La taxe de luxe du gouvernement Trudeau n’aura pas beaucoup d’effet sur les riches, mais elle fera mal aux concessionnaires d’automobiles.
Ce cycle électoral a été particulièrement caractérisé par les propositions de dépenses massives de la part de tous les principaux partis, des dépenses qui auraient fait gonfler le déficit toujours croissant du gouvernement fédéral. Et comme rien n’est gratuit, les gouvernements doivent générer des revenus supplémentaires pour financer de nouvelles dépenses.
À cette fin, le parti Libéral du Canada a proposé d’introduire une « taxe de luxe » de 10 % sur les voitures de luxe, les bateaux et les avions personnels de plus de 100 000 $ pour l’aider à payer ces nouvelles dépenses. Cette politique fiscale « Robin des Bois » est ambitieuse et attrayante en soi. Alors, pourquoi pas ? Imposons les jouets des gens très riches et redistribuons la richesse. Si l’on peut se permettre une voiture de 200 000 $, on peut probablement payer cette taxe additionnelle.
En réalité, ce n’est habituellement pas le cas, et ces taxes de luxe ne fonctionnent pas. Elles constituent un moyen inefficace et arbitraire de générer des revenus pour le gouvernement et ont tendance à affecter de manière disproportionnée le secteur ciblé. Elles encouragent également indirectement les marchés gris de l’économie souterraine de ce type de produits de luxe.
Il est vrai que la fiscalité est habituellement mise en œuvre par le pouvoir coercitif d’une autorité publique, mais elle ne devrait pas être imposée de manière arbitraire. Il faudrait plutôt examiner soigneusement la manière dont les taxes affectent les contribuables.
L’un des principes fondamentaux de la fiscalité réside dans le fait que la collecte et l’administration des taxes ne doivent pas conduire à une allocation et à une utilisation inefficace des ressources dans l’économie. La nature arbitraire de la taxe de luxe annoncée par les libéraux faussera le flux de ressources dans l’économie et aura donc un effet négatif sur les décisions relatives au travail, à la consommation et aux investissements.
La plateforme libérale a annoncé que le gouvernement amasserait près de 600 millions de dollars grâce à la perception de la taxe sur le luxe, ce que le directeur parlementaire du budget estime hautement légitime. Les preuves montrent que les ventes de produits de luxe sont très sensibles au prix. En réaction à la taxe de luxe, les consommateurs se tournent souvent vers des produits moins chers, achètent d’autres articles de luxe qui ne sont pas visés par la taxe ou cessent d’acheter directement des produits de luxe.
Ce type de comportement a été observé aux États-Unis dans les années 90, lorsque l’administration Clinton a imposé une taxe similaire sur les bateaux, les avions et les voitures. Non seulement n’a-t-il pas généré les revenus prévus, mais il a paralysé le secteur de la navigation de plaisance, entraînant des pertes d’emplois considérables. La taxe a ensuite été abrogée par le Congrès quelques années plus tard.
« La CADA a estimé que la taxe de luxe viserait directement plus de 92 modèles de véhicules vendus au Canada totalisant près de 30 000 véhicules. »
La CADA a estimé que la taxe de luxe viserait directement plus de 92 modèles de véhicules vendus au Canada totalisant près de 30 000 véhicules. Bien que cela puisse sembler une petite partie du marché de l’automobile, la taxe de luxe aura un effet considérable sur les résultats nets et les emplois des concessions et menace de détruire les investissements réalisés par les concessionnaires de ce segment.
De plus, certaines provinces comme la Colombie-Britannique ont déjà imposé une forme de taxe de luxe, ce qui a entraîné une baisse des revenus du gouvernement provincial et un ralentissement de l’activité économique en raison de la stagnation des ventes de véhicules de luxe. De plus, la taxe de luxe pourrait créer des tensions commerciales avec l’Europe, étant donné que l’écrasante majorité des véhicules de luxe vendus au Canada sont de fabrication européenne. Le gouvernement a récemment signé l’accord économique et commercial global (AECG) avec l’Union européenne. Cette nouvelle taxe peut donc être considérée comme un obstacle non tarifaire au commerce et entraîner des représailles sur les produits canadiens.
Au Canada, les produits de luxe sont déjà taxés proportionnellement à leur valeur de vente au détail, garantissant ainsi que les riches paient davantage quand ils achètent des voitures de luxe coûteuses. Une taxe de luxe ne fera que réduire l’activité économique et le PIB, sans pour autant générer plus de revenus dans les coffres de l’État. Les décideurs doivent prendre en compte les répercussions importantes qu’aura cette nouvelle taxe sur l’emploi, les entreprises et le PIB.
La fiscalité reste la pierre angulaire des finances d’un gouvernement. Cela affecte la capacité d’un gouvernement à fournir des services publics et mesure son flux de trésorerie. Cependant, il faut être conscient que l’amélioration de la génération de revenus ne consiste pas à augmenter la fiscalité, mais peut également être obtenue par la création d’une structure fiscale simple et efficace.







