Tous les yeux sont braqués sur 2020

Alors que nous entrons dans une nouvelle décennie, les concessionnaires peuvent s’attendre à faire face à des turbulences en raison de la morosité du marché et à la lourdeur des politiques gouvernementales ; finalement, tout n’ira pas sans heurts.

Nous ne pouvons pas dire avec certitude ce qui nous attend en 2020, mais les concessionnaires d’automobiles canadiens peuvent s’attendre à ce que certains des problèmes ainsi que l’incertitude de la décennie précédente viennent teinter la nouvelle.

Cette année devrait ressembler à 2019 avec une lente baisse des ventes prévue, selon Brian Murphy, vice-président Recherche et Analyse, à Canadian Black Book. Au cours d’une entrevue accordée à Affaires automobiles, M. Murphy a déclaré qu’il s’attendait à une baisse d’environ 2 % au chapitre des ventes, soit entre 35 000 et 40 000 véhicules.

« En 2019, si vous regardez les chiffres, ce sont les marques de luxe qui ont connu le plus de succès, tout comme General Motors », a déclaré Brian Murphy. « Mais nous nous attendons à ce que ça baisse un peu en 2020 ; donc j’espère que tout se passera sans heurts pour les marques de luxe et pour GM. Nous nous attendons à une légère baisse, mais rien de radical. »

J’espère que les concessionnaires interpréteront cela comme une bonne nouvelle car Canadian Black Book ne s’attend pas à ce que le marché rebondisse. La moins bonne nouvelle vient du fait qu’on redoute une récession, une nouvelle qui a fait son chemin l’an dernier dans l’industrie de l’automobile nord-américaine. Ce problème potentiel nous a suivi en 2020, et Brian Murphy a déclaré qu’il y avait toujours un risque de récession. La question à se poser c’est : quelle en sera l’ampleur et la gravité ?

« De nombreux économistes prévoient une récession aux États-Unis en raison de ce qui se passe sur le marché obligataire », a déclaré M. Murphy.

Même vers la fin de 2019, M. Murphy a déclaré que les rendements obligataires à court terme étaient supérieurs aux rendements obligataires à long terme, ce qui, historiquement, annonçait très souvent une récession aux États-Unis. Au Canada, cependant, cela n’arrivait qu’une fois sur deux.

« Nous ne prévoyons pas une récession cette année, mais nous croyons que le risque au cours des quatre prochaines années est important », a déclaré Brian Murphy.

L’autre problème qui pourrait survivre à 2019 est la taxe de luxe proposée par le gouvernement libéral. M. Murphy croit que cela pourrait n’affecter qu’une petite partie du marché (environ 30 000 véhicules au Canada) ; cela dépendra de la façon dont les paramètres de la taxe seront définis. La taxe serait imposée sur les véhicules de plus de 100 000 $, mais s’appliquerait-elle au PDSF de base ? Inclurait-elle les frais de transport et de livraison et peut-être des options ajoutées et d’autres facteurs ?

« Comment sera-t-elle définie en termes de commissions ? Parce que cela pourrait affecter des véhicules qui sont beaucoup moins chers », a déclaré M. Murphy, ajoutant que l’idée n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements – elle n’existe que dans un document de politiques du parti Libéral. Mais pour certains concessionnaires, cela suffit pour générer de l’inquiétude.

Perry Itzcovitch, ex-président de la CADA et vice-président de Hyatt Automotive Group, qui comprend Mercedes-Benz Downtown Calgary, en Alberta, a mentionné qu’il croyait que la réglementation et la présence gouvernementales présenteraient de grands défis en 2020.

« Comment cela nous affectera-t-il ? Dans le monde d’aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les voitures de luxe qui dépassent la barre des 100 000 $ », a déclaré M. Itzcovitch. « En effet, certains VUS et certaines camionnettes canadiens ou importés bien équipés affichent un prix qui dépasse la barre des 100 000 $. On n’a qu’à regarder ce qui s’est passé en Colombie-Britannique : on a généré moins de revenus en mettant en place une taxe que les consommateurs ne paient tout simplement pas. »

Le cas de la Colombie-Britannique est un exemple intéressant de la façon dont la taxe de luxe fédérale créerait une double taxe pour certaines provinces. Selon l’économiste de la CADA, Oumar Dicko, la CADA croit que la compétence provinciale, comme c’est le cas en Colombie-Britannique, a déjà pris les mesures ou mis en œuvre certaines formes de taxes sur le luxe ; alors, le prélèvement fédéral d’une taxe de luxe devient une taxe sur la taxe dans cette province. Il a ajouté que les concessionnaires de la Colombie-Britannique voient la taxe comme un frein, particulièrement dans un environnement où les ventes diminuent partout au Canada.

« Avec la proposition de taxe de luxe sur la plateforme libérale, cela créera un scénario où l’on taxe la taxe, comme dans les provinces comme la Colombie-Britannique », a déclaré Oumar Dicko. « Nous croyons que cela aura un impact énorme sur l’industrie et le secteur de l’automobile dans son ensemble. »

Cela pourrait affecter les ventes, les emplois critiques dans l’industrie et pourrait avoir des conséquences négatives sur l’investissement que plusieurs concessionnaires ont fait dans ce segment de marché.

La façon dont le gouvernement perçoit la taxe est également préoccupante. Actuellement, il vise une petite partie du secteur de l’automobile (environ 1,5 %) selon M. Dicko ; donc le gouvernement fédéral et les décideurs politiques ne pensent peut-être pas que cela aura un impact à grande échelle. « Mais pour les raisons que j’ai déjà mentionnées, ça aura des répercussions », a déclaré Oumar Dicko.

Le problème, c’est que le gouvernement libéral, qui est minoritaire, aura besoin du soutien de partis comme le NPD pour pouvoir continuer à gouverner. Et il augmentera cette taxe de luxe en conséquence pour s’assurer ce soutien. « La proposition actuelle est une taxe de 10 % sur les véhicules de 100 000 $ ou plus ; toutefois, nous pourrions nous retrouver dans un scénario où les partis de gauche proposent une taxe de luxe sur les véhicules de plus de 50 000 $ », a déclaré M. Dicko.

Pour compliquer encore les choses, la taxe pourrait également être considérée comme un obstacle à l’imposition de barrières commerciales non tarifaires pour les membres de l’Union européenne, ce qui compliquerait les relations commerciales UE-Canada. Oumar Dicko a déclaré, et c’est un fait, que plus de 95 % des véhicules au Canada qui seraient visés par la taxe de luxe sont de fabrication européenne.

Un accord historique a été signé entre le Canada et l’Union européenne en 2016, l’Accord économique et commercial global (AECG) Canada-Union européenne (UE), et approuvé par le Parlement européen en 2017, selon le gouvernement du Canada. Il s’applique à titre provisoire, mais la ratification est toujours en cours.

La ratification des accords avec l’UE est connue pour être un processus long et pénible ; cette taxe du Canada pourrait être éclipsée par une taxe qui pourrait s’apparenter à un tarif — dont l’essence pourrait être considérée comme similaire aux menaces provenant de Donald Trump aux États-Unis, et serait potentiellement être contrée par des tarifs de rétorsion de l’UE sur produits canadiens. C’est peut-être une façon extrême de voir la situation, mais à tout le moins, cela violerait l’esprit de l’AECG et mettrait en pause ou ralentirait la ratification de l’accord.

Interrogé à savoir si les Européens ont exprimé verbalement leur inquiétude concernant la taxe, Oumar Dicko a déclaré que la CADA avait rencontré l’ambassadeur d’Allemagne, des diplomates de haut niveau de la Haute Commission britannique ainsi que la délégation de l’Union européenne à Ottawa. Leurs commentaires sont clairs : ils considèrent la taxe comme un problème.

« La taxation des véhicules qui sont fabriqués en grande majorité en Europe et importés de l’Union européenne peut être considérée comme une barrière non tarifaire, et cela peut avoir un impact sur l’esprit de l’accord de libre-échange », a déclaré M. Dicko. « C’est pourquoi nous rencontrons les responsables, qui y voient un problème potentiel. »

Pour ce qui est des concessionnaires comme M. Itzcovitch, il y aura toujours des éléments commerciaux auxquels ils devront faire face. Mais l’impondérable est l’aspect politique, et la taxe de luxe s’inscrit parfaitement dans cette catégorie. « Je suis plus préoccupé par la réglementation gouvernementale et l’empiètement du gouvernement sur les entreprises dans tout le Canada que je ne le suis avec le marché réel », a déclaré M. Itzcovitch.

Le mieux que les concessionnaires peuvent faire c’est d’attendre de voir ce qui adviendra de la taxe de luxe proposée, tandis que la CADA poursuit ses efforts pour régler le problème.

Outre les problèmes reportés de 2019, les concessionnaires ont encore de nombreuses occasions d’affaires à saisir cette année, que ce soit dans le marché des véhicules d’occasion ou en continuant de s’adapter à une industrie en mutation ; il y a un intérêt croissant des consommateurs pour les véhicules électriques et l’autopartage de même que pour l’évolution de la conduite et des technologies autonomes et connectées.

L’année 2020 sera intéressante – on ne devrait pas atteindre un niveau de préoccupation élevé – mais elle exigera que les concessionnaires restent concentrés sur leurs objectifs et planifient.

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