs dans la plupart des régions du Canada.

Nous sommes plutôt captifs de programmes complexes et inefficaces conçus pour faire ce qu’une taxe sur le carbone ferait : faire plafonner les émissions; c’est coûteux, et les cibles de carbone industrie par industrie sont lourdes et inefficaces.

Dans l’industrie de l’automobile, les coûts sont faramineux. Pendant que personne ne débat sur les avantages associés à une meilleure efficacité énergétique et sur les émissions moins polluantes provenant des véhicules, les coûts se chiffrent en milliards de dollars. Pire encore, les consommateurs — qui éventuellement accepteront ces coûts dissimulés dans l’étiquette de prix du véhicule — n’ont aucune idée des coûts que ça représente.

Plusieurs des gains que nous avons faits au cours des dernières décennies en matière d’économie de carburant auraient été faits quand même sans l’imposition des très ambitieuses règles sur l’économie de carburant en raison des demandes constantes et croissantes des consommateurs : l’acheteur de voiture d’aujourd’hui met la consommation de carburant au sommet de sa liste de caractéristiques requises.

Pendant ce temps, les exigences d’Ottawa en termes de cibles d’efficacité pour le parc de véhicules moyen obligent les constructeurs d’automobiles à investir des milliards sur des modèles que les consommateurs n’achètent pas.

Dans un monde où l’on paie le baril de brut 40 $ et où les automobiles sont de plus en plus écoénergétiques, les consommateurs se ruent par millions vers les camionnettes, les VUS compacts et les multisegments, rendant caduque jusqu’à un certain point la réglementation sur l’économie de carburant.

Remplaçons les cibles de réduction des émissions des diverses industries par une taxe sur le carbone significative, et tous ces problèmes disparaissent.

Hélas, les politiciens ne le permettront pas. Pendant ce temps, les émissions continuent d’augmenter chaque année, et les gouvernements continuent de poursuivre à grand coût des programmes de réductions des émissions pour chaque industrie. Mais nous ne pourrons sans cesse avoir le beurre et l’argent du beurre — les règles qui apportent des bénéfices ont aussi des coûts.

Il vaut mieux être là dès le départ si l’on veut connaître les coûts et savoir qui les paie.

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