LES GRANDS DÉFIS ÉCONOMIQUES NE FONT PAS TOUS LA UNE
Même si 2015 a pris fin sur une bonne note dans l’industrie de l’automobile, l’année 2016 a plutôt commencé avec de mauvaises nouvelles.
L’effondrement du prix du pétrole — l’un de nos produits d’exportation les plus importants — a ramené la devise sous les 70 cents américains, et ce, pour la première fois en plus de dix ans. Le chômage dans les provinces productrices de ressources est à la hausse, et le TSX a connu une croissance en dents de scie, surtout à la baisse, et ce, toute l’année durant (au moment d’écrire ces lignes).
Tout, du prix de l’essence au prix du chou-fleur et leur couverture dans les média pousse les gens à se demander si l’apocalypse économique est imminente.
Il peut donc être difficile pour le lecteur de nouvelles moyen, l’investisseur, le consommateur ou quiconque d’ailleurs de donner un sens à ce qui se passe dans l’économie. Et nous faisons face à notre juste part de défis cette année et bien au-delà. Mais je pense qu’il faut examiner la situation d’un autre oeil.
Oui, l’économie canadienne vit ce que les économistes appellent un « choc négatif » du prix des ressources.
En d’autres termes, la valeur des produits les plus importants que nous vendons dans le monde a été considérablement réduite en raison d’une multitude de facteurs, de la production mondiale de pétrole au ralentissement économique en Chine en passant par le rapprochement diplomatique avec l’Iran, lesquels sont entièrement hors de notre contrôle.
Par conséquent, notre revenu national en a pris un coup directement (nous obtenons moins pour nos exportations qu’auparavant) et indirectement (notre devise, et avec elle notre pouvoir d’achat sur les marchés mondiaux, a diminué de façon spectaculaire).
Ce sont les deux défis importants des Canadiens et de l’économie. Mais la couverture et l’analyse de ces défis en inciteraient plusieurs à se demander s’il est temps de faire provision de nourriture en conserve et de construire des abris pour nos familles.
Malgré la couverture médiatique actuelle, toutes les nouvelles économiques ne sont pas mauvaises.
Notre économie ne dépend pas seulement des champs de pétrole de l’Alberta. Il s’agit d’un écosystème complexe dont les multiples composants sont inter reliés par des moyens non couverts par les médias.
« Tout, du prix de l’essence au prix du chou-fleur et leur couverture dans les média pousse les gens à se demander si l’apocalypse économique est imminente. »
Souvenez-vous, il y a quelques années, lorsque la valeur de notre devise était plus élevée que celle du billet vert américain. Les nouvelles, pour la plupart, étaient loin d’être meilleures. Les manchettes faisaient état du monde infernal dans lequel nous allions vivre lorsque le pétrole atteindrait 200 $ le baril, et que notre niveau de vie collectif tomberait dans la dèche.
Si l’on fait la comparaison avec les nouvelles d’aujourd’hui, la seule conclusion logique est la suivante : ce qui est pire qu’une devise forte et un prix du pétrole élevé, c’est une devise faible et un prix du pétrole peu élevé.
Rien de tout cela ne minimise les véritables défis économiques auxquels nous sommes confrontés.
Mais je suis d’avis que nos problèmes économiques les plus épineux, comme le vieillissement de la population, l’augmentation du rapport de dépendance (moins de travailleurs pour chaque retraité), les créances du secteur public qui dépassent de loin notre capacité à payer et la croissance de la productivité étonnamment faible, ne font pas toujours les grands titres. Ils sont moins liés à des facteurs comme le prix du pétrole ou le rapport entre les devises canadienne et américaine à un moment donné, qui sont plutôt des symptômes que des causes des très grands défis auxquels nous sommes confrontés.
Un dollar affaibli face au pétrole moins cher est une caractéristique de la souplesse de notre régime de taux de change, pas un bogue. Pour utiliser un exemple extrême, le manque de souplesse du taux de change en Grèce provoqué par l’adhésion à l’euro a mis ce pays dans un carcan où la récession et la crise ont frappé il y a plusieurs années. Comme la Grèce manquait de devises, une « dévaluation interne » douloureuse qui s’est manifestée par des réductions des salaires massives pour la plupart des travailleurs a été nécessaire.
Merci à notre monnaie désormais affaiblie; une telle dévaluation interne est nécessaire pour absorber le choc négatif de la chute des prix du pétrole au Canada.
Alors considérons les défis économiques qui caractériseront l’année à venir avec candeur. Ils sont réels et ils sont sérieux. Mais dans le long cours de notre histoire, ils sont loin d’être insurmontables.
Pour s’adapter à un monde à 30 $ le baril, les ressources seront déployées, les travailleurs se déplaceront dans différentes industries, et la croissance des revenus viendra des autres secteurs de l’économie.
Nous n’avons pas fait le pari d’un baril à 120 $ ni mis tous nos œufs dans le même panier dans les jours de vaches grasses.
Nous avons répondu avec sang-froid à ce que le marché nous dictait, et nous avons été récompensés. Nous allons faire de même en 2016 et après.








