
Après avoir tant parlé des changements qui se trament, Affaires automobiles voulait voir ce que certains observateurs de l’industrie prédisent pour l’année à venir.
L’an dernier, les Canadiens attendaient avec impatience la confirmation d’un nouvel accord de libre-échange nord-américain (finalement signé avec l’appellation USMCA). Les experts espéraient que la signature de l’accord commercial contribue à apaiser l’inquiétude quant à l’avenir de l’industrie de l’automobile. Ça ne s’est pas encore passé.
L’incertitude commerciale n’a d’égale que celle du consommateur, ce qui influe sur le comportement d’achat. Ce n’est pas le seul élément qui affecte les décisions d’achat des consommateurs, selon Oumar Dicko, économiste à la Corporation des associations de détaillants d’automobiles.
« Comme vous le savez, les démocrates ont repris le contrôle de la Chambre, et il est donc peut-être un peu plus difficile de savoir comment l’accord sera ratifié à cette même Chambre et au Sénat », a déclaré M. Dicko lors d’un entretien avec Affaires automobiles. « Les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium ont aussi un effet négatif sur l’industrie de l’automobile, en particulier du côté de la fabrication. Je pense que ce n’est qu’une question de temps avant que les coûts supplémentaires liés à ces tarifs ne soient refilés aux consommateurs des deux côtés de la frontière. »
Il mentionne que le gouvernement canadien travaille activement à gérer la situation. Mais tant que les tarifs douaniers ne seront pas éliminés, l’USMCA ne sera pas ratifié; il est clair qu’il n’y aura plus de soi-disant stratagèmes de « sécurité nationale » en vertu de l’article 232 qui sortira de la manche de Donald Trump; les Canadiens peuvent continuer à faire preuve d’une confiance mitigée dans le marché.
La vente de véhicules
Pour ce qui est des ventes d’automobiles, les concessionnaires devraient être soulagés par rapport au record de l’année précédente : 2018 a clôturé avec les deuxièmes meilleures ventes de l’histoire. Et ce, malgré une chute spectaculaire des ventes de 8 % (ou 114 289 véhicules) en décembre. Les données provenant de DesRosiers Automotive Consultants (DAC) révèlent que le total annuel des ventes au Canada était légèrement inférieur de 15 000 véhicules au cap des deux millions en raison d’une une baisse globale de 2,6 %.
Cette baisse générale devrait se poursuivre jusqu’en 2019, mais cela ne signifie pas que les concessionnaires devraient anticiper un résultat négatif. Au contraire, Brian Murphy, vice-président de la Rédaction à Canadian Black Book, a déclaré que le pays était toujours dans une bonne position. Il prévoit une bonne année pour le secteur de l’automobile.
« Dans l’ensemble, nous voyons l’industrie et les ventes de voitures neuves ralentir », a déclaré M. Murphy. « Nous ne pensons pas que les ventes de voitures neuves chuteront de façon radicale, car il y a beaucoup de bonnes nouvelles dans l’économie canadienne, les taux de chômage qui sont à des creux record, notamment. Je pense que 2019 sera une bonne année, mais les ventes de voitures neuves chuteront un peu. »
Du côté des véhicules d’occasion, les ventes (en dollars) ont continué à augmenter au cours des deux dernières années. M. Murphy s’attend à ce que ça se poursuive principalement pour deux raisons : l’économie se porte très bien — ce qui signifie que l’offre de ce type de véhicules est plus importante, ce qui contribuera à stimuler les ventes. Le dollar canadien est également dans une position où il est toujours possible d’exporter des véhicules d’occasion sur le marché américain et de réaliser un profit.
Selon JPMorgan Chase & Co., des turbulences politiques aux États-Unis pourraient survenir avec la ratification de l’USMCA et, ce faisant, affecter le dollar canadien.
« Les relations entre les démocrates et les républicains ont clairement mal débuté », ont déclaré les analystes Daniel Hui et Patrick Locke. « La dynamique actuelle laisse présager des risques majeurs liés à la ratification de l’USMCA, que les acteurs du marché ne comprennent pas encore pleinement. »
Les tendances
Selon Michael Bettencourt, rédacteur en chef d’autoTRADER.ca, les concessionnaires doivent surveiller trois tendances en 2019. Après avoir analysé les données de son entreprise, il prévoit la disparition inévitable des berlines et des fourgonnettes — et nous suggère de dire au revoir aux voitures de notre enfance et bienvenue à un avenir dominé par les VUS et les multisegments compacts.
« En 2018, l’intérêt pour les fourgonnettes a atteint un niveau très bas, soit 2,58 % des recherches, et le nombre total d’inscriptions pour des fourgonnettes neuves et d’occasion a chuté de 11 % en moyenne sur douze mois », a déclaré M. Bettencourt. « Les inscriptions pour des berlines neuves ont enregistré une baisse moyenne de 15 % sur un an, ce qui est probablement dû, en partie, à un intérêt accru pour la catégorie des VUS. »
Selon la recherche sur les tendances 2018 d’autoTRADER.ca, les cinq modèles les plus vendus au Canada sont les Ford F-150, Ford Mustang, Honda Civic, BMW Série 3 et Jeep Wrangler. La camionnette Ford F-150 était en tête du classement en Colombie-Britannique, en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba, dans les Maritimes et dans les Territoires.
Selon M. Bettencourt, l’une des principales raisons est la baisse des prix du carburant. À mesure que le coût du carburant diminue, les tendances en matière de ventes de véhicules neufs révèlent que les consommateurs manifestent une préférence (ou une préférence plus grande) pour des véhicules de plus en plus grands. La consommation de carburant entre les voitures et les camionnettes, selon le segment, est très similaire.
Il y a ensuite la question du vieillissement de la population. À mesure que les conducteurs vieillissent, leur préférence pour les véhicules à assise plus élevée augmente. Cela signifie « qu’ils peuvent entrer et sortir (du véhicule) plus facilement », a déclaré M. Bettencourt. « Je pense que, avec les VUS et les multisegments, il est en général plus facile de se glisser sur le siège à la hauteur de la hanche que de devoir s’accroupir dans une berline, une familiale ou les autres modèles de voitures plus bas. »
Un nombre important de Canadiens âgés de 40 ans ou plus achètent un véhicule neuf. En fait, les données révèlent que la grande majorité des acheteurs de voitures neuves font partie de ce segment de population.
Les favoris : les véhicules de luxe de moyen de gamme
Une autre tendance semble indiquer que les véhicules de luxe de moyen de gamme est le prochain choix des Canadiens. Il est vrai que les Canadiens, pour la plupart, ont opté pour les véhicules utilitaires en 2018, mais l’intérêt général pour les marques de voitures de luxe reste stable, selon autoTRADER.ca’s Search Trends. Il s’agit d’un indicateur clé qu’une forte occasion s’offre à nous dans la catégorie de luxe de moyen de gamme, et en particulier pour les VUS de cette gamme.
« S’il y a deux tendances qui sont en quelque sorte liées, ce serait celles-ci : nous verrons plus de VUS des fabricants de véhicules de luxe, et je pense que cela renforcera l’intérêt pour ces nouveaux VUS », a déclaré M. Bettencourt.
La révolution VE… pas pour tout de suite
La dernière tendance concerne la révolution du véhicule électrique ou « la révolution Tesla » — ou plutôt son absence. Les véhicules électriques gagnent en popularité, mais pas aussi rapidement que certains l’avaient prédit.
« La révolution Tesla a fait les manchettes et, alors que l’offre de véhicules électriques augmente, les données de recherche d’autoTRADER.ca montrent que les Canadiens ont peut-être besoin de plus de temps pour s’adapter », a déclaré M. Bettencourt. « Malgré l’intérêt croissant, la catégorie des véhicules écologiques ne représente que 1,43 % du volume total des recherche au Canada. »
Bien qu’il semble y avoir de nombreux VE sur le marché, leur volume de ventes réel est très faible. La demande est là, mais les consommateurs sont prêts à attendre le véhicule qu’ils veulent. Et beaucoup attendent des options comme une longue autonomie, des technologies avancées et une plus grande disponibilité des variantes de modèles.
Selon M. Bettencourt, il reste encore quelques années avant que les véhicules électriques ne retiennent l’attention des acheteurs de voitures.
Et il n’est pas le seul à le penser : Oumar Dicko, de la CADA, semble également être du même avis. « Il y a là une tendance, mais il ne s’agit pas encore de la révolution du véhicule électrique. Les gens ont toujours leurs préférences (consommation de carburant basse), et il faut éduquer et sensibiliser davantage aux véhicules électriques », déclare M. Dicko. « Parallèlement, il est nécessaire d’investir dans l’infrastructure de recharge de ces véhicules dans tout le pays. »
Le rapport du gouvernement intitulé « Accélérer le déploiement des véhicules à zéro émission : le Canada atlantique et les Prairies » fournit de plus amples renseignements. En 2017, le nombre total de véhicules VZE (véhicules électriques à batterie, hybrides rechargeables et à pile à combustible à hydrogène) sur les routes canadiennes s’élevait à 47 800.
La révolution du VE est à venir. Mais tant que les Canadiens ne seront pas conscients des avantages de ces voitures ou qu’il n’y aura toujours pas d’infrastructures adéquates, le Canada n’y arrivera pas.
Ce ne sont là que quelques exemples des tendances et des prévisions pour l’année à venir au moment où le secteur de la vente au détail de véhicules automobiles au Canada entre dans une période passionnante de changements et de possibilités.








