Certains experts croient qu’il se trame une crise du crédit.
De nombreux Canadiens choisissent de payer leur véhicule neuf en le finançant sur une période plus longue et pourraient se retrouver surendettés au cours des prochaines années.
En 2015, le prêt automobile moyen propose un terme de 72 mois, en hausse par rapport aux 65 mois de 2010. Nous commençons maintenant à voir des prêts qui offrent un terme aussi long que 96 mois.
Ces prêts étendus signifient souvent que les consommateurs achètent plus de véhicules qu’ils ne peuvent se permettre sur une longue période de temps, ce qui peut expliquer les fortes ventes de VUS et de camionnettes au Canada.
Mais les consommateurs qui affichent une basse cote de crédit pourraient avoir des problèmes à payer leur prêt, ce qui pourrait engendrer une hausse des taux d’intérêt et le défaut de payer.
Comme la dette automobile est souvent financée à 0 ou aux environs de 0 pour cent, il est rationnel pour les consommateurs d’amortir leur prêt sur une période plus longue.
Pire encore, certains consommateurs pourraient vouloir échanger leur véhicule pour un neuf, et ce, même si leur prêt actuel n’est pas encore payé et si leur véhicule a perdu sa valeur. Ce qui se produit à ce moment-là, c’est que le solde du prêt précédent vient s’ajouter au prêt lié au véhicule neuf.
Grosso modo, nous connaissons un cycle de financement automobile sans fin.
En aucune façon, cette situation est souhaitable pour les consommateurs et les institutions prêteuses, mentionne l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) dans son rapport Financement auto : les tendances du marchés, qui peint un sombre tableau de la dette automobile au Canada.
Cela semble apeurant, mais la situation est-elle aussi mauvaise ?
L’industrie de l’automobile est consciente de cette tendance et la surveille depuis un certain temps. Il s’agit d’une question que débattent les analystes et les économistes, y compris Michael Hatch, économiste en chef de la Corporation des associations de détaillants d’automobiles (CADA).
M. Hatch ne nie pas que cette tendance existe. Cependant il trouve le rapport de l’ACFC erroné.
La CADA a répondu à l’ACFC avec des statistiques et des faits dont le rapport ne tenait pas compte.
Primo, Michael Hatch mentionne que la délinquance sur les prêts automobiles est moins importante que toute autre dette de consommation au Canada, selon un rapport récent publié par l’agence de crédit TransUnion.
Alors que le taux des prêts automobiles a augmenté dans des provinces comme l’Alberta et la Saskatchewan à la suite de la chute des prix du carburant, à l’échelle nationale, il s’est maintenu au-dessus de 1,3 pour cent au 4e trimestre de 2015. Tous ceux qui oeuvrent dans le secteur du financement savent que ce chiffre est bas, mentionne M. Hatch.
Et comme la dette automobile est souvent financée à 0 ou aux environs de 0 pour cent, il est rationnel pour les consommateurs d’amortir leur prêt sur une période plus longue.
Le rapport de l’ACFC a aussi exploré le problème de l’équité négative, citant les données de J.D. Power qui disent que le pourcentage de consommateurs dans cette situation et qui échangent leur véhicule a augmenté de 50 % au cours des 5 dernières années. Il était de 20 pour cent en 2010 et de 30 pour cent en 2015.
Mais M. Hatch dit que l’équité négative ne touche qu’une minorité de consommateurs, puisque la plupart sont en mesure de payer leur prêt, ce qui explique le taux relativement bas de délinquance sur les prêts automobiles. Le quart environ du financement des prêts automobiles au Canada est consenti à des consommateurs ne bénéficiant pas d’une cote de crédit de premier ordre.
Un autre facteur que n’a pas considéré le rapport de l’ACFC, c’est le fait que les véhicules restent sur la route beaucoup plus longtemps en raison de l’amélioration de la technologie, du design et des soins apportés par les proprios.
Michael Hatch ajoute que la dette automobile reste encore soutenable, mais elle ne peut pas augmenter.
Quel rôle les concessionnaires doivent-ils jouer pour régler le problème ?
Le gouvernement fédéral a pointé du doigt les concessionnaires d’automobiles, les accusant d’arranger les prêts pour que ça leur rapporte une plus grosse commission.
« L’importance de la commission est l’un des facteurs que considèrent les concessionnaires quand ils décident quel produit offrir aux consommateurs », dit l’ACFC dans son rapport.
Michael Hatch ne s’en formalise pas. Il maintient qu’il est dans l’intérêt du concessionnaire de faire adopter un produit de financement adapté et abordable par le consommateur. Si votre client n’est pas content et traîne des dettes, vous risquez de le perdre.
Nous pouvons nous attendre à ce que certains acheteurs de voitures lisent le rapport de l’ACFC et pensent que leur concessionnaire leur mange la laine sur le dos — même si ce n’est pas le cas.
À moins qu’il y ait une refonte complète de la structure du processus de financement, il n’y a vraiment pas beaucoup de concessionnaires qui peuvent y arriver. Ce qu’ils peuvent contrôler, c’est la quantité d’information qu’ils fournissent aux clients.
Tout se résume à l’éducation des clients, être ouvert et transparent sur les options de financement et, comme toujours, à offrir un service à la clientèle exceptionnel dans tous les aspects de l’expérience d’achat d’une voiture.









