Une image plus juste de la réalité

MÊME SI LE CANADA A CONNU UNE BONNE PERFORMANCE ÉCONOMIQUE AU COURS DES DERNIÈRES ANNÉES, MICHAEL HATCH MENTIONNE QU’IL EST TOUJOURS IMPORTANT DE GARDER LES CHOSES EN PERSPECTIVE.

interest-rates-300On affirme souvent, à juste titre dans une certaine mesure, que le Canada a traversé les dernières années difficiles beaucoup mieux que les autres pays riches. Les statistiques sur l’emploi, les perspectives financières et la croissance globale se sont toutes bien comportées par rapport à ce que nos homologues du G7 ont connu. Le gouvernement fédéral ne manque pas une occasion de nous rappeler à quel point nous vivons mieux ici qu’ailleurs. Il y a une part de vérité là-dedans : le Canada demeure l’un des meilleurs endroits au monde où vivre et travailler. Mais après examen, l’affirmation selon laquelle nous avons la tête et les épaules au-dessus du reste du monde ne tient pas tout à fait la route. Malgré un très fort rebond de notre propre industrie et des ventes record de voitures neuves en 2013, il n’y a pas lieu de sortir tambours et trompettes pour parler de la surperformance relative de l’économie canadienne.

D’abord, les bonnes nouvelles. Le Canada a connu une meilleure croissance depuis 2007 que ses homologues du G7. Avec une croissance de seulement 6 % au cours des six dernières années, le Canada est bien en avant du peloton. L’Allemagne et les États-Unis ont connu une croissance de 3,5 % au cours de cette période, qui inclut la récession et la reprise ultérieure (faible); pour ce qui est des quatre autres pays du G7 (Italie, France, Japon et Royaume-Uni), ils sont encore bien en deçà de leur niveau de 2007.

BON, MAIS PAS REMARQUABLE
Nous avons également été forts dans la création d’emplois au cours des dernières années. Depuis 2009, nous avons le rythme le plus rapide en termes de création d’emplois au sein du G7; mais avec une croissance de l’emploi d’environ 6 % sur quatre ans, ça n’a pas été particulièrement spectaculaire. Comme c’est le cas de la croissance du PIB, notre performance en matière de création d’emplois au cours des dernières années a été juste assez forte pour nous placer à la tête des moins bons.

Si l’on élargit cette classe, les chiffres commencent à sembler moins impressionnants encore. Si l’on inclut des pays d’Europe de l’ouest qui ne font pas partie du G7, nous nous retrouvons au milieu du peloton. À 7,2 %, le taux de chômage est 3 points de pourcentage plus élevé que celui des Pays-Bas et il fait plus du double de celui de la Norvège, extrêmement bas. Le Danemark nous surpasse également sur cet indicateur important, mais par une marge plus faible. Dans le G7, l’Allemagne et le Japon connaissent tous les deux un taux de chômage national inférieur au nôtre. Et en termes de croissance économique, la Suède nous a dépassés tout au long de la période difficile (et souvent mentionnée) de 2009 à 2012.

Et c’est du côté de la croissance du PIB que nous verrons un ralentissement économique cette année et la suivante. Bien que la première partie de la reprise ait été assez forte pour le Canada, cette année et l’an prochain, nous pourrions voir la croissance ralentir dans les 1,5 %. Ce ne sera pas suffisant pour faire baisser le chômage dans le contexte d’une main-d’œuvre en croissance et ça pourrait bien nous ramener à nouveau dans les 7 % l’an prochain.

RALENTISSEMENT DE COURT TERME
À chaque année depuis le début de la reprise, nous avons vu notre taux de croissance ralentir, passant successivement de 3,4 % en 2010 à 2,5 % en 2011 à seulement 1,7 % en 2012. Des facteurs favorables comme une forte reprise américaine et la faiblesse persistante des taux d’intérêt ne suffiront pas face au marché immobilier toujours gonflé et au niveau d’endettement élevé des consommateurs à court et à moyen termes. La croissance devrait donc ralentir.

Tout n’est pas perdu, cependant. Bien que la croissance soit plus forte aux États-Unis qu’ici, nous n’avons rien qui se rapproche des problèmes de chômage structurels à long terme auxquels ils sont confrontés. Alors que l’Allemagne montre un taux de chômage plus faible que le nôtre, les Allemands restent les payeurs dans une Union européenne qui a encore du mal à mettre sur pied un bloc monétaire fonctionnel, et sont en train de réaliser que certains des membres les plus faibles de l’Union devront être renfloués.

Et même la faible croissance présente un avantage : les consommateurs et les ménages endettés ne sont pas susceptibles de voir d’importantes hausses de taux d’intérêt tant que la croissance ne sera pas satisfaisante. Contre ces difficultés rencontrées par certains pays auxquels on nous compare, les perspectives du Canada commencent à sembler plus positives.

Personnellement, préfère encore mieux vivre au Canada qu’ailleurs dans le monde. Et il est vrai que notre performance économique au cours des cinq dernières années, à bien des égards, a été meilleure que celle de la plupart des autres pays. Mais la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un affirmer que nous sommes loin en avant de la meute, assurez-vous d’avoir un peu d’information pour le ramener sur le plancher des vaches.

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