DIFFICILE DE PRÉDIRE CE QUI SE PASSERA LE JOUR DE L’ÉLECTION

De toute évidence, nous nous dirigeons vers une élection fédérale excitante et imprévisible. Bien que les principaux acteurs prétendent faire fi des sondages qu’on leur impose presque tous les jours, la course à la Législature de la mi-octobre a été fluide et étroitement surveillée par tous les chefs de parti à Ottawa. Nous sommes en présence de trois chefs qui s’affrontent dans un scrutin dont le résultat est probablement le plus difficile à prévoir depuis très longtemps.
Même si les partis fédéraux détiennent chacun leurs bastions — les Conservateurs en Alberta et dans les Prairies, le NPD au Québec, les Libéraux dans les grandes villes et les provinces de l’Atlantique — on assiste à une course à trois presque partout au pays. Des dizaines de campagnes locales dans tout le pays font qu’il est impossible de déterminer l’éventuel gagnant et la composition après coup de la Chambre des communes.
Tous les ingrédients pour une campagne électorale incertaine et concurrentielle sont maintenant en place.
L’un de ces ingrédients est un gouvernement en place qui se fait vieux, caractérisé par des accumulations de fautes éthiques inévitables qui marquent les administrations installées depuis trop longtemps, mais avec un bilan politique sur lequel il peut tabler. Un autre de ces ingrédients est la présence de chefs de l’opposition solides et populaires qui voudraient bien renverser ce gouvernement. Enfin, on pourrait mentionner les politiques clairement différentes que chaque partie imposerait au pays, s’il est élu.
Ces trois ingrédients, doublés des sondages qui, pendant des mois, n’ont mis aucun parti dans une position de remporter la majorité des sièges à la Chambre des communes nouvellement élargie, font que tous les scénarios sont possibles le jour de l’élection.
Pour être majoritaire, un parti devra remporter 170 des 338 sièges en Chambre qui gagne 30 circonscriptions à l’élection de 2015 en raison des changements démographiques.
Les sondages ne donnent pas un gouvernement majoritaire, mais cela peut changer, bien sûr. Divers scénarios de gouvernement minoritaire dirigé par les Libéraux ou les Conservateurs sont du domaine du possible.
Comme on le constate depuis de nombreux mois, ce sont les deux seuls partis qui ont des chances réalistes de se retrouver à la tête du gouvernement. Le NPD – qui est encore fort au Québec avec Thomas Mulcair – est certainement trop faible dans le reste du pays pour gagner l’élection en octobre, à moins que quelque chose de dramatique ne se produise.
Bien sûr, personne ne peut prédire ce qui se passera en septembre et en octobre avec la campagne qui battra son plein. Personne ne pouvait non plus prédire l’énorme majorité du NPD à l’élection provinciale en Alberta jusqu’à ce que ce soit presque un fait accompli au début de mai. De même, du côté fédéral, rares étaient les experts qui prédisaient la vague néo-démocrate qui a déferlé sur le Québec quelques mois avant la mort prématurée de Jack Layton, en 2011.
Toutes les prévisions quant au résultat de l’élection du 19 octobre doivent être considérées avec un grain de sel : n’importe quoi peut arriver au cours de la campagne.
Si, et c’est probable, aucun parti ne remporte une majorité de sièges à la Chambre des communes, tous les scénarios sont possibles. Si les Conservateurs remportent un plus grand nombre de sièges et si les Libéraux terminent en deuxième position avec une troisième place forte pour le NPD, il y aura une pression importante de la majorité de l’électorat qui ne soutient pas Stephen Harper pour le renverser à titre de premier ministre. Et ce sera possible sans le type de coalition formelle que ne veulent pas les Libéraux.
Comme l’a démontré le gouvernement de David Peterson en Ontario, en 1985, les partis qui, ensemble, constituent la majorité des sièges à l’Assemblée législative, peuvent s’entendre sur des conditions de gouvernance sans une coalition formelle.
Dans cette province, le NPD a accepté de soutenir le gouvernement Peterson pendant deux ans sur des questions de confiance et de budget, en échange de concessions politiques. Aucune coalition n’a été formée, et le NPD est resté dans l’opposition. Et cela a été réalisé par les deuxième et troisième partis à l’élection, tandis que les progressistes-conservateurs — qui détenaient le plus grand nombre de sièges — ont été empêchés de former un gouvernement.
Depuis des mois, les sondages indiquent qu’aucun parti n’est susceptible de gagner la majorité des sièges en octobre.
Bien, sûr, tout peut arriver d’ici octobre ; et tout politicien qui vous dit faire fi des sondages jusqu’au jour de l’élection ne dit peut-être pas ce qu’il pense, surtout cette année.







