TENDANCE INQUIÉTANTE À MOYEN TERME
L’économiste en chef de la CADA souligne que, bien que les ventes de véhicules montrent des gains encourageants, les perspectives à long terme sont un peu moins sûres.
Après un début de 2013 lent et une décroissance des ventes des véhicules neufs pour les trois premiers mois de l’année, l’énorme vague d’avril, avec près de 10 % d’augmentation pour le mois, a été suffisante pour ramener la croissance à ce jour du côté positif. Il est encore trop tôt pour dire s’il s’agissait d’un soubresaut momentané ou du début d’une tendance vers des ventes plus fortes de véhicules neufs au Canada. Peu importe comment se jouera le reste du deuxième trimestre, nous pouvons dire avec confiance que l’industrie de la vente d’automobiles se porte bien par rapport à la situation économique de 2013 qui est, au mieux, lente à démarrer.
Néanmoins, nous devons surveiller quelques signes inquiétants à l’horizon pour l’industrie à moyen terme.
D’abord, les bonnes nouvelles. Regardez les chiffres : avril a connu une demande quasi record pour les voitures neuves dans tout le Canada et a affiché une croissance de 8,9 % par comparaison avec avril 2012. Cela a ramené l’année dans son ensemble vers une croissance positive en termes de ventes de voitures neuves après une période négative de janvier à mars. Et c’est supérieur à ce que nous avons connu en 2012 : croissance de 5,7 % de l’indicateur le plus important de notre industrie et croissance incroyable de 9,5 % du côté des ventes de voitures (contre camion) par rapport à l’an dernier.
CROISSANCE FAIBLE
Les revenus des ventes totaux des concessionnaires de voitures l’an dernier ont dépassé 85 milliards de dollars, un bond de 5 % par rapport à 2011. Cela représente près de 5 % du PIB du Canada. Dans le contexte d’une croissance économique générale qui a au mieux été lente au cours des dernières années, ces chiffres démontrent que l’industrie se porte bien. Bien que la récession soit derrière nous, depuis que la reprise s’est amorcée, nous n’avons pas réussi à atteindre plus qu’un faible taux de croissance au Canada depuis plusieurs années. Voilà qui est typique d’une « récession de bilan », induite en grande partie par une dette cumulée au cours des dernières décennies. Les consommateurs et les gouvernements sont dans un processus de remboursement des dettes contractées dans les périodes fastes, d’où le caractère lent de la reprise.
Et c’est là que nous devons faire une pause et nous demander si oui ou non des ventes nombreuses – auxquelles on nous a habitués au cours des deux ou trois dernières années – peuvent se maintenir à moyen terme. À très long terme, la croissance de la population et la politique d’immigration devraient favoriser une forte tendance vers une demande de voitures neuves au cours des décennies à venir. Mais à court terme, il y a quelques raisons de s’inquiéter.
RÉDUIRE LE FOSSÉ ENTRE LA VOITURE NEUVE ET LA VOITURE D’OCCASION
Tout d’abord, les consommateurs font de moins en moins la différence entre un véhicule neuf et un véhicule presque neuf, et ce, en raison de la qualité des véhicules d’aujourd’hui, ce qui est très positif. Ainsi, aujourd’hui, non seulement les personnes qui œuvrent dans la vente de voitures neuves sont-elles en concurrence avec les autres marques, mais elles doivent également composer avec les modèles d’occasion des mêmes véhicules. Alors que, il y a une génération, un client était soit un acheteur de voiture neuve soit un acheteur de voiture d’occasion, le consommateur d’aujourd’hui fait de moins en moins la différence entre un véhicule neuf et un véhicule de deux ans dont le bail de location vient de se terminer.
Ce sont d’excellentes nouvelles pour le consommateur, car il est toujours intéressant de profiter d’un choix plus vaste de produits. Mais dans les années à venir, une grande partie des gains de ventes de voitures neuves dans les concessions peuvent se faire au détriment des voitures d’occasion et vice-versa.
L’autre préoccupation vient de l’évolution du financement au cours de la dernière décennie. Alors que les acheteurs de voitures neuves et presque neuves, pour la plupart, nécessitent un financement pour au moins une partie de leur achat, le degré de financement étendu sur un nombre d’années de plus en plus grand est une pratique qu’on ne pourra conserver car elle pourrait être néfaste pour l’industrie dans l’avenir.
Les clients qui remboursent leur véhicule neuf en six, sept et même huit ans, se retrouvent un jour avec une équité négative. Si vous financez un achat sur plus de 96 mois, il n’y a aucun moyen d’éviter une équité négative dans les premières années du prêt sans donner une grosse mise de fonds. Même s’il n’y a pas beaucoup de preuves pour démontrer que la prolifération des consommateurs à équité négative nuisent aux ventes d’une manière importante, la tendance est inquiétante pour les entreprises à moyen terme, en particulier si ces termes de plus en plus longs à des taux de 0 % commencent à diminuer, ou si les taux commencent à remonter.
Ainsi, alors que tout va bien en ce moment, les concessionnaires, trop occupés avec la gestion au quotidien de leur entreprise pour se soucier des prêts à long terme, devraient s’arrêter un moment pour réfléchir au jour – pas trop lointain – où les choses pourraient se dérouler de façon très différente d’aujourd’hui.








