La nouvelle stratégie automobile du Canada intervient à un moment décisif pour le secteur automobile du pays.
Après plusieurs années marquées par des pressions réglementaires, des perturbations de la chaîne d’approvisionnement, l’évolution des préférences des consommateurs et une concurrence géopolitique croissante, le gouvernement fédéral a reconnu la nécessité d’adopter une approche plus uniforme et pragmatique à l’égard de cette industrie.
Cette stratégie vise à protéger le secteur manufacturier canadien, à renforcer les chaînes d’approvisionnement en prévision du prochain examen de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) et à mieux adapter la politique environnementale aux réalités du marché.
Pour le secteur de la vente au détail de véhicules, un élément de cette annonce retient immédiatement l’attention. La première étape pour déclencher une réaction en chaîne était la norme sur la disponibilité des véhicules électriques (la norme), communément appelée « mandat de vente de véhicules à zéro émission ».
Depuis déjà plusieurs années, la norme a servi d’outil de réglementation en ce qui a trait à l’offre, destinée à imposer l’adoption rapide des véhicules électriques par des cibles de vente de plus en plus ambitieuses.
Dans les faits, cependant, cette politique s’est de plus en plus révélée inefficace sur un marché où l’offre de véhicules électriques ne cessait de s’améliorer, mais où la demande des consommateurs ne progressait pas au même rythme.
Il importe de souligner que les concessionnaires automobiles canadiens ont toujours joué un rôle actif dans la transition vers un marché axé davantage sur les véhicules électriques, investissant des millions de dollars pour s’assurer que leurs activités soient en phase avec les exigences de ce nouveau produit.
Le statu quo n’était toutefois pas acceptable. L’idéologie politique s’était enfin heurtée à la réalité du marché, et les acteurs de l’industrie se sont assuré que le gouvernement fédéral a bien compris.
Cette iniquité a exercé une pression croissante sur tous les maillons de la chaîne du secteur de l’automobile. Les constructeurs ont été contraints de réorienter leurs stratégies de production d’une manière qui ne reflétait pas toujours la demande réelle des consommateurs.
Les concessionnaires ont dû relever le défi opérationnel consistant à répondre aux attentes réglementaires tout en gérant leurs stocks et les besoins de leurs clients. Les consommateurs, quant à eux, se retrouvaient souvent tiraillés entre des objectifs politiques ambitieux et des préoccupations pratiques telles que l’abordabilité des véhicules, les infrastructures de recharge et la question de savoir si les véhicules électriques répondaient à leurs besoins quotidiens.
La décision du gouvernement d’abandonner la norme constitue donc une mesure bienvenue et nécessaire, mais ce n’est qu’une première étape.
L’industrie a désormais besoin d’être assurée que cette mesure sera écartée de manière claire et définitive, car elle fonctionne selon des cycles d’investissement et de planification à long terme.
La clarté législative et la prévisibilité réglementaire sont essentielles tant pour les constructeurs que pour les concessionnaires. Il est donc essentiel d’abolir officiellement la norme par voie législative afin de rétablir la stabilité en matière de politique.
Dans le contexte actuel, le fait de réorienter la volonté politique et les moyens financiers sur les leviers agissant sur la demande permettra également d’obtenir de meilleurs résultats, tant pour les consommateurs que pour l’industrie.
L’adoption des véhicules électriques dépend en fin de compte de la confiance qu’ont les consommateurs dans la capacité de ces véhicules à répondre à leurs besoins et à leur budget. Les investissements dans les infrastructures de recharge, le maintien des mesures incitatives à l’achat et les politiques favorisant l’accès aux véhicules électriques sont beaucoup plus susceptibles d’influencer les décisions d’achat que des quotas rigides imposés aux constructeurs.
Le Québec offre un exemple intéressant. L’année dernière a été marquée par l’abrogation du mandat de vente de véhicules à zéro émission du gouvernement fédéral prévue pour 2026, ce qui a apporté une certaine clarté et donné une orientation au secteur, sans toutefois qu’aucune mesure comparable ne soit prise au niveau provincial.
L’adoption des véhicules électriques au Québec a continué de reculer pendant une grande partie de l’année. Les concessionnaires ont enfin constaté une légère reprise à la fin du troisième trimestre, qui a coïncidé avec le rétablissement des mesures incitatives provinciales à l’achat de véhicules électriques.
Les stratégies axées sur l’offre ne suffisent pas à elles seules. Les gouvernements doivent viser à aider les consommateurs à accéder au marché.
La stratégie automobile touche également un autre changement majeur. Le gouvernement fédéral a annoncé que le Canada autorisera l’importation d’un peu moins de 50 000 véhicules électriques fabriqués en Chine. Bien que les détails opérationnels restent limités, cette mesure vise à renforcer la concurrence et à élargir l’offre de produits sur le marché canadien.
Pour l’instant, l’industrie attend des précisions sur la manière dont ces véhicules seront mis sur le marché. Des questions subsistent quant aux mécanismes de répartition, aux délais de mise en œuvre et au cadre général régissant leur arrivée. Ces détails seront déterminants pour savoir dans quelle mesure cette nouvelle offre s’intégrera sans heurts dans le marché.
Un principe doit toutefois rester clair : tout nouvel acteur entrant sur le marché automobile canadien doit passer par un réseau de concessionnaires existant et suivre un modèle de concession bien établi et qui a fait ses preuves.
Cette approche a permis, au fil des décennies, de soutenir avec succès l’implantation de nombreuses marques automobiles internationales et a garanti aux consommateurs canadiens un service après-vente, une assistance technique et une prise en charge de la garantie irréprochables.
Des conditions équitables profiteront en fin de compte à toutes les parties concernées. Une concurrence accrue peut renforcer le secteur de la vente au détail de véhicules et offrir aux consommateurs canadiens une plus grande diversité de produits. Pour que le Canada puisse tirer pleinement parti des retombées économiques liées à l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché, le réseau de concessionnaires doit rester au cœur du modèle de distribution.
Les concessionnaires franchisés du Canada sont profondément ancrés dans les communautés dans tout le pays. Les revenus générés par les concessionnaires ne disparaissent pas dans des structures d’entreprise lointaines. Cet argent circule à l’échelle locale sous forme de salaires, d’impôts, de parrainages communautaires, d’activités de bienfaisance et de publicité, ce qui soutient les médias canadiens et les économies locales.
Mais plus important encore, le réseau de concessionnaires garantit aux consommateurs un service après-vente et de réparation fiable, peu importe où ils habitent. Qu’il s’agisse des grands centres urbains ou des communautés isolées de la côte atlantique ou sur l’île de Vancouver, les Canadiens comptent sur les concessionnaires locaux pour l’entretien et la réparation de leurs véhicules.
Alors que la stratégie automobile passe de la phase d’annonce à celle de mise en œuvre, le principe directeur doit rester simple : un marché concurrentiel, soutenu par une forte demande des consommateurs, des règles claires et un réseau de concessionnaires national solide, constitue le meilleur moyen de garantir la pérennité du secteur automobile canadien.







