AVEC LA CRISE ÉCONOMIQUE QUE CONNAÎT LA GRÈCE, LES CANADIENS AURAIENT TOUTES LES RAISONS DE S’INQUIÉTER. MAIS NOUS SOMMES BIEN LOIN DE LA GRÈCE.
Au moment d’écrire ces quelques lignes, nous étions bien loin de connaître la solution qui allait sortir la Grèce et l’Union européenne (UE) de la crise.
La Grèce vient tout juste de faire défaut de paiement de près de 2 milliards de dollars au Fonds monétaire international (FMI). Qui plus est, les Grecs viennent de rejeter le programme d’austérité dans le cadre d’un référendum national. Le statut à venir du pays dans l’UE et le bloc de la zone euro lui-même sont maintenant douteux.
Nonobstant le défi devant lequel se trouve la Grèce, les traces laissées par la crise permettent à de nombreuses personnes au Canada de croire que des années de dépenses excessives par les gouvernements pourraient nous entraîner dans le même tourbillon, ce qui ne serait qu’une question de temps. Heureusement pour nous, ce n’est pas le cas.
Mais comme je l’ai écrit dans un article précédent, il y a une braise qui dort au cœur de la fédération fiscale canadienne : la dette publique des provinces. Ce fait mérite un examen beaucoup plus minutieux.
De nombreux facteurs font que nous sommes différents des Grecs et des eurocrates maladroits dans cette véritable tragédie humaine et financière qui se joue actuellement en Méditerranée. Le Canada et la zone euro sont tous deux des unions monétaires.
Mais le Canada a quelque chose que les Européens n’ont pas — un gouvernement central fort qui a des pouvoirs de taxation suffisants pour redistribuer les fonds dans toute l’union monétaire et amoindrir les disparités économiques d’une région à l’autre.
Les unions monétaires, par définition, partagent une politique monétaire. Au Canada, la politique monétaire qui peut convenir à l’Alberta n’est pas nécessairement susceptible de satisfaire l’Île-du-Prince-Édouard.
Notre union monétaire tient compte de cette disparité grâce à notre union politique – le gouvernement fédéral – et de son pouvoir de distribuer la richesse nationale des provinces relativement prospères aux régions moins bien nanties du pays. Cela se fait par l’entremise du système d’assurance-emploi, de la péréquation, des autres transferts aux provinces et ainsi de suite. On peut en dire autant de la plupart des unions monétaires, mais pas de la zone euro.
L’Europe n’a pas ce pouvoir central de redistribuer dont presque toutes les unions bénéficient, et, avec temps, une simple turbulence financière sur l’un de ses membres risque de provoquer une crise comme celle que nous voyons aujourd’hui.
L’un des principaux défauts de la zone euro réside dans le fait qu’il s’agit d’une union monétaire sans union politique. Des campagnes répétées provenant de Bruxelles faisant la promotion d’une union politique du type « États-Unis d’Europe » se sont heurtées à la lassitude des électeurs.
Il faut également, bien sûr, tenir compte de siècles d’histoire et de problèmes linguistiques et culturels énormes qui nuisent à l’intégration d’une union politique plus profonde dans toute l’Europe.
En partie en raison de l’absence d’une union politique à l’échelle de l’Europe, la dette de la Grèce, qui se chiffre à 3 % du PIB de la zone euro, a conduit à une véritable crise du bloc euro. Les contribuables européens pourraient absorber la dette complète de la Grèce, mais sont contre le principe et le précédent que cela créerait.
Pour vous mettre en contexte, 3 % du PIB canadien représente environ 55 milliards de dollars; Ottawa pourrait récupérer cette somme en doublant la TPS de 5 à 10 % pendant environ un an et demi.
On peut parler d’un mauvais quart d’heure à passer, mais ce ne serait pas apocalyptique. L’Europe a beaucoup de richesses et une capacité fiscale qui pourrait éponger l’intégralité de la dette monumentale de la Grèce, mais les politiques et la crainte de la « contagion » à d’autres font que les plus grands pays reportent cette option le plus loin possible.
De retour au Canada, le fardeau de la dette fédérale est l’un des plus bas parmi les pays riches de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
C’est excellent et ça nous a donné la souplesse financière de supporter des déficits pendant la récession pour aider à soutenir la demande. Maintenant, avec des excédents (presque) au niveau fédéral et une économie (surtout) croissante, le ratio de la dette fédérale par rapport au PIB recommence à descendre.
On ne peut en dire autant de beaucoup de nos provinces, qui, contrairement à la plupart des gouvernements secondaires dans le monde, ont d’énormes pouvoirs en matière de dépenses en vertu de notre constitution. Le plus grand, celui de l’Ontario, a vu sa cote dégradée par l’une des principales agences de cotation. Cela entraînera certainement des coûts d’emprunt plus élevés pour les contribuables de cette province qui représente près du tiers de l’activité économique du Canada.
Beaucoup d’autres petites provinces sont confrontées à des problèmes similaires, et, pourtant, l’hypothèse implicite qu’Ottawa renflouera une province en proie à une véritable crise financière signifie qu’on peut continuer à emprunter à bas taux. Personne ne pense Ottawa permettra vraiment à une province de déclarer faillite. C’est probablement vrai.
Cela crée un décalage entre ce que les prêteurs à risque pensent qu’ils assument lors de l’achat de la dette du gouvernement canadien et les risques véritables qu’ils prennent. La dette fédérale ne se chiffre qu’à environ 30 % du PIB. Mais quand on ajoute la dette des provinces, la dette totale a plus que doublé à 80 % du PIB.
Cette dette des provinces est la faille peu reconnue au cœur de notre fédération fiscale.
Nous ne sommes ni la Grèce ni l’Union européenne. Notre union monétaire est soutenue par une union politique fermement établie.
Mais si l’on gratte un peu les faibles charges de la dette fédérale, on découvre de plus en plus un risque provincial. Nous ne devons pas l’ignorer !









