LE SORT DE LA CLASSE MOYENNE EST UN PANIER DE CRABES POUR LES POLITICIENS; MAIS EN LE SOULIGNANT, IGNORONS-NOUS LES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES PLUS IMPORTANTS QUI AURONT PROBABLEMENT UN EFFET SUR TOUS LES CANADIENS ? MICHAEL HATCH A SOUPESÉ LA QUESTION.
Une grande partie de la rhétorique politique de cette année a été consacrée aux problèmes — réels ou perçus — de la classe moyenne au Canada. Depuis, Barack Obama est monté aux barricades à la Maison Blanche pour se porter à la défense de cette classe de travailleurs, ce qu’ont également fait les politiciens du monde entier. Puisque nous avons si souvent droit à des histoires où l’on met l’accent sur les défis de la classe moyenne, il est temps de creuser un peu plus. Leurs problèmes sont-ils vraiment si graves ?
Pour des raisons de clarté, il convient de noter que tous les chiffres sont « réels », c’est-à-dire ajustés en fonction de l’inflation, si l’on veut faire des comparaisons de revenus d’une décennie à une autre. En outre, la classe moyenne est définie non pas comme la moyenne en termes de revenu, mais comme la classe intermédiaire. De cette façon, nous pouvons définir et identifier le revenu moyen sans biaiser les données avec des revenus très élevés de la classe supérieure.
Problème résolu
Les salariés de la classe moyenne au Canada n’ont pas vu leur revenu réel augmenter en 35 ans. Et c’est tout à fait vrai. Leurs revenus réels ne sont pas beaucoup plus élevés aujourd’hui qu’ils ne l’étaient en 1980. Mais il faut se rappeler que cette période a été caractérisée par une forte baisse des revenus de 1980 environ jusqu’au début des années 1990, suivie d’une saine augmentation depuis. Donc, déclarer que « la classe moyenne n’a pas eu d’augmentation en 30 ans » décrit un problème résolu il y a environ deux décennies.
Pour faire un parallèle avec l’industrie de l’automobile, c’est la même chose que de dire que les ventes de voitures ont à peine augmenté entre 2002 et 2013. Vrai dans les grandes lignes, les commentaires ont fait état d’une contraction dramatique dans les premières années suivie d’une très forte reprise dans la deuxième moitié de la période en question. Aujourd’hui, nous célébrons le fait que les ventes de voitures atteignent des niveaux record. Nous ne déplorons pas qu’elles soient les mêmes qu’en 2002.
D’un autre côté (normalement les partis au pouvoir), on souligne de nombreuses études et statistiques qui contredisent l’histoire que les salariés de la classe moyenne se font passer un sapin. Statistique Canada a récemment rapporté que la classe moyenne a un revenu qui a atteint un niveau record au Canada, ayant presque doublé en 15 ans. Une autre étude plus récente du New York Times établit la classe moyenne canadienne comme la plus riche du monde.
La perception et la réalité
Alors, la classe moyenne a-t-elle du mal à s’en sortir ou ne l’a-t-elle jamais eu aussi facile ? Les deux situations sont documentées, et les deux profitent de données sélectives qui les soutiennent. Serait-il possible que la vérité se situe quelque part entre les deux ? Pouvons-nous nuancer quelque peu une discussion très complexe sur la politique et sur l’économie ? Il y a des problèmes économiques réels au Canada qui nécessitent une attention urgente de la part des décideurs. Nous avons aussi des choses très positives à dire au Canadiens à bien des égards. Ne laissons pas la dernière déclaration nous faire oublier l’ancienne.
Les revenus réels ont augmenté de façon constante pendant la majeure partie des 20 dernières années. Le principal atout des Canadiens — leur propriété — a fortement augmenté au cours de la même période. En fait, une grande partie de l’augmentation de la valeur nette moyenne depuis le début du siècle, selon Statistique Canada, est attribuable à la hausse des valeurs immobilières. Les critiques soulignent que c’est là la preuve d’une « bulle immobilière » qui va inévitablement éclater.
Le fait que ce ne soit pas encore arrivé et qu’il n’y ait aucun signe à cet effet n’arrêtera pas les alarmistes de déclarer que le patrimoine immobilier n’est pas, en réalité, la vraie richesse, malgré l’évidence du contraire.
Les autres actifs ont augmenté en valeur aussi : les pensions, les avoirs non déclarés, l’épargne et les autres actifs. Dans l’ensemble, les Canadiens de la classe moyenne sont plus riches que jamais. Mais cela ne signifie pas que tous nos problèmes résolus et que nous pouvons aller de l’avant.
Faillites dans les provinces
Certaines régions du Canada souffrent d’un chômage très élevé. Certaines régions du sud de l’Ontario ont vu une croissance au chapitre de l’emploi au cours de la dernière décennie avec des populations toujours croissantes; nous avons un système d’assurance emploi qui n’offre pas d’avantages à ceux qui en ont besoin, ni un lien efficace vers le marché du travail; les résidents des provinces de l’Atlantique, qui n’ont pas de gros revenus en sont presque au point de rupture, et certaines provinces parlent maintenant ouvertement de faillite. Calmement, à Ottawa, le ministère des Finances fait des scénarios d’insolvabilité des provinces et échafaude des plans d’urgence.
Le problème vient du fait que, quand on change l’ordre du jour en matière d’économie sous prétexte que la classe moyenne ne trouve pas son compte, des problèmes plus importants et plus spécifiques ne reçoivent pas toute l’attention qu’ils méritent. Par tous les moyens, visons à avoir une classe moyenne prospère et ne prétendons pas que, parce que le New York Times le dit, tous les problèmes sont résolus. Mais parlons effectivement de ces problèmes dans le détail; ils le méritent. Tout le monde au Canada — pas seulement la classe moyenne — mérite cela.









