Tenir la barre pour les concessionnaires

Lorsqu’il a pris la barre de la Corporation des associations de détaillants d’automobiles, son président et chef de la Direction, Tim Reuss, n’aurait jamais pu prévoir le drame qui se jouerait à sa toute première année. Affaires automobiles l’a joint au beau milieu de la pandémie pour lui demander ce que la Corporation fait pour les concessionnaires durant la crise. L’entretien qui suit est une version éditée d’une entrevue vidéo réalisée en mars.

Rédacteur en chef, Todd Phillips : Il se passe beaucoup de choses ces jours-ci. Pourriez-vous dire aux concessionnaires à quoi ils peuvent s’attendre au cours des prochains mois, ce sur quoi la CADA travaille en ce moment ?

Tim Reuss, président et chef de la direction, CADA : Notre travail durant cette crise comporte cinq volets principaux. Le premier a trait à la santé et à la sécurité. Les trois prochains sont liés aux activités commerciales : les liquidités, l’emploi et la relance. Et enfin, la communication à nos concessionnaires de renseignements pertinents et à propos sur tous ces sujets.

Donc, actuellement, nous mettons d’abord et avant tout l’accent sur la santé et la sécurité. Les concessions ont été désignées services essentiels à l’échelle nationale pour la réparation et l’entretien des véhicules. Le fonctionnement de l’infrastructure de transport vitale du pays en dépend, alors elles continuent de fournir ces services. Ce faisant, elles doivent bien sûr tenir compte des protocoles de santé et de sécurité.

Nous sommes présentement en train de rassembler des pratiques d’excellence de partout au pays et de les publier sur notre site web afin que les concessionnaires puissent voir ce que d’autres concessionnaires font, certaines des solutions qu’ils ont trouvées.

AA : La santé et la sécurité sont la priorité de tous. Ensuite, on doit passer à la prochaine étape. Les entreprises ont été profondément affectées par les fermetures obligatoires et la baisse de la demande. Pouvez-vous nous parler un peu de l’aspect liquidités de votre soutien aux concessionnaires ?

TR : Nous avons déterminé dès le début que nous devions nous concentrer sur les liquidités. Les activités des entreprises commencent à ralentir radicalement partout au pays, dans tous les secteurs, et inévitablement celles-ci se retrouveront à court d’argent. Et nous avons réussi à obtenir plusieurs garanties en faisant des pressions sur Ottawa, par nous-mêmes et en partenariat avec d’autres associations canadiennes, comme la Chambre de commerce du Canada. La première a été le report du paiement de la TVH et de la TPS.

Comme vous le savez, le gouvernement a repoussé à plus tard le paiement de pratiquement toutes les taxes, l’impôt des particuliers comme la TVH et la TPS, des prochains mois. Ce sont des sommes d’argent énormes que les concessions n’auront pas besoin de débourser tout de suite. Nous travaillons aussi avec les institutions prêteuses du Canada, les grandes banques, mais aussi les filiales de crédit des constructeurs, pour donner un peu de répit aux concessionnaires en matière de financement des stocks et autres prêts. Et nous avons pu voir des progrès substantiels depuis deux semaines, alors que différentes entités ont accordé différentes formes de sursis à nos membres.

Par ailleurs, nous avons réussi à obtenir de nouvelles sources de crédit pour nos concessionnaires, notamment par l’entremise de prêts et de programmes de garantie de prêts pour les petites et moyennes entreprises. Malheureusement, cette mesure est encore limitée aux petites et moyennes entreprises, et beaucoup de nos concessionnaires n’y ont pas droit actuellement. Nous tentons d’obtenir une clarification du gouvernement. Enfin, nous avons entrepris une démarche monumentale, celle de faire réactiver, dans la mesure du possible, une facilité de crédit garanti.

Ce programme a été créé en 2008, durant la crise financière. D’une valeur de 13 milliards de dollars, il avait été mis en place pour fournir des liquidités aux prêteurs automobiles, plus précisément les institutions de crédit automobile, comme les banques et les filiales de crédit, pour leur permettre de faire profiter les concessionnaires de ces fonds sous forme d’allègements et de mesures d’aide financière.

AA : Comment les concessionnaires s’occupent-ils de leur capital humain, de leur équipe, durant cette crise ?

TR : C’est une priorité de beaucoup de nos membres, en ce moment : comment peuvent-ils soutenir leurs employés durant ces temps difficiles? Je suis heureux de pouvoir dire que, sur le plan de l’emploi, nous avons réussi à offrir des ressources et à remporter des victoires très importantes, pourrait-on dire, très rapidement. La première mesure, et probablement la plus importante, est venue du régime d’avantages sociaux CADA 360. Comme vous le savez, la CADA offre un régime d’avantages sociaux. Environ 64 % des établissements concessionnaires du Canada y participent. Et nous avons été en mesure d’annoncer une exonération de primes pour avril et mai pour tous les concessionnaires qui participent au régime.

Cela représente un apport de liquidités immédiat pour les concessionnaires, parce qu’ils n’ont pas à payer ces primes pour deux mois; mais surtout, cela leur permet de prolonger la couverture d’assurance de leurs employés qui pourraient avoir été mis à pied temporairement.

Je tiens à remercier le comité de concessionnaires et en particulier son président, Ken Zender, qui ont travaillé sur cette mesure; et le conseil de direction et le président du conseil d’administration de la CADA, Mike Stollery, pour leur leadership et leur efficacité dans ce processus. Et aussi toute l’équipe de CADA 360, dirigée par Marvin Karges et Karen O’Connell, et la Canada Vie, pour avoir préparé ce programme d’aide en si peu de temps. Notre réaction a été très rapide, et nous avons pu offrir cette aide à nos membres dans les plus brefs délais.

La Subvention salariale d’urgence du Canada est aussi un programme très important. Initialement, c’était le programme par lequel le gouvernement fédéral allait soutenir les entreprises pour leur permettre de continuer à payer leurs employés. Au départ, seul un très faible pourcentage des salaires devait être couvert par le gouvernement fédéral. Cette proportion est montée à 75 %, une nouvelle annoncée le dernier vendredi de mars.

Les concessionnaires risquaient de ne pas y être admissibles, parce que la subvention visait d’abord les petites et les moyennes entreprises seulement et imposait un plafond de capital; et en raison de la structure des concessions, en raison de ces capitaux, des stocks qu’elles tiennent et à l’égard desquels elles ont des obligations financières. Presque aucun concessionnaire n’y aurait eu droit. Alors nous avons travaillé d’arrache-pied toute la fin de semaine, toute l’équipe et tous nos concessionnaires.

Nous avons mis sur pied une campagne de correspondance à la base, et je suis heureux de pouvoir dire qu’au cours de la fin de semaine, plus de 1 000 lettres ont été envoyées aux députés de partout au Canada. Notre voix et celle d’autres industries ont été entendues à Ottawa et, comme vous le savez, il y a quelques jours, le gouvernement a annoncé l’élargissement du programme de subvention salariale à pratiquement toutes les entreprises dont les revenus ont baissé de 30 %.

Ainsi, tous nos concessionnaires profiteront de cette mesure et auront au moins accès au programme de subvention salariale d’urgence. Et j’aimerais applaudir le gouvernement à cet égard. D’ailleurs, nous publierons aujourd’hui un communiqué de presse pour remercier le gouvernement fédéral pour son travail dans ce dossier. Il a accompli un travail phénoménal en très peu de temps. En gros, il est en train de construire un avion qui est en plein vol, et il a pris le temps de nous écouter et a modifié les règles et les exigences pour nous. C’est une très grande nouvelle, une nouvelle importante pour nos concessionnaires.

AA : On assiste à une mobilisation plus rapide que jamais d’un grand nombre d’organisations et de gouvernements. Il sera tout aussi important de maintenir ce dialogue et d’impliquer les gouvernements dans le plan de relance. L’attention immédiate s’est portée sur les points que vous avez mentionnés – la santé et la sécurité, les liquidités et la subvention salariale à court terme –, mais pour la suite, nous aurons besoin d’un plan à plus long terme pour le jour où l’industrie se redressera.

TR : Vous avez raison. À cet effet, nous discutons déjà intensivement avec les constructeurs et certains fonctionnaires du gouvernement pour tenter de voir ce qui pourrait favoriser la phase de relance. Une idée particulière dont nous discutons avec les constructeurs et les associations de constructeurs, l’ACCV et les CMAC, est un programme de mise au rebut dont il était déjà question avant la crise. Le moment pourrait être bien choisi pour commencer la conception de ce programme. Pas pour le mettre en œuvre maintenant, parce qu’il serait tout à fait inutile en plein cœur de la crise. Mais pour qu’il soit prêt dans un ou deux mois, lorsque la période de relance débutera. Alors, nous travaillons en collaboration très étroite avec le gouvernement. Nous avons quelques autres idées, mais il est trop tôt pour les annoncer publiquement. Mais en temps et lieu, quand il sera opportun d’entreprendre la phase de relance, nous serons prêts.

Le dernier aspect dont je voudrais parler aujourd’hui est l’information. Comme je l’ai mentionné, c’est important de fournir des renseignements exacts, pertinents et utiles à tous nos concessionnaires membres. Vous pouvez visiter notre site web, CADA.ca, qui contient une section spéciale consacrée à la COVID-19. Vous y trouverez toutes les ressources que nous avons mises à la disposition des concessionnaires. Et il importe de souligner tout le partage d’information et la coopération qui s’opèrent présentement entre toutes les corporations provinciales. Alors, j’en profite pour remercier toutes les corporations provinciales. Nous travaillons en très, très étroite collaboration depuis quelques jours. Nous tenons un appel de coordination sur la COVID tous les vendredis. Nous leur parlons tous les jours, et toute l’équipe s’est vraiment mobilisée à l’échelle du pays.

Nous nous servons aussi de toutes les relations que nous entretenons avec d’autres pays. Nous sommes en contact avec nos corporations sœurs en Chine, aux États-Unis, en France, en Italie et en Espagne. Ce sont des ressources inestimables, surtout la Chine en ce moment, pour en revenir à votre question sur la relance. La Chine commence à entrer dans cette phase, alors nous pouvons tirer des leçons extrêmement utiles de ce qui a fonctionné ou pas là-bas, des leçons que nous essayons bien entendu de « canadianiser » et d’adapter à nos besoins. Nous sommes en communication constante avec nos collègues américains de la NADA et nous avons appris de ce qu’ils ont fait relativement à la définition de services essentiels, notamment.

AA : Vous avez mentionné la page de ressources au sujet de la COVID-19. Je sais que la CADA a aussi organisé des webinaires, avec Tim Ryan et d’autres qui ont invité des experts en droit, des experts en emploi, pour aider les concessionnaires à composer avec des circonstances qui sont absolument sans précédent. Nous continuerons de transmettre tous ces messages dans Affaires automobiles, bien entendu.

TR : Merci infiniment, M. Phillips, et merci à Affaires automobiles de transmettre notre message à tous nos membres. Et n’oubliez pas, les concessionnaires, de visiter la section sur la COVID-19 de notre site web si vous avez des questions. Il contient des ressources des provinces et du fédéral, des pratiques exemplaires, des conseils. On y trouve aussi un guide exhaustif préparé par Chuck Seguin, qui vous conseille sur tous les aspects à considérer pour votre entreprise en situation de crise. Il y a aussi des ressources du monde entier, de McKinsey également, pour vous aider à composer avec la crise. Donc, le site contient une multitude de ressources. Il y a une foire aux questions sur l’emploi et toutes sortes d’autres choses, comme des webinaires, des balados. Nous continuerons d’ajouter du contenu sur ce site au fur et à mesure de l’évolution de la situation.

AA : Beaucoup de gens appuient la Corporation en payant des cotisations, et vos membres savent que vous défendez toujours leurs intérêts, que vous revendiquez en leur nom. Mais dans un cas comme celui-ci, peut-être voudriez-vous souligner le travail de votre propre équipe, souligner leur zèle dans la mise en place de ces ressources ? Je suis certain qu’ils ont passé beaucoup de nuits blanches.

TR : C’est incroyable à quel point les équipes se sont mobilisées en cette période de crise. On dit que l’adversité fait ressortir le caractère des individus, des organisations et, parfois même, des pays. Et je peux certainement dire que le dévouement exceptionnel de tous les membres de l’équipe de la CADA dans leur travail et dans leur recherche de solutions pour aider les concessionnaires membres du mieux possible a été mis en évidence. Tout le monde travaille sans relâche, jour et nuit, souvent très tard dans la nuit, comme vous pouvez vous en douter.

À propos Todd Phillips

Todd Phillips est l'éditorialiste en chef d'Affaires automobiles. Sa chronique, Engagement virtuel, explore les tendances et les meilleures pratiques émergentes en matière de stratégies liées au marketing virtuel et aux réseaux sociaux, utilisées par les fabricants et les concessionnaires.

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