Vers une reprise des ventes de véhicules électriques ?

septembre 9, 2026

La géopolitique et les mesures incitatives suscitent un regain d’intérêt pour les véhicules électriques.

Les véhicules électriques semblent retrouver la cote auprès des consommateurs canadiens en raison de la hausse du prix du carburant, du retour des mesures incitatives fédérales et de l’amélioration de l’abordabilité.

Selon Statistique Canada, 21 574 véhicules zéro émission (VZE) ont été vendus en mars, soit une hausse de 74,7 % par rapport au même mois il y a un an. Les VZE ont représenté 12,2 % des ventes totales de véhicules neufs, soit près du double de leur part de marché de 6,5 % enregistrée en mars 2025.

Cet élan s’est poursuivi au printemps. Les ventes de VZE au cours des quatre premiers mois de 2026 ont augmenté de 20,8 % comparativement à la même période l’année précédente. Les ventes mensuelles sont passées de 8 672 véhicules en janvier à 12 547 en février, puis à 21 574 en mars, avant de reculer à 17 795 en avril.

L’intérêt des consommateurs va dans le même sens. L’étude de 2026 de J.D. Power concernant l’intérêt des Canadiens envers les véhicules électriques indique que 34 % des acheteurs de véhicules neufs ont déclaré être très ou assez susceptibles d’envisager l’achat d’un véhicule électrique. Cela représente une hausse de 28 % par rapport à 2025. Il s’agit de la première hausse de l’intérêt des consommateurs canadiens pour les véhicules électriques depuis 2022.

Cette reprise s’explique, selon les analystes de l’industrie, en grande partie par des facteurs économiques : la hausse du prix du carburant et le retour des mesures incitatives améliorent la proposition de valeur pour de nombreux consommateurs.

Elle fait suite à une année 2025 plus morose, au cours de laquelle l’abolition des mesures incitatives fédérales, les inquiétudes liées à l’abordabilité et le ralentissement de la demande des consommateurs se sont combinés pour freiner l’élan du marché des véhicules électriques.

« Les effets sur le budget des ménages ont été considérables. Lorsque les consommateurs comparent les coûts du carburant avec les mesures incitatives actuellement proposées pour les véhicules électriques, le rapport coût-utilisation devient bien plus compétitif par rapport à celui des véhicules à essence. »

Parmi les principaux catalyseurs cette année figure le nouveau Programme pour l’abordabilité des véhicules électriques du gouvernement fédéral, doté d’un budget de 2,275 milliards de dollars sur cinq ans, lancé en début d’année dans le cadre de la stratégie automobile plus large du premier ministre Mark Carney.

Le précédent programme fédéral iVZE a pris fin en mars 2025, une fois les fonds disponibles épuisés.

En vertu de ce nouveau programme, les consommateurs peuvent recevoir jusqu’à 5 000 $ pour l’achat d’un véhicule électrique à batterie ou à pile à combustible et jusqu’à 2 500 $ pour les véhicules hybrides rechargeables admissibles. Ces mesures incitatives diminueront de 1 000 $ par an au cours des cinq prochaines années, ce qui stimule davantage les consommateurs à se décider rapidement s’ils envisagent un tel achat.

Les programmes provinciaux ont également évolué. Le Québec prévoit d’abolir son programme de remise sur les véhicules électriques d’ici la fin de l’année, tandis que la Colombie-Britannique a suspendu le sien en mai 2025.

Parallèlement, Ottawa a alloué 1,5 milliard de dollars au développement des infrastructures pour les véhicules électriques, notamment les bornes de recharge.

Ottawa a également assoupli la mise en œuvre des objectifs antérieurs en matière de véhicules zéro émission fixés sous l’administration Trudeau. Le cadre initial aurait imposé que les véhicules zéro émission (VZE) représentent 20 % de l’ensemble des ventes de véhicules neufs à compter de cette année, pour atteindre un marché entièrement sans émissions d’ici 2035. L’échéancier révisé prévoit désormais d’atteindre 75 % d’ici 2035 et 90 % d’ici 2040.

Daniel Ross, directeur des perspectives stratégiques du marché à Canadian Black Book, a indiqué que la structure du programme fédéral de remises avait largement contribué à la reprise de la demande des consommateurs. « Ce qui suscite beaucoup d’intérêt, c’est de savoir que le montant de la remise diminue chaque année. Cela renforce le sentiment d’urgence chez les consommateurs en 2026, surtout lorsqu’il s’accompagne de mesures incitatives avantageuses de la part des constructeurs, destinées à écouler les stocks de véhicules électriques moins récents. »

Selon M. Ross, de nombreux constructeurs automobiles continuent à recourir à des remises et à des mesures incitatives pour réduire les prix de vente et rendre les véhicules électriques plus compétitifs par rapport aux véhicules à essence comparables.

Le prix du carburant a également contribué à renforcer la proposition de valeur.

M. Ross a déclaré que les consommateurs s’intéressaient de plus en plus au coût total de propriété plutôt que de se concentrer uniquement sur le prix affiché. « Les effets sur le budget des ménages ont été considérables. Lorsque les consommateurs comparent les coûts du carburant avec les mesures incitatives actuellement proposées pour les véhicules électriques, le rapport coût-utilisation devient bien plus compétitif par rapport à celui des véhicules à essence. »

Selon Daniel Breton, président et directeur général de Mobilité Électrique Canada, la hausse du prix du carburant avait contribué à replacer les véhicules électriques en tête des priorités d’achat des consommateurs. « Au-delà des économies réalisées à la pompe, l’achat d’un véhicule électrique apporte également de réels avantages économiques. Chaque achat contribue à protéger plus de 130 000 emplois liés aux véhicules électriques au Canada, un nombre qui devrait augmenter considérablement au cours de la prochaine décennie. »

Charles Saillant, coprésident du Groupe Saillant, a mentionné que la nouvelle approche fédérale reflétait mieux le rythme d’adoption par les consommateurs. « Les éléments de base n’ont pas changé. La seule chose qui a changé, c’est l’échéancier. Les politiciens étaient plus impatients que le marché de voir cette transition se faire rapidement. »

M. Saillant a indiqué que l’adoption des véhicules électriques continuera de varier d’une région à l’autre, le Québec devant rester en tête par rapport à la plupart des provinces grâce à une meilleure acceptation de la part des consommateurs et à des infrastructures plus développées. « Cela prendra peut-être du temps, mais l’électrification est une tendance mondiale. Il est impossible de revenir en arrière. »

Les différences régionales sont déjà manifestes. La Colombie-Britannique et le Québec restent en tête du classement canadien en matière d’adoption des véhicules électriques, les VZE représentant plus d’un cinquième de l’ensemble des ventes de véhicules légers neufs dans ces deux provinces. L’Ontario reste plus proche de la moyenne nationale.

L’argument financier est déjà convaincant pour certains consommateurs.

Kayne Masih, directeur et responsable de catégorie à Best Buy Canada, a loué une Subaru Solterra en Colombie-Britannique l’année dernière et a déclaré que les mesures incitatives proposées par le constructeur avaient joué un rôle déterminant dans sa décision. « J’ai envisagé un véhicule hybride rechargeable, mais les délais d’attente étaient longs et cela nécessitait tout de même l’achat de carburant. Les mesures incitatives en faveur des véhicules électriques étaient suffisamment attrayantes pour que le choix d’un véhicule entièrement électrique soit tout simplement plus logique. »

Selon M. Masih, les coûts de fonctionnement moins élevés avaient renforcé sa décision, alors que le prix du carburant ne cessait d’augmenter. « Avec le recul, je suis content d’avoir opté pour cette solution, a-t-il avoué. Les coûts de fonctionnement quotidiens sont bien moins élevés. »

Tout le monde n’est pas convaincu que le prix du carburant suffise à lui seul à déclencher une transition majeure vers les véhicules électriques.

Dan McTeague, président de l’association Canadians for Affordable Energy et exploitant du site GasPriceWizard.com, a précisé que la hausse des coûts du carburant pourrait ne pas suffire à compenser le prix plus élevé que de nombreux consommateurs associent à un véhicule électrique. « Quand on fait le calcul, le prix d’achat reste un facteur déterminant. De nombreux consommateurs continuent de privilégier l’aspect pratique et l’abordabilité. »

Il a également fait valoir que les coûts de l’électricité et la pression exercée sur les réseaux électriques provinciaux continuaient de faire partie du débat plus large sur l’abordabilité lié à l’électrification.

Même si l’intérêt pour les véhicules électriques ne cesse de croître, d’importants obstacles subsistent.

Selon J.D. Power, l’autonomie limitée reste le principal obstacle pour les consommateurs réticents à acheter un véhicule électrique. La disponibilité des bornes de recharge et les performances des véhicules pendant les hivers canadiens continuent également de figurer parmi les principales préoccupations des acheteurs.

Parallèlement, de nouveaux concurrents pourraient faire leur apparition.

Le gouvernement fédéral autorise l’entrée au Canada, chaque année, de 49 000 véhicules électriques construits en Chine, dans le cadre d’un accord commercial négocié par Mark Carney. Selon les observateurs de l’industrie, cette initiative pourrait élargir l’offre proposée aux consommateurs et exercer une pression supplémentaire sur les prix du marché si les marques chinoises parvenaient à s’implanter.

L’ouverture d’esprit des consommateurs semble s’accroître. Selon J.D. Power, près d’un tiers des acheteurs potentiels de véhicules neufs envisageraient d’opter pour une marque chinoise, tandis que plus de la moitié des consommateurs déjà intéressés par l’achat d’un véhicule électrique ont affirmé qu’ils envisageraient d’en acheter un, principalement en raison de ses prix plus bas et de sa technologie de pointe.

L’entrepreneur Bob Manor, qui a passé plus de 35 ans dans divers secteurs de l’industrie automobile, a déclaré qu’un autre obstacle avait perdu de son importance. « Les gens craignent moins de se retrouver coincés, car ils constatent qu’il y a davantage de bornes de recharge et entendent moins d’histoires négatives. »

M. Masih a indiqué que l’accès accru au réseau de recharge de Tesla grâce à des accords conclus avec d’autres constructeurs automobiles avait également contribué à renforcer la confiance des consommateurs.

Malgré les inquiétudes qui subsistent concernant l’autonomie, l’accès aux bornes de recharge et les performances en hiver, les observateurs de l’industrie estiment que la combinaison de prix d’achat plus bas, de coûts de carburant plus élevés et d’une familiarisation croissante des consommateurs avec les véhicules électriques a permis au marché de se consolider par rapport à l’an dernier.

Pour les concessionnaires, le défi consiste désormais moins à susciter l’intérêt qu’à aider les consommateurs à déterminer si un véhicule électrique correspond à leur mode de vie, à leur budget et à leurs besoins en matière de conduite.

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