
Attachez votre ceinture ! Les prochains mois pourraient être très cahoteux !
Peut-être Donald Trump voulait-il paraître « dur » avant le sommet avec les Nord-Coréens ?
Ou peut-être croit-il vraiment que le Canada est l’ennemi, et que les Canadiens profitent des Américains depuis des décennies avec des pratiques commerciales injustes ?
Il est également possible qu’il faille mettre de côté des décennies d’expérience et de connaissances, que Trump, seul dans son monde, connaisse la vraie nature de notre tromperie et pense qu’il est temps pour nous de payer le prix.
Quoi qu’il en soit, le début du mois de juin a été un tournant pour un président de plus en plus frustré par le mince bilan de sa politique intérieure et son manque de pouvoir dans les débats politiques. Il braque ses armes contre nous et les autres alliés clés de l’Amérique dans le monde, où les présidents ont habituellement plus de latitude pour agir de façon unilatérale.
Nous pouvons rejeter ses divagations qui n’ont rien à voir avec la réalité et prétendre que les tarifs douaniers ne verront jamais la lumière du jour. Mais nous devons maintenant tenir compte de la réalité que le président américain ne se soucie pas de l’ordre occidental atteint au prix de beaucoup de peine au cours des sept dernières décennies et qui a rendu l’Amérique très riche.
« Le commerce de l’automobile représente plus de 20 % de ce total, soit environ 140 milliards de dollars par année à peu près partagés entre les deux pays. »
Ici, au Canada, notre principale préoccupation touche les relations commerciales qui ont représenté près de 700 milliards de dollars l’an dernier. Malgré les affirmations contraires du président (parfois, il affirme des choses qui sont fausses), les États-Unis ont « profité » d’un excédent de plus de 8 milliards de dollars avec le Canada l’an dernier. Mais ça ne compte pas ! Le commerce entre des pays comme les États-Unis et le Canada comporte des avantages pour les deux parties d’année en année, mais ça ne signifie rien.
Ce qui compte, ce sont les avantages économiques incalculables — mais massifs — des deux côtés de la frontière en matière d’emploi, d’investissement et de valeur pour les consommateurs, représentés par une relation commerciale qui vaut plus du tiers de notre PIB.
Le commerce de l’automobile représente plus de 20 % de ce total, soit environ 140 milliards de dollars par année à peu près partagés entre les deux pays. Frustrés par les négociations dans le cadre de l’ALENA et leur incapacité à imposer leurs conditions à tous les pays (les constructeurs ont dit qu’ils ne paieraient que le tarif de 2,5 % plutôt que de se qualifier pour un ALENA qui imposerait les règles de contenu exigées par Trump), les Américains menacent maintenant d’imposer des tarifs douaniers importants de 25 % sur les importations d’automobiles. Voilà un problème potentiel qui pourrait coûter 35 milliards de dollars, et ses effets négatifs seraient difficiles à imaginer des deux côtés de la frontière.
Pour l’industrie de l’automobile au Canada, la menace est quasi-existentielle ; cependant, les consommateurs feront face à une menace très réelle d’augmentation massive des prix dans les concessions si les tarifs douaniers de 25 % sont maintenus.
Il est difficile d’imaginer un tel scénario, mais ce n’est plus impossible. Il y a une très forte propension au commerce aux États-Unis, au Congrès et dans beaucoup d’États. Mais nous avons affaire à un président insensible aux incitations qui normalement motivent les acteurs politiques.
Il n’a fait face à aucune conséquence importante des années de comportement hors norme, et un fort pourcentage de sa base croit qu’ils ont des problèmes économiques parce que des pays comme le Canada ont profité de décennies de bonne volonté américaine. Que ce ne soit pas vrai n’a pas d’importance.
Tout accord commercial d’une valeur de 700 milliards de dollars par année comportera des irritants. Le bois d’œuvre et les produits laitiers figurent depuis longtemps dans la liste des irritants des deux pays désireux de protéger les producteurs nationaux contre la tricherie perçue de l’autre côté de la frontière.
Si la menace des tarifs douaniers du président nous pousse à libéraliser nos propres quotas laitiers, qui sont dépassés depuis longtemps, alors tant mieux. Les Canadiens, pour la plupart, ne sont pas des producteurs laitiers, et la politique commerciale devrait être axée sur la maximisation de la valeur et de l’utilité pour le plus grand nombre de consommateurs.
Si le gouvernement Trudeau pouvait faire comprendre à Trump quelques changements significatifs à notre propre approche sur certains dossiers commerciaux clés, on aurait une situation gagnant-gagnant.
Mais c’est un gros « si » et la probabilité est faible que le gouvernement s’entende avec un président comme on n’en a jamais vu auparavant.








