Les travailleurs se font rares

CROISSANCE ET PÉNURIE AU QUÉBEC DANS LE SECTEUR DE L’AUTOMOBILE

auto-skillsLa pénurie de main-d’œuvre est un phénomène réel et contemporain qui devrait s’accentuer au cours des dix prochaines années. Certains secteurs d’activité subiront davantage les affres d’un manque de personnel qualifié, notamment les milieux de la santé et de l’administration publique, mais l’industrie de l’automobile sera aussi touchée. On ne cesse d’entendre les termes « main-d’œuvre qualifiée » à juste titre, puisque les travailleurs possédant une formation et une expérience adéquates se font rares.

LE DÉFI DU RECRUTEMENT
Selon une enquête réalisée par le Comité Sectoriel de main-d’œuvre des services automobiles, pas moins de 34 % des dirigeants d’entreprise interrogés estime connaître des difficultés à recruter du personnel compétent. Parmi les causes, nous retrouvons en premier lieu le manque de candidats ayant les compétences spécifiques recherchées (24 %). Ces dirigeants et gestionnaires souhaitent dénicher le candidat idéal pour combler un poste qui nécessite des aptitudes, un profil ou un cheminement particulier. De plus, le manque de candidats ayant l’expérience recherchée représente 19 % des causes de difficulté à recruter. Le personnel diplômé manque également à l’appel dans une proportion de 16 %.

OÙ EST LA DEMANDE ?
Dans une région circonscrite, la Montérégie, la même étude révèle que certains postes à combler sont plus nombreux que d’autres. Chez les marchands de véhicules, les professionnels de la vente manquent à l’appel, mais ce sont surtout les spécialistes de la mécanique automobile qui sont en demande. À Sept-Îles, par exemple, l’embauche massive à gros salaires des minières a eu un effet immédiat sur la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Les employés du secteur de l’automobile aussi sont tentés de faire le saut, surtout les mécaniciens. Cette situation existe ailleurs au Québec. En Montérégie, les concessionnaires d’automobiles représentent l’employeur par excellence puisque ce sont eux qui emploient le plus de personnes en moyenne.

FORMATION ET COMPÉTENCES
Au Québec, il existe neuf programmes de formation professionnelle spécialisée en services automobiles. Selon une étude menée par le Comité sectoriel en 2009, à peine un peu plus de la moitié (54 % ) des diplômés obtiennent un emploi dans ce secteur d’activité. De plus, seulement 48 % des travailleurs ayant obtenu un diplôme exercent le métier pour lequel ils ont été formés. Pour l’industrie de l’automobile, il s’agit d’un grand paradoxe. D’une part, les entreprises font face à une pénurie de travailleurs qualifiés, d’autre part, les nouveaux diplômés parviennent difficilement à se faire embaucher. Entre 2004 et 2008, seuls les mécaniciens ayant terminé leurs études parvenaient à trouver de l’emploi à leur mesure dans une proportion supérieure à 70 %.

Le Comité paritaire de Montréal a recueilli des données qui témoignent du fait que le parcours professionnel des travailleurs de l’automobile comporte des difficultés. De fait, les apprentis ont du mal à progresser et à obtenir leurs cartes de compétence. Ainsi, un phénomène de rareté se crée : les compagnons manquent à l’appel. Toujours dans la région de Montréal, entre 1999 et 2007, le nombre de mécaniciens automobiles certifiés a chuté de 16,1 %.

L’EXIGEANTE GÉNÉRATION Y
L’une des difficultés auxquelles les entreprises doivent faire face est de composer avec la nouvelle génération de travailleurs qui débute dans l’industrie. Les départs à la retraite se multiplient pour les bébé-boumeurs, et ces employés seront éventuellement remplacés par de plus jeunes individus, ceux de la génération Y. Dans un contexte où la main-d’œuvre qualifiée se fait rare, le défi s’annonce difficile pour les entreprises qui devront s’adapter à cette nouvelle réalité.

LA RÉALITÉ DES JEUNES TRAVAILLEURS
La génération Y envahit peu à peu le marché du travail. Il s’agit donc d’une génération d’individus nés entre 1975 et 1995. Pour les entreprises, ces travailleurs représentent un défi d’adaptation puisque leur rapport au travail diffère passablement de celui de la génération précédente. Ces jeunes ont grandi dans la société du savoir, caractérisée par la banalisation des technologies modernes de l’information. De fait, les travailleurs de la génération Y sont exposés, dès leur jeune âge, à une quantité phénoménale d’idées, d’expertises et d’opinions. L’influence des nouveaux médias et des gadgets technos est considérable, à telle enseigne qu’il est normal pour eux d’utiliser et de posséder un ordinateur portable, un téléphone portable, d’avoir l’Internet et la télévision par câble à la maison. Ils maîtrisent ces outils et les intègrent sans effort dans leur milieu de travail.

Les jeunes de la génération Y sont nés à une époque où les valeurs familiales ont changé. L’enfant est roi, instruit, informé et vit à un rythme effréné. Ainsi, le jeune adulte qu’il est devenu aujourd’hui possède des valeurs qui ne sont pas toujours en accord avec celles des dirigeants d’entreprise issus des générations précédentes.

LE TRAVAIL SELON Y
Ces changements au plan social ont produit une génération de jeunes travailleurs qui donnent parfois du fil à retordre aux dirigeants d’entreprise. En premier lieu, notons en quoi se distingue la génération Y sur une note positive :
• Plus instruite et plus informée;
• Possède une connaissance approfondie des nouvelles technologies;
• Plus tolérante envers la diversité culturelle;
• Possède une forte capacité à travailler en équipe.

En revanche, parmi les aspects plus négatifs qui caractérisent cette génération d’individus, nous retrouvons les suivants :
• Les dirigeants d’entreprise notent un manque de loyauté qui se traduit aussi par un manque de respect de l’employeur;
• Les jeunes de la génération Y sont revendicateurs et recherchent la gratification immédiate;
• Ils haïssent les structures fortement hiérarchisées.

UN DÉFI DE TAILLE
Les seuls départs à la retraite n’expliquent pas la pénurie de main-d’œuvre qualifiée qui guette les entreprises de l’industrie de l’automobile au Québec. Le manque de candidats ayant des compétences spécifiques, le manque d’expérience et de formation des travailleurs, de même que le profil particulier des jeunes arrivants sur le marché de l’emploi constituent des enjeux réels pour les gestionnaires. Le secteur de l’automobile n’est sans doute pas le plus fortement touché par ce phénomène de société, mais les principaux joueurs et décideurs devront s’adapter à ces changements et trouver des solutions.

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