Le grand débat

NE CROYEZ PAS TOUT CE QUE VOUS LISEZ SUR L’ÉCONOMIE DANS LES MÉDIAS — C’EST HABITUELLEMENT PLUS QUE CELA.

Economy

PENDANT QUE j’écrivais cet article, le débat faisait encore rage quant à savoir si l’économie canadienne était entrée en récession dans la première moitié de 2015. Au moment où vous lirez ces lignes, pour certains, la question sera réglée, au moins pour ce qui est de la définition traditionnelle du mot « récession », soit deux trimestres consécutifs de décroissance économique.

Pourtant, le débat fait toujours rage, alimenté par des querelles partisanes et cette réalité que les chiffres mensuels du PIB sont souvent révisés de façon significative aussi tard que deux trimestres après le fait.

Que notre économie de 2 billions de dollars diminue ou augmente de un dixième de point de pourcentage (ce qui correspond à environ 2 milliards de dollars — des vétilles quoi !) d’un mois à l’autre, est sans pertinence. Les tenants des deux côtés du débat sur la récession actuelle devraient au moins être d’accord sur ce point.

Peu importe que ce qu’ils vivent actuellement corresponde à une définition ou une autre du mot « récession », les Canadiens, pour la plupart, doivent se lever chaque matin pour emmener les enfants à l’école et aller au travail.

Ce qui est indéniable, récession ou pas, c’est que l’économie a connu une décroissance. Cela est dû, en grande partie, à la chute soudaine des prix du pétrole qui a eu lieu au cours de la dernière année et à la réduction de nos conditions d’échange. Sommes-nous dans une récession ? Sans vouloir être désinvolte, qui s’en soucie ?

Pour la petite histoire, je ne pense pas que la réalité économique actuelle — peu importe ce que nous diront les chiffres à venir — devrait être appelé une récession. Bien que les deux trimestres consécutifs de décroissance du PIB pourraient bien avoir eu lieu, de nombreux indicateurs de l’économie suggèrent que peu importe les bas prix du pétrole, nous commençons à rebondir.

« Pour la petite histoire, je ne pense pas que la réalité économique actuelle — peu importe ce que nous diront les chiffres à venir — devrait être appelé une récession. »

De la vente au détail à la construction d’habitation en passant par les voitures neuves qui sortent des concessions, il est difficile de caractériser l’économie d’aujourd’hui comme étant dans un déclin rapide et prolongé. Il y a actuellement des signes qu’une devise canadienne plus faible favorise les exportations et le tourisme, et que les consommateurs réagissent à la baisse des prix de l’essence en dépensant ailleurs.

Les économistes se querellant sur la définition du mot « récession » peuvent ne pas être plus intéressants pour le grand public que les géologues se disputant sur la définition du mot « montagne », mais le débat est important.

Les manchettes économiques négatives — et la plupart d’entre elles sont, en effet, très négatives — peuvent avoir tendance à se perpétuer. Si suffisamment de gens pensent que nous sommes dans une récession, ils peuvent arrêter de dépenser, ce qui peut nous entraîner dans la récession que nous aurions voulu éviter.

Il faut reconnaître qu’il y a un préjugé que toutes les nouvelles économiques sont mauvaises. Certes, notre économie fait face à de nombreux défis importants de l’extérieur comme de l’intérieur de nos frontières.

Mais peu importe les bases de l’économie, la couverture médiatique et les commentaires du public sont presque toujours négatifs.

Une baisse des taux d’intérêt entraîne de gros titres mentionnant que l’activité économique doit ralentir ou que l’endettement des ménages monte en flèche. Une hausse des taux voit les mêmes éditorialistes se tracasser de l’impact catastrophique sur créanciers.

Perdus dans le débat, les indicateurs, pour la plupart, produisent des gagnants et des perdants. La baisse des taux aide au flux de trésorerie des détenteurs de prêts hypothécaires à taux variable, mais ils touchent les retraités à revenu fixe.

Les taux plus élevés affectent ces mêmes détenteurs de prêts hypothécaires (tout comme ils aident les pensions indexées à l’inflation), mais ils ne se produisent pas dans le vide. Souvent, les taux plus élevés sur les prêts arrivent quand il y a augmentation de l’activité économique ou croissance.

Ces prix du pétrole plus bas si souvent présentés comme tout sauf négatifs permettent aux consommateurs d’économiser des milliards à la pompe tout en coûtant des emplois à l’Alberta. Des histoires similaires peuvent être racontées pour la plupart des indicateurs de l’économie. En bref, tout dans l’économie n’est pas négatif, comme on le rapporte souvent.

Sommes-nous en récession ? Je ne pense pas qu’une économie qui génère des ventes record de voitures neuves, une création d’emploi raisonnable, de fortes ventes au détail et la croissance des exportations puisse être considérée en récession. Mais cela ne signifie pas que nous n’en connaîtrons pas une.

Avec certitude, nous connaîtrons une récession. En se concentrant sur les aspects négatifs de tous les indicateurs économiques que nous observons, nous accélérons l’arrivée de ce jour-là.

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