ESSAYER DE DONNER UN SENS AUX CHIFFRES DU FÉDÉRAL PEUT SOUVENT ÊTRE DIFFICILE.
À Ottawa, la saison du budget est une période spéciale. On spécule de partout alors que les données réelles sont difficiles à trouver. Cette année, le gouvernement fédéral a provoqué une commotion chez les journalistes et les parties intéressées en faisant une annonce qui a donné aux participants une semaine pour se préparer pour le jour du budget.
Le 14 mars, on a discrètement annoncé que le plan financier du gouvernement serait déposé au Parlement le jeudi suivant, soit le 21. La commotion a suivi. Comment peut-on se préparer à un tel événement avec un préavis de sept jours seulement ? Ce sentiment de panique a été amplifié par une hypothèse qui a perdu beaucoup de sa pertinence ces dernières années : que le budget apporte la vraie lumière sur la politique fiscale du gouvernement. C’est de plus en plus faux.
SECRET ? PAS TANT QUE CELA !
Le secret entourant le budget est une caractéristique de longue date de notre système gouvernemental. Pour des raisons politiques et économiques, il est tout à fait justifiable de garder les détails du budget secrets jusqu’à ce qu’on l’annonce.
Mais, de plus en plus, le soi-disant secret du budget est compromis par deux facteurs : primo, l’habitude fréquente qu’ont les gouvernements de télégraphier des détails juteux de leur budget des semaines et, même, des mois d’avance aux journalistes sympathisants, et, secundo, le fait que, une fois connus, les budgets modernes représentent, au mieux, un coup d’épée dans l’eau en termes de prévisions budgétaires et d’agenda gouvernemental.
En termes de prévisions budgétaires, une certaine latitude est accordée. Il est difficile de prédire l’avenir. Dans cet espace, j’ai souvent défendu les personnes qu’on a attaquées pour des prédictions qui ne se sont pas matérialisées dans leur intégralité.
Après tout, il est impossible de prédire l’avenir. Ceci dit, les gouvernements et les entreprises doivent établir des politiques basées sur certaines hypothèses qui touchent les revenus et les dépenses à court terme.
Mais maintenant, plus que jamais, ces projections apparaissent plus comme des outils politiques qu’économiques quand il est question du budget des gouvernements. Un énorme déficit devrait diminuer progressivement chaque année jusqu’à ce qu’il devienne un excédent. On ne nous a jamais vraiment expliqué comment cela pourrait se produire.
VARIATIONS DANS LES PRÉVISIONS
Si vous reveniez en arrière et regardiez les projections faites dans les six derniers budgets fédéraux, d’une année à l’autre, elles varient énormément les unes des autres et par rapport à la réalité. Il y a juste quelques mois, le gouvernement a prédit un déficit pour l’exercice qui vient de s’achever : ce déficit s’est révélé plus important que prévu de quelques milliards. Peu importe que ce soit le résultat d’une prévision prudente ou d’un tripotage de chiffres, il y a là matière à débat.
Dans le passé, le gouvernement fédéral a été critiqué d’avoir présenté un faible excédent pour justifier des dépenses effrénées à la fin de l’année. Comme cette époque nous semble lointaine maintenant. Mais afficher un excédent pour justifier des milliards de dépenses n’est pas si différent qu’afficher un déficit exécrable qui fera de vous un sauveur quand on se rendra compte qu’il ne représente qu’une fraction de ce qui était prévu.
Ce que beaucoup de commentateurs trouvent encore plus décourageant que l’idée que de mauvais administrateurs tripotent les chiffres à Ottawa, c’est le fait que l’administration publique d’un pays immense, riche et avancé comme le Canada soit si complexe que personne ne sache vraiment où va l’argent. Le gouvernement fédéral est la plus importante institution au Canada; il compte d’innombrables programmes, des budgets, du personnel, des agendas, des régions et des dizaines d’autres facteurs. Certains diront que c’est trop demander d’être plus précis avec les quelque 300 milliards de dollars qu’il consacre au budget chaque année.
Alors qu’on s’attend à certains dérapages dans un budget de cette taille, il serait honteux de laisser le gouvernement fédéral être aussi négligent avec notre argent. Les observateurs, pour la plupart, ne sont pas prêts à passer l’éponge sur un écart de près de 20 % de notre économie de la part d’un gouvernement dissocié de ses responsabilités. Mais cela ne doit pas nous rendre complaisant pour autant. Il y a un problème dans la culture du secret entourant le budget à Ottawa, et la situation s’aggrave.







