POURQUOI LE MARCHÉ DE L’OCCASION A-T-IL PRIS AUTANT D’IMPORTANCE ?
Chaque année, au Salon international de l’auto de Toronto, je fais une présentation devant le Comité des relations industrielles de la CADA. Au cours de cette présentation, je fais la mise à jour des principaux indicateurs de ventes d’automobiles au Canada à l’intention des représentants de chaque marque au pays. Chaque année, à coup sûr, il y a un aspect de cette présentation, plus que tout autre, qui alimente les conversations autour de la table : le partage des marchés des véhicules l’occasion et des voitures neuves pour les concessionnaires.
Vous trouvez peut-être étrange que les concessionnaires d’automobiles neuves soient si intéressés par ce qui se passe sur le marché le l’occasion. Là encore, si vous lisez ce magazine, vous êtes susceptible d’être pleinement conscient de l’importance de ce marché pour les concessionnaires franchisés de partout au Canada.
UN MARCHÉ SOLIDE
D’une manière générale, si vous souhaitez que votre entreprise ne cesse de croître, concentrez-vous davantage sur vos opérations de véhicules d’occasion. Par rapport au marché de l’occasion, en croissance constante au Canada, les ventes de voitures neuves affichent évoluent en montagnes russes. Certes, les ventes de voitures neuves sont l’indicateur le plus important dont nous disposons à titre de réseau, mais le marché de l’occasion, très solide, constitue une couverture très efficace contre les hauts et les bas des ventes de voitures neuves des dernières années. Le marché de l’occasion se développe toujours. Dans le contexte d’un parc national qui grandit chaque année, de la croissance démographique et de l’augmentation de la longévité des voitures neuves, il est difficile d’empêcher le marché des véhicules d’occasion de croître année après année.
Cependant, les concessionnaires d’automobiles neuves ont échoué ces dernières années dans leur tentative de capitaliser sur la force et la croissance du marché des véhicules d’occasion, et ce, pour deux raisons principales. La première est liée au passage à long terme au marché des véhicules d’occasion et sera très difficile à contrecarrer. C’est simplement dû au fait que les voitures durent plus longtemps et sont échangées plus souvent que jamais au cours de leur vie. Par définition, cela signifie que plus de transactions se font pour l’acquisition de véhicules plus vieux.
Comme ils se spécialisent dans la tranche des véhicules d’occasion de moins de cinq ans, les concessionnaires d’automobiles neuves, naturellement, perdront ainsi des parts de marché et des ventes au cours des années puisque de plus en plus de véhicules atteindront un âge qui fait habituellement qu’ils sont échangés à des commerces indépendants ou lors de ventes privées.
UNE NOUVELLE RÉALITÉ
La seconde raison fondamentale de l’insuccès des concessionnaires d’automobiles neuves dans le marché de l’occasion, cependant, était liée à la crise mondiale du crédit : l’effondrement du crédit-bail et la diminution de l’offre de véhicules d’occasion plus jeunes que cela a provoqué depuis 2010. Ç’a déjà commencé à se résorber avec le retour du crédit-bail au cours des trois dernières années, mais on est encore loin des niveaux atteints par le marché en 2006 et 2007. À l’heure actuelle, le marché est toujours aux prises avec le resserrement des approvisionnements dans la catégorie des véhicules presque neufs où les concessionnaires obtiennent habituellement de bons résultats.
Bien que les ventes de véhicules d’occasion chez les concessionnaires aient augmenté au cours des deux dernières années, elles ont toujours tendance à être entre 50 000 et 80 000 en dessous du chiffre où elles auraient été à ce jour n’eût été de l’effondrement du crédit-bail et de l’impact subséquent sur la fourniture de véhicules d’occasion. C’est près de 30 ventes pour chaque concessionnaire au Canada.
Alors, que faut-il faire ? C’est trop demander de renverser cette réalité de dernières décennies qui dit que, une fois qu’un véhicule atteint sa cinquième année, il y a de moins en moins de chances qu’il soit échangé à un concessionnaire de véhicules neufs franchisés. Les concessions de véhicules neufs et d’occasion sont très différentes. La vente de véhicules qui approchent ou dépassent le milieu de leur vie utile exige une approche complètement différente.
Cela met les concessionnaires de voitures neuves dans une situation précaire : nous ne retournerons probablement jamais aux 600 000 contrats de location que nous avons signé en 2007 au Canada. Depuis le plancher de moins de 100 000 contrats de location atteint en 2009, nous avons un peu plus que doublé ce chiffre, et c’est à ce niveau ‒ à un cinquième du marché pour les voitures neuves ‒ que nous sommes susceptibles de nous stabiliser en termes de location dans un avenir prévisible. Donc les fournitures de voitures presque neuves augmenteront au cours des prochaines années, mais n’atteindront pas, à long terme, les niveaux atteint récemment.
Les concessionnaires, par conséquent, devront compter sur d’autres méthodes d’approvisionnement de véhicules d’occasion que de la reprise quasi-automatique des véhicules en fin de bail. Ils devront consacrer une plus grande attention aux ventes aux enchères, aux échanges et à d’autres moyens pour ramener chez les concessionnaires des voitures d’occasion qui seront en demande chaque année. Lorsque les ventes de véhicules neufs ont baissé, et que l’économie est tombée dans la récession en 2009, les ventes de véhicules d’occasion n’ont cessé de croître. Ceux qui investissent dans ce domaine et qui capitalisent sur une plus grande exposition à un marché qui est tout sauf imperméable aux chocs économiques prospéreront, peu importe ce qui se passe dans le marché de la voiture neuve.








