Le budget Harper n’a pas brassé la cage comme on le craignait
En fin de compte ce n’était ni ce document intensément politique qui a caractérisé le mandat du gouvernement Harper au pouvoir jusqu’à présent, ni son plan de redéfinition du Canada et son ordre du jour.
Le budget 2012 – de vieilles nouvelles lorsque vous lisez ces lignes – est un document qui réussit à combiner la prudence à court terme avec un potentiel de réforme des secteurs économique et public à grande échelle pour les générations futures. Mais une refonte radicale du Canada que nous connaissons ? Oubliez cela.
S’il y a un thème principal qui permet de décrire le premier ministre Harper et l’approche de son gouvernement face au pouvoir depuis 2006, ç’a été la progression prudente. Étant donné que Harper a dirigé un gouvernement minoritaire de 2006 jusqu’à l’année dernière, c’était la seule façon de survivre.
Une majorité tranquille
Je figurais parmi le personnel sur la Colline parlementaire de 2005 jusqu’en 2008. J’ai entendu tous les arguments contre Harper et ses premières années comme premier ministre. Les partis d’opposition ont été capables de vivre avec un gouvernement minoritaire. À leur avis, si le gouvernement Harper obtient une majorité de plus, nous ne reconnaîtrons pas le Canada quand il terminera son mandat.
Pour être juste, il faut dire que ces arguments sont de la rhétorique politique. Mais beaucoup de gens qui les font ces commentaires pensent vraiment ce qu’ils disent. Maintenant, nous avons devant les yeux le document qui – si ces arguments sont vrais – serait retenu comme pièce à conviction numéro un dans l’agenda caché pour faire du Canada un pays étranger, entièrement dissocié des valeurs qui en ont fait ce qu’il est aujourd’hui.
En politique 101, on enseigne que toutes les mesures douloureuses doivent être prises dans la première année de la majorité. Et nous y sommes, en train de débattre du premier budget élaboré en vertu de majorité conservatrice depuis 1992, et personne n’a été en mesure de voir l’agenda caché pour lequel on nous met en garde depuis tant d’années. S’il y a quelque chose, le budget de 2012 ressemble remarquablement aux documents de l’époque du gouvernement minoritaire qui a précédé; à quelques exceptions près, bien sûr.
Les personnes âgées sont touchées
La politique la plus médiatisée du budget est l’augmentation très progressive de l’âge auquel les Canadiens seront admissibles au Programme de sécurité de la vieillesse (SV), soit de son niveau actuel de 65 à 67 ans. Les personnes nées avant 1958 ne seront pas affectées par le changement avant 2023. Mais cela n’a pas empêché les critiques de décrier le changement comme une attaque tous azimuts sur les personnes âgées les plus vulnérables du Canada.
Plus nous vieillissons et moins il y a de Canadiens en âge de travailler pour chaque retraité dans ce pays ; nous devrons donc faire quelque chose. Le Programme de sécurité de la vieillesse n’est qu’un morceau de cette tarte sans cesse croissante. Le supplément de revenu garanti continuera d’exister pour les personnes âgées à faible revenu, de même que certains programmes provinciaux.
Bien qu’il ne s’agisse pas d’un changement de politique radical, cette mesure permettra au gouvernement fédéral d’économiser plusieurs milliards de dollars par an au cours de la prochaine décennie. Les premiers qui seront touchés par cette mesure sont aujourd’hui âgés de 52 ans et ont suffisamment de temps pour se préparer.
Des coupures très médiatisées dans d’autres programmes gouvernementaux du fédéral sont annoncées dans le budget de cette année, mais n’ont rien à voir avec ce qu’on a souvent lu dans la presse. Au cours des prochaines années, Ottawa coupera 5,2 milliards de dollars dans ses dépenses annuelles.
Si l’on compare cette somme aux 270 milliards que dépense Ottawa chaque année, c’est quand même marginal. Toutefois, les coupures ne représenteront qu’une fraction de ce montant global. Ce que le gouvernement fédéral fait, c’est de faire des chèques aux personnes et aux provinces, et de payer des intérêts sur la dette nationale. Une fois que ces factures sont payées, le gouvernement fédéral ne dépensent environ que 80 milliards par an en dépenses directes sur les programmes, soit environ 5 % du PIB. Tout de la défense à l’aide étrangère en passant par les pêches et la formation en emploi sort de cette enveloppe.
Les 5,2 milliards de dollars d’économies annuelles permanentes viendront de ces 80 milliards de dollars, ce qui se traduira par une réduction réelle dans certains services publics et dans la rémunération. Mais ça n’a rien à voir avec ce que les opposants de M. Harper disaient. En raison des factures énormes que représentent les transferts pour les programmes sociaux et de santé aux provinces, la péréquation et les intérêts de la dette, sans parler des croissances économique et démographique, les dépenses totales du gouvernement fédéral augmentent chaque année. Il faudrait mettre en place des politiques beaucoup plus radicales pour renverser cette tendance.
Donc, le budget de cette année gère la prudence et l’audace en un seul document. Malgré les nombreux avertissements des dernières années, je soupçonne que nous reconnaîtrons encore le Canada quand le mandat des Conservateurs sera échu.








