Les ventes de véhicules électriques montrent que la demande prime sur les objectifs de vente.
Alors que cette session parlementaire particulièrement passionnante et mouvementée touche à sa fin, de nombreuses discussions politiques continuent de porter sur l’industrie automobile.
Force est de constater que la situation commerciale avec nos partenaires nord-américains n’est pas résolue, ce qui suscite des inquiétudes économiques tant chez les consommateurs que chez les constructeurs. L’importance d’avoir un secteur automobile sain, compétitif et innovant dépasse le cadre des débats souvent creux et abstraits qui se tiennent à Ottawa.
Un parfait exemple : les véhicules électriques se sont à nouveau retrouvés au cœur du débat public au cours des dernières semaines, et pour une bonne raison.
Les ventes de véhicules électriques et l’engouement général pour ces modèles ont augmenté dans les concessions partout au Canada, ce qui a contribué à résoudre certaines difficultés liées aux stocks auxquelles les concessionnaires ont fait face au cours des douze derniers mois, une période marquée par un fort recul des ventes. Pour mettre les choses en contexte, les ventes de véhicules électriques ont augmenté de plus de 20 % au cours des quatre premiers mois de 2026 par rapport à la même période l’année dernière.
« Les ventes de véhicules électriques ont augmenté de plus de 20 % au cours des quatre premiers mois de 2026 par rapport à la même période l’année dernière. »
Le retour à un segment des véhicules électriques plus dynamique représente un progrès très positif. Les concessionnaires automobiles s’investissent dans cette transition et sont conscients du rôle que cette technologie jouera dans la composition générale des futurs marchés. L’augmentation des ventes constitue une bonne façon de potentiellement redonner de l’enthousiasme aux fabricants.
Les raisons de ce regain d’intérêt sont multiples. L’abordabilité reste de loin la principale préoccupation des Canadiens, et le retour des mesures incitatives pour les véhicules électriques a contribué à réduire l’écart de prix entre ces derniers et les véhicules à moteur à combustion interne.
En simplifiant quelque peu les aspects économiques de cette décision, les consommateurs canadiens peuvent se concentrer sur les autres facteurs susceptibles de les dissuader d’acheter un véhicule électrique. La montée des tensions au Moyen-Orient a également rappelé à tout le monde à quelle vitesse les marchés de l’énergie peuvent évoluer et à quel point les prix de l’essence restent sensibles aux événements géopolitiques.
La combinaison de ces éléments a simplifié le calcul des coûts pour de nombreux acheteurs potentiels de véhicules électriques, ce qui les a naturellement ramenés sur le marché. De surcroît, de nombreux Canadiens qui savaient qu’ils allaient acheter un véhicule électrique ont tout simplement… attendu.
Nous en parlons depuis des mois : le manque de clarté du gouvernement canadien concernant le retour des mesures incitatives à l’achat a poussé les consommateurs à faire preuve d’une patience accrue. Les acheteurs ont pris la décision logique d’attendre avant d’acquérir le véhicule électrique de leur choix, car, dans quelques semaines, ce même produit pourrait être proposé à un prix réduit.
C’est ce que nous, les économistes, appelons la demande refoulée. Mais dans ce contexte particulier, on peut aussi dire que les Canadiens font preuve de bon sens – ce qu’ils ont d’ailleurs tendance à faire !
Cependant, l’aspect intéressant dans ce débat public est que de nombreux commentateurs et experts de l’industrie se sont appuyés sur l’intérêt renouvelé et très bien accueilli des consommateurs pour les véhicules électriques – alimenté par les aides financières et la demande refoulée – pour souligner et défendre la légitimité des obligations provinciales en matière de vente de véhicules électriques au Québec et en Colombie-Britannique.
Grosso modo, cette hausse des ventes a servi à démontrer que les Canadiens sont tous désireux de se tourner vers le marché des véhicules électriques et que les pouvoirs publics doivent mettre tout en œuvre, y compris l’obligation de vendre ce type de véhicules, pour faciliter cette transition.
Cette reprise positive des ventes de véhicules électriques, dont les retombées ont profité à l’ensemble de l’industrie, a illuminé le ciel telle une fusée de détresse apportant aux militants écologistes la confirmation du discours qu’ils avaient toujours considéré comme vrai.
Je dirais que la situation est tout à fait le contraire ou, à tout le moins, qu’elle nécessite une bonne dose de nuance.
En somme, nous sommes revenus à la case départ. Le Canada affiche des taux d’adoption des véhicules électriques pratiquement identiques à ceux observés avant la fin quasi simultanée des programmes d’incitation provinciaux et fédéraux. Autrement dit, lorsque le prix est réduit grâce aux fonds publics, le taux d’adoption au Canada se situe davantage entre 13 % et 15 % comparativement à 8 %, comme ce fut le cas en 2025.
Depuis maintes années, les concessionnaires automobiles canadiens soutiennent que le défi lié à l’adoption des véhicules électriques n’a jamais été une question d’offre. Les concessionnaires et les constructeurs ont investi des milliards de dollars pour se préparer à cette transition. D’un bout à l’autre du pays, les concessionnaires ont modernisé leurs installations, mis en place des infrastructures de recharge, formé des techniciens, sensibilisé leur personnel de vente et accepté d’augmenter leurs stocks de véhicules électriques, car ils ont compris que ce segment allait prendre une place de plus en plus importante dans leurs activités.
Les véhicules étaient disponibles. L’expertise était présente. Et la nécessité de les vendre et de les sortir de la concession a toujours été présente.
Ce qui manquait pour que le marché connaisse une croissance, et que les gouvernements atteignent les objectifs ambitieux qu’ils s’étaient eux-mêmes fixés, était tout simplement la demande.
Pour certains, la différence de prix reste difficile à accepter. Pour d’autres, la capacité et le rendement pendant des hivers rigoureux sont une préoccupation. Pour la plupart des Canadiens, l’inquiétude liée aux infrastructures de recharge est bien réelle et restera un facteur déterminant pendant encore un bon moment.
Cette distinction est importante, car il ne s’agit pas d’être contre la transition. Il s’agit de cibler, en toute honnêteté, les véritables défis qu’il faut relever pour que la transition passe à l’étape suivante.
Cela change complètement la donne dans le débat politique. Lorsque la question porte sur la demande, les politiques doivent être élaborées en tenant compte de cette réalité. Sans l’ombre d’un doute, les mesures obligatoires provinciales et fédérales en matière de véhicules électriques n’en tiennent pas compte.
Les derniers mois l’ont particulièrement bien illustré. La réglementation fédérale relative aux véhicules électriques a été abrogée en février et, depuis lors, les ventes de véhicules électriques ont augmenté en raison de changements contextuels et politiques qui ont réduit l’écart de prix entre les différents produits.
Le retour des mesures incitatives à l’achat n’a pas entraîné l’apparition soudaine de nouveaux véhicules électriques. Ils se trouvaient déjà dans les concessions partout au pays. C’est la demande des consommateurs qui a changé. Des milliers de Canadiens qui envisageaient d’acheter un véhicule électrique, mais qui attendaient que cela devienne économiquement intéressant, ont soudainement inondé le marché.
Voilà une leçon importante à retenir alors que nous poursuivons cette transition. Cela est également important, car les données montrent déjà que l’intérêt en faveur des véhicules électriques s’est essoufflé au cours des mois de mai et juin.
Dans les faits, la majeure partie de la demande refoulée a déjà été satisfaite et de nombreux consommateurs, malgré les mesures incitatives fédérales offertes, sont toujours à se questionner sur les enjeux importants liés à l’adoption de cette nouvelle technologie.
Cela montre, par exemple, que même si les véhicules électriques suscitent un vif intérêt au Canada, leur abordabilité reste l’un des principaux facteurs déterminants dans les décisions d’achat.
Les Canadiens sont ouverts aux nouvelles technologies, mais ils restent des consommateurs pragmatiques. Ils comparent les mensualités, les coûts de financement, l’accessibilité aux bornes de recharge et la valeur de revente avant de procéder à l’un de leurs plus importants achats.
Alors que le débat sur l’électrification se poursuit, il sera important de résister à la tentation de considérer chaque hausse ou baisse des ventes de véhicules électriques comme un argument en faveur d’une position politique ou d’une autre.
La récente reprise des ventes de véhicules électriques est encourageante à la fois pour les concessionnaires et les consommateurs. Mais peut-être que la principale leçon à en tirer n’est pas simplement que les Canadiens achèteront des véhicules électriques. C’est qu’ils le feront lorsque les conditions leur sembleront favorables.
Cela a toujours été la position de l’industrie, et les événements récents n’ont fait que confirmer pourquoi un diagnostic juste constitue la première étape vers une bonne politique.






