Même si elles sont moins nombreuses, les femmes de haut calibre ont un impact important dans l’industrie de l’automobile.
Par Petrina Gentile et Marie-Eve Côté

Les femmes atteignent les plus hauts niveaux dans l’industrie de l’automobile. Voici quelques pionnières qui ont défoncé des portes dans cette industrie et qui encouragent les autres femmes à faire de même.
Nathalie Aumont : présidente, Joliette Toyota Scion
Nathalie Aumont a été élevée au sein de l’entreprise familiale, une concession d’automobiles. Son père ne croyait pas que sa fille unique reprendrait un jour les rênes. D’ailleurs, elle non plus ne le croyait pas vraiment… Les filles dans le domaine étaient plutôt rares à ce moment.
Voulant faire autre chose qu’un métier dans l’automobile, Mme Aumont a fait un baccalauréat en relations industrielles. Mais, à force de s’impliquer dans l’entreprise de son père, elle a fini par avoir la piqûre. C’est donc après son BAC qu’elle a commencé à s’impliquer activement.
Depuis 28 ans, elle travaille donc au sein de l’entreprise familiale, Joliette Toyota Scion. Mais, elle est seule à la tête depuis une vingtaine d’années. « J’aime vraiment les voitures, je suis comme un poisson dans l’eau », disait-elle à ce sujet. Pour quelqu’un qui aime le changement et un travail non routinier, c’est vraiment le parfait domaine. On ne sait jamais ce qui va se passer dans une journée. De véritables montagnes russes.
Et qu’en est-il du fait d’être une femme dans un monde d’hommes ? « Avant, c’est vrai qu’il y avait moins de femmes, mais j’ai été élevée dans un monde d’hommes et je ne me suis jamais vraiment attardée à cela. C’est sûr que, sur certains points, il faut faire plus attention, mais je n’ai jamais eu d’embûches à surmonter à cause de cela », disait Mme Aumont. D’ailleurs, l’un des plus beaux compliments qu’elle a reçus venait d’un autre concessionnaire qui lui a dit qu’elle était « un bon gars de l’auto ».
Aujourd’hui, on voit de plus en plus de relève féminine dans l’industrie. Et c’est très bien. C’est un domaine qui est beaucoup mené par la passion, et les femmes ont tout autant leur place.
Pour Mme Aumont, l’avenir s’annonce prometteur. En effet, la troisième génération est récemment entrée dans l’entreprise. Son fils désire d’ailleurs prendre la relève quand il sera plus vieux.
Silvy Niquet : présidente, Automobiles Niquet, et lauréate Ambassadeur de la CADA (Vendu récemment au Groupe Dilawri)
D’abord avocate, en plus d’avoir une maîtrise en fiscalité, Silvy Niquet n’avait pas prévu de reprendre les rênes de l’entreprise familiale un jour. C’est à la suite du départ de son frère aîné qu’elle est devenue directrice générale. « Ce n’était pas prévu, juste une question de timing. »
C’est donc l’entreprise familiale, Automobiles Niquet Inc., qui a amené Mme Niquet dans l’industrie de l’automobile. Ce qu’elle aimait ? La diversité des défis, le commerce de détail, les relations et les rencontres avec les clients et les gens. Et aussi le fait de travailler autour d’un produit important pour les gens, puisqu’il s’agit d’un gros investissement.
« Ce qui est motivant dans ce milieu, c’est tout ce qu’on peut créer. On peut bâtir l’équipe, la façon de faire qui plaît aux employés et aux clients, ce qui nous démarque et ce qui nous apporte un certain succès. Réussir est motivant. Réussir avec un groupe qui embarque avec toi et qui rame dans le même sens, c’est encore plus motivant. »
Après plus de 21 ans dans un monde où il y a majoritairement des hommes, comment ça se passait ? « Au Québec et au Canada, nous sommes chanceuses, nous ne sentons pas de préjugés de la part de nos collègues concessionnaires et partenaires. Ce n’est pas pareil partout dans le monde, que ce soit en Europe ou aux États-Unis où, encore pour certains hommes, la femme n’a pas tellement sa place dans ce secteur d’activité », disait toujours Mme Niquet. « Au Québec, nous sommes encore sous-représentées dans les boys club de certains CA, pas seulement parce que les hommes préfèrent être entre eux, mais plutôt parce qu’ils partagent davantage la même façon d’aborder les questions et les sujets et aussi par le fait que nous avons moins d’intérêt, moins de temps disponible ou moins le goût de passer bien du temps dans des comités et des activités de gars », a-t-elle conclu.
En 2016, Mme Niquet a reçu un prestigieux prix, celui de Lauréate ambassadeur de la CADA. C’est la deuxième femme au Canada à recevoir un tel hommage. Mme Niquet peut être fière de ce qu’elle a accompli. Elle a d’ailleurs quitté le monde de l’automobile il y a peu de temps. Bonne retraite Mme Niquet !
Susan Gubasta : présidente et chef de la Direction, Mississauga Toyota
Susan Gubasta fera l’histoire en avril 2018 lorsqu’elle sera la première femme à prendre la présidence de la TADA.Mme Gubasta a suivi les traces de son père qui possédait plusieurs concessions au Canada. « Je ne savais pas ce que c’était de travailler dans l’industrie de l’automobile. Mon père est tout un vendeur. Il est parti de rien, a monté sa propre affaire et m’a convaincue — c’est ce qu’il a fait de mieux », dit-elle en riant.
« J’ai dit à mon père que j’avais été de la main-d’oeuvre à bon marché durant les douze premières années de ma carrière ! Il ne me payait seulement que 50 cents par dollar. Il a ri et m’a dit : « Il fallait que je t’endurcisse. »
Des 82 concessions Toyota en Ontario, Mme Gubasta est l’une des quatre seules femmes à la barre de son entreprise. Dans sa concession, 18 des 67 salariés sont des femmes — une solution intelligente qui attire les femmes.
Quelle est la clé de leur succès ? « Je me suis entourée de gens vraiment sérieux, ce qui m’a finalement permis de réussir. J’ai appris à déléguer — ç’a été la clé de mon succès. »
« Je suis dans le domaine de l’automobile depuis 24 ans, et il m’a fallu 23 ans pour enfin trouver un équilibre entre mes vies professionnelle et personnelle. J’ai eu des hauts et des bas. Mais, à la fin, je pense que j’y suis arrivée.
Maria Soklis : présidente, Cox Automotive Canada
« La rencontre entre l’industrie de l’automobile et moi est arrivée de façon accidentelle » dit Maria Soklis, qui a pris la Direction de Cox Automotive Canada le 8 juin 2015.
Auparavant, elle occupait le poste de VP et directrice générale de Kia Canada Inc. ; elle était également la femme gestionnaire qui occupait le plus important poste chez Kia Motors à l’échelle mondiale.
De 2009 à 2015, Mme Soklis a dirigé une équipe de 169 personnes au siège social ainsi qu’un entrepôt de pièces et avait la main haute sur 184 concessions Kia dans tout le Canada.
« Je me souviens que le commerce de l’automobile au Canada était sensiblement plus conservateur qu’il l’est aujourd’hui. J’ai remarqué certains changements au cours des dernières années et plus de diversité dans de nombreux aspects de l’industrie. »
Et quand je parle de diversité, je veux également dire un plus grand nombre de femmes.
« Il y a plus de femmes dans l’industrie de l’automobile qu’il y a quelques années. Je crois que quelques entreprises prennent le constat plus au sérieux. Il y aura toujours des discussions sur l’équité parce que les femmes, très souvent, travaillent à deux niveaux — leur carrière et leur famille. Il y a l’aspect loyauté. Parce qu’elles sont heureuses, elles performent mieux », dit Mme Soklis qui a reçu la médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II en 2012.
Quelle est la clé du succès pour les femmes dans cette industrie ?
« Une bonne communication. Soyez très bien organisée car cela ne signifie pas que vous pouvez travailler moins. Cela signifie que vous avez moins de temps pour faire plus. Assurez-vous que votre travail est fait dans l’éthique. Si vous respectez ces trois points, il est très facile de se tailler une place dans l’industrie, certainement plus facile qu’il y a quelques années… »
Katie Naughton : présidente, 401 Dixie Kia
Katie Naughton a travaillé dans l’industrie aux États-Unis, mais elle travaille maintenant au Canada. « J’ai grandi dans l’industrie de l’automobile. Mon père y a travaillé durant 45 ans. Il est propriétaire d’une concession Ford à Denver, Colorado. Mon grand-père a été vice-président chez Ford et Chrysler et a, à une certaine époque, travaillé avec Lee Iacocca. »
À 16 ans, Mme Naughton a commencé à travailler à la concession de son père à faire de petits travaux comme tondre la pelouse et laver les voitures. À 18 ans, elle a commencé à vendre des véhicules avant d’entrer à l’Université de l’État du Kansas.
En 2007, elle est allée à la NADA dealer academy, à Washington, DC. C’est là qu’elle a rencontré son conjoint et partenaire d’affaires, Eric Levitt. Après avoir déménagé au Canada, en 2010, ils ont fait l’acquisition, en 2013, de Dixie Kia, à Mississauga, en Ontario. « Les gens ont tendance à surveiller ce que je peux apporter dans une discussion ou ne comprennent pas vraiment les connaissances que j’ai dans l’entreprise. Eric a une personnalité franche, forte et extravertie, ce qui n’est pas tout à fait mon cas ; et l’on peut parfois se méprendre car je ne sais pas ce qui se passe. Je pense que c’est une idée fausse », déclare la concessionnaire de 36 ans.
« J’aimerais voir plus de femmes dans l’industrie. C’est une industrie extraordinaire. Les femmes ne devraient pas être timides d’y entrer. Elles peuvent obtenir beaucoup de succès. Il est plus facile d’y avoir des horaires et un style de vie accommodants. »
Helen Ching-Kircher : concessionnaire en titre, présidente et chef de la Direction, DFC Auto Group Inc.
Originaire de Hong Kong, Helen Ching- Kircher était au départ entrepreneur. Elle a déménagé au Canada avec ses enfants en 1989 où elle a rencontré son conjoint qui avait une passion pour les voitures de luxe. « Depuis notre première rencontre, il y a trois décennies, nous avons fait de Downtown Fine Cars Group Inc. une entreprise de voitures de luxe multimillionnaire. » Mais ça n’a pas toujours été facile. « Au début, l’un des plus importants défis auxquels nous faisions face était d’être prises au sérieux par nos pairs masculins. Je suis heureuse de dire, toutefois, que, comme femme, même si ç’a été difficile, je referais exactement la même chose.»
« En 2017, les barrières qui empêchaient les femmes d’aspirer à l’égalité tombent dans l’industrie de l’automobile. Nous avons des femmes qui gèrent des fabricants, possèdent des concessions et apportent de nouvelles idées et approches qui remodèlent l’industrie de l’automobile. Je permets également aux femmes de mon organisation d’avoir l’occasion d’aspirer au succès; un certain nombre d’entre elles occupent un poste de gestion et sont aussi qualifiées que leurs pairs masculins », dit Mme Ching-Kircher, également récipiendaire de la médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II.
« L’attitude, la passion, le courage et de la détermination, c’est tout ce dont vous avez besoin. Pensez grand ! Faites l’impossible en premier ; après les choses difficiles vous paraîtront faciles. Personnellement, je souhaite qu’il y ait plus de femmes qui considèrent l’industrie de l’automobile. Elle est vraiment valorisante. »








