Un éléphant à pattes de velours au sud de la frontière

La coopération internationale est requise plus que jamais, et, avec un nouveau président à la Maison blanche, les besoins sont encore plus grands.

C’est un secret de polichinelle que les relations entre Canada et les États-Unis n’ont pas atteint leur apogée au cours des quatre dernières années. Dans un passé pas si lointain, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a été surpris à micro ouvert à ridiculiser le président américain Donald Trump avec d’autres dirigeants mondiaux au sommet de l’OTAN. Donald Trump a riposté avec un Tweet.

Au cours de cette longue et colorée histoire des relations entre le Canada et les États-Unis, il y a eu des moments ténus, mais les relations entre les deux alliés n’avaient jamais été aussi difficiles.

Qu’on parle des renégociations de l’ALENA, de la menace des tarifs douaniers sur l’automobile ainsi que sur l’acier et l’aluminium, de la politique de défense, de la réponse internationale à la COVID-19 et des changements climatiques, les liens du Canada avec les États-Unis ont navigué en eaux troubles sous l’administration Trump.

Ainsi, les autorités canadiennes ont poussé un grand soupir de soulagement lorsque Joe Biden a été élu président des États-Unis en novembre 2020.

Alors que l’administration Trudeau s’est empêchée de dévoiler au grand jour quatre ans de griefs contre l’administration précédente depuis les élections présidentielles de novembre et même après l’émeute du Capitole, en janvier, M. Trudeau s’est empressé, lors d’une rencontre bilatérale avec M. Biden, de manifester son soulagement, prononçant des phrases comme « il y a beaucoup à reconstruire », ou disant que les États-Unis ont cruellement manqué de leadership environnemental — et ce sera bien de ne pas effacer les références aux changements climatiques des communiqués conjoints.

Mais au-delà des accolades et des banalités sur les relations entre le Canada et les États-Unis, que restera-t-il de l’ère trumpienne et du protectionnisme ?

Comme l’a dit Pierre Trudeau en 1969 lors d’une rencontre avec le président américain Richard Nixon à Washington : « Vivre à côté de vous, c’est en quelque sorte comme coucher avec un éléphant. Peu importe à quel point la bête est amicale et non agressive, si je peux le dire ainsi, on est affecté par chaque mouvement et chaque grognement. »

Cette déclaration ne pourrait pas mieux s’appliquer qu’à l’heure actuelle, en particulier après que l’éléphant Trump a piétiné nos relations bilatérales et après qu’une pandémie mondiale a causé un grave ralentissement économique dans les deux pays.

La reprise du Canada après la COVID-19 est étroitement liée à celle des États-Unis. Qu’il s’agisse d’assurer au Canada un approvisionnement suffisant en vaccins pour la majorité des Canadiens, de la politique commerciale et de l’activité économique, le Canada dépend fortement des États-Unis pour traverser la crise.

Bien que les deux gouvernements s’entendent actuellement sur un certain nombre de questions, y compris la lutte aux changements climatiques, la réponse internationale à la COVID-19, la politique environnementale et la modernisation du NORAD, l’annulation unilatérale par Biden de Keystone XL et les politiques « Buy American » demeurent des préoccupations majeures.

Le gouvernement canadien doit demander une exemption des règles d’approvisionnement « Buy american » afin de protéger les entreprises canadiennes et de veiller à ce que les décisions qui ont une incidence sur l’économie canadienne soient prises en consultation avec le gouvernement canadien.

Pour ce qui est de l’industrie de l’automobile, avec un Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) entièrement sécurisée, les deux pays doivent veiller à ce que le dynamique secteur de l’automobile nord-américain soit soutenu. Le récent décret du président américain Joe Biden pour remédier à la pénurie de semi-conducteurs qui a actuellement un impact sur la production et les stocks est un pas dans la bonne direction. L’industrie de l’automobile a été durement touchée par la COVID-19, et d’autres perturbations de la chaîne d’approvisionnement et des pénuries de stocks freineront et ralentiront la reprise de l’industrie.

Compte tenu de la nature intégrée de l’industrie de l’automobile nord-américaine, il faut aussi coopérer davantage avec les États-Unis sur les approches visant à accroître l’adoption des VZE, y compris les programmes incitatifs et un réseau nord-américain fiable de bornes de recharge.

De plus, le Canada harmonise depuis longtemps les normes d’émission et de sécurité des véhicules aux normes américaines. Cela procure des avantages environnementaux et économiques, tout en augmentant le choix et en maintenant les coûts à la baisse pour les consommateurs.

L’harmonisation des normes d’émissions doit être une priorité pour les deux gouvernements à l’avenir. Un ensemble clair et homogène de règles générales est essentiel pour assurer la conformité, réduire les émissions et, en fin de compte, permettre au Canada d’atteindre ses objectifs en matière de changements climatiques. La prévisibilité et l’harmonisation des réglementations sur les émissions sont essentielles pour s’attaquer à un problème sans frontières comme les changements climatiques et nécessitent une coopération entre les pays.

Cela dit, en cette ère de grande incertitude et avec un besoin accru de coopération internationale, il est intéressant de voir que nos relations avec les États-Unis prennent une meilleure tangente. Pour le Canada, nous espérons que l’éléphant au sud de notre frontière présente une patte de velours.

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