
Shopify facilite le commerce électronique. Voici comment cette entreprise canadienne est devenue aussi performante.
Le commerce électronique représente une très grosse industrie. Cependant, on ne peut pas vendre en ligne si l’on n’a pas un logiciel conçu sur mesure pour faire fonctionner son magasin en ligne. Aujourd’hui, de nombreux détaillants en ligne comptent sur des plateformes de commerce électronique d’entreprises canadiennes locales.
Fondée en 2004 et lancée aux utilisateurs en 2006, l’entreprise d’Ottawa Shopify propose virtuellement tout ce dont on peut avoir besoin pour faire des ventes en ligne. Outre les gabarits de site Web et les applications, Shopify offre des factures et des talons de paie dans le nuage, des codes à barres en QR, des étiquettes de livraison et, même, du matériel de point de vente comme les lecteurs de cartes et les imprimantes de reçus pour les commerces qui ont pignon sur rue.
L’entreprise a été fondée par Tobias Lütke, un programmeur informatique qui a déménagé de son pays d’origine, l’Allemagne, au Canada en 2004. De retour chez lui, après avoir travaillé pour une grande entreprise, il a tenté de mettre sur pied une entreprise de création de logiciels pour les centres d’appels. Ça n’a pas fonctionné, mais ça lui a fait comprendre des choses : il a su qu’il ne pourrait plus travailler pour quelqu’un d’autre.
Au Canada, Tobias Lütke et ses amis ont décidé d’ouvrir un magasin en ligne pour vendre du matériel de snowboard. Il croyait que la configuration du site serait la partie la plus facile de l’opération, mais il s’est vite rendu compte qu’il s’agissait de la plus difficile puisque aucun logiciel ne respectait ses standards. Il a donc développé son propre logiciel, et la succursale en ligne a été lancée avec le système de Tobias Lütke.Quand l’hiver a pris fin et que la demande de matériel de snowboard a commencé à s’effriter, les partenaires ont senti qu’il y avait plus d’argent à faire avec la plateforme logicielle.
Voilà comment Shopify a vu le jour. Sa structure est un concept appelé « Software as a Service (SaaS) »; cela décrit une entreprise qui héberge son logiciel et qui donne des licences par abonnement.
Shopify permet aux personnes et aux entreprises de faire facilement et rapidement la configuration de leur site, et de gérer leur commerce par l’entremise du site de Shopify. Si l’on fait un essai gratuit et qu’on utilise les gabarits de Shopify, on peut, même si l’on part de zéro, configurer un magasin de vente en ligne en seulement quelques minutes.
Shopify fait son argent avec les abonnements mensuels : elle prend une cote sur les paiements effectués par les consommateurs par l’entremise de la passerelle de paiement de Shopify ou les systèmes de paiements de tiers qui préfèrent utiliser le leur.
Ce n’était pas facile au début, et Tobias Lütke s’est souvent retrouvé avec seulement quelques semaines de liquidités pour faire fonctionner Shopify. L’entreprise a survécu grâce à quelques investisseurs bienveillants et la détermination de son fondateur. L’une de ses premières erreurs, a-t-il plus tard admis, a été d’imposer à ses clients un pourcentage sur leurs ventes.
Le fait d’adopter un système d’abonnements mensuels lui a assuré une source de revenus plus stable, et Shopify a commencé à engranger des profits dans les trois ans de sa fondation.
Aujourd’hui, l’entreprise fait aussi de l’argent avec des applications logicielles dont la prévention de la fraude, la gestion des stocks et le marketing électronique; elle offre également un service haut de gamme aux marchands à gros volume, Shopify Plus, qui peut supporter 500 000 clics à la minute.
Il s’agit d’une entreprise performante; Shopify compte 243 000 magasins Shopify actifs dans 150 pays qui génèrent des ventes combinées de 14 millards de dollars. Elle embauche plus de 900 employés dans les quatre bureaux de l’Ontario et du Québec. Parmi ses clients, on retrouve Red Bull et Budweiser; elle travaille en partenariat avec plusieurs grandes entreprises en ligne comme Facebook, Twitter, Uber et Amazon, qui a laissé tomber l’entreprise avec laquelle elle travaillait pour faire des affaires avec Shopify.
Les vendeurs en ligne peuvent utiliser la plateforme de Shopify pour vendre des produits aux consommateurs directement par l’entremise de Pinterest et d’autres médias sociaux, de leur propre site Web ou de leurs applications mobiles.
Au quatrième trimestre de 2015, Shopify fait état de revenus totalisant 70,2 millions de dollars, une augmentation de 99 pour cent par comparaison avec la même période de 2014. Pour l’année 2016, on prévoit que les revenus oscilleront entre 320 et 330 millions de dollars.
Shopify n’est pas unique. Il y a de nombreuses entreprises du genre sur le marché, dont des joueurs importants comme Volusion, Big Cartel et Bigcommerce.
Mais, de nombreux chroniqueurs placent Shopify en haut de la liste, notamment pour la convivialité de son site, particulièrement pour les néophytes d’Internet, sa facilité de recevoir de grandes entreprises à croissance très rapide, son soutien téléphonique et par clavardage en tout temps, et le grand nombre de gabarits, d’applications et de logiciels. Tobias Lütke croit qu’il faut mettre à profit les talents des autres, et bon nombre d’applications proposées sont créées par des développeurs externes qui les vendent directement aux clients de son entreprise par l’entremise du magasin d’applications Shopify.
Comme il est lui-même un entrepreneur qui a eu ses difficultés, Tobias Lütke conçoit les produits de son entreprise précisément pour aider les autres qui cherchent à amener leurs affaires sur le Web et qui ont rarement le temps et l’expertise de configurer leur propre site.
Shopify ne demande pas à ses utilisateurs de connaître les codes d’ordinateurs, comme certains de ses concurrents. Tobias Lütke a ajouté plus de capacités administratives pour aider les marchands à livrer leurs produits, à faire le suivi des stocks et à payer leur personnel, ce qui représente encore plus de revenus pour Shopify.
L’entreprise est entrée en Bourse le 21 mai 2015, ce qui lui a permis d’aller chercher plus de 131 millions de dollars. Tobias Lütke s’est assuré que ses actions votantes restent dans l’entreprise pour éviter un quelconque rachat.
Au départ, il a pensé que l’introduction en Bourse changerait l’entreprise, mais ça n’a pas été le cas. Il attribue une grande partie du crédit à ses employés qu’il a embauchés pour leur habileté à régler des problèmes et à prendre certains risques : l’entreprise mentionne que la clé se trouve dans la façon dont les employés réagissent quand ils ne connaissent pas la réponse à la question posée.
Tobias Lütke croit également que le succès de Shopify vient du fait que sa croissance a été lente, qu’elle a été bien gérée et n’a jamais oublié ses années de vaches maigres, ce qui l’aide à éviter la surévaluation qui touche sérieusement plusieurs entreprises du genre de la Silicon Valley.
Ses clients, pour la plupart, sont aux États-Unis, mais Shopify reste résolument une entreprise canadienne. Et même s’il s’agit d’une entreprise florissante qui vaut 2,5 milliards de dollars, elle est virtuellement inconnue de la grande majorité des consommateurs qui ne sont pas conscients d’acheter des produits par l’entremise du logiciel de Shopify.
Et Tobias Lütke vit très bien avec cela. Pour lui, il faut faciliter le travail aux autres pour leur permettre d’avoir du succès.
Être concessionnaire… en bref
Si le modèle Shopify n’a rien à voir avec une concession d’automobiles, il y a quand même certains éléments que les concessionnaires pourraient adopter.
• Être toujours à l’affût de l’amélioration. Les réunions du personnel de Shopify mettent l’accent sur ce que les employés ont appris au cours de la semaine et sur ce qu’ils feront différemment la semaine prochaine. Si quelque chose fonctionne mal dans votre magasin, faites-vous une priorité de régler le problème.
• Rester simple. La dernière fois qu’un consommateur s’est plaint que ce n’était pas suffisamment compliqué remonte à quand ? Essayez de montrer
votre site Web et vos formulaires à des personnes qui ne les ont jamais utilisés. S’ils ne peuvent y naviguer rapidement et facilement, c’est qu’ils ont
besoin d’être améliorés.
• Faire une bonne intégration. Quand les programmes informatiques ne sont pas intégrés, vous vous ramassez avec une quantité de données où l’information n’est pas partagée. Cela entraîne des erreurs et agace les clients. Si vos systèmes de ventes, de service et de pièces ne connectent pas entre eux, vous avez besoin d’un programme qui les intégrera.
• Être son propre client. Pensez à ce que vous voulez quand vous allez quelque part pour acheter quelque chose, et implantez-le dans votre entreprise.
• Regarder vers l’avenir. L’informatique dans le nuage, les nouvelles applications commerciales, les paiements sur mobile et par ordinateur sont déjà là et vous affecteront. Restez à la fine pointe de la technologie pour être en mesure d’offrir les services que veulent vos clients.






