Coup d’œil sur les répercussions de la crise du Brexit.

Même si un océan nous sépare de l’Europe et des crises en série qui ont sévi sur ce continent et dans l’Union européenne (UE) au cours des dernières années, il est difficile de ne pas se demander pendant combien de temps le Canada pourra continuer d’être en grande partie à l’abri des problèmes majeurs auxquels sont confrontés certains de nos plus anciens et plus fidèles alliés.
Après s’être principalement empêtrée avec sa crise de la dette en Grèce et ailleurs, l’UE est confrontée aujourd’hui à une menace existentielle qui prend la forme du Brexit — soit l’un de ses membres les plus importants qui a opté de retirer de l’Union.
Brexit a constitué une victoire pour les forces qui prônent la peur et la division et qui se manifestent maintenant aux États-Unis sous l’appellation Trumpisme.
Chez nous, nous ne pouvons pas rester sans voix et complaisants pendant que l’ordre démocratique libéral d’après-guerre succombe à l’isolement et à la xénophobie dans les pays qui nous entourent.
Déjà, on note des répercussions économiques, et pas seulement au Royaume-Uni où la devise a connu un énorme succès et où les investisseurs ont fui ou ne se sont pas manifestés dans le contexte de peur du Brexit menant au vote en juin.
La Banque du Canada a réduit ses prévisions de croissance au pays, et ce, en raison du vote qui a eu lieu au Royaume-Uni ; elle mentionne dans son dernier rapport sur l’économie que le Brexit
aura des répercussions négatives sur la croissance chez nous.
L’importance de ces prévisions de réduction de la croissance reste à voir — la Banque s’est déjà trompée en matière de prévisions et elle le fera encore.
Mais il est difficile de conclure à autre chose qu’une crise économique résultant de la décision délibérée d’un partenaire commercial important de laisser une union économique qui, imparfaite comme toutes les autres unions, a apporté des avantages tangibles pendant des décennies.
En plus des avantages sur l’économie et sur la qualité de vie que l’UE a procurés à ses citoyens, il est important de ne pas oublier sa réalisation la plus importante : la préservation de la paix sur le continent européen qui, jusqu’en 1945, avait été le théâtre quasi constant de combats de plus en plus dévastateurs et mortels durant des siècles.
À cet égard, l’UE est victime de son propre succès : la guerre entre États, ayant effectivement disparu au cours des sept dernières années, a cessé d’être une préoccupation majeure pour la plupart des citoyens de l’UE. L’Union a changé dans l’esprit de ces citoyens : de garante de la paix dans un secteur historiquement déchiré par la guerre, elle est passée à une institution bureaucratique et antidémocratique gérée par et pour les élites de la société.
Critiquer l’UE et ses institutions est de bonne guerre. Plusieurs de ses leaders ont traité des membres votants comme des obstacles à éviter — ou à ignorer — et pas les parties prenantes à consulter sur le grand Projet européen.
Il existe un véritable déficit démocratique dans l’UE, et l’on tourne souvent Bruxelles en dérision comme étant un régime différent, plus axé sur l’amélioration du style de vie de ses propres citoyens que de celui des citoyens européens dans leur ensemble. En bref, les institutions européennes sont sujettes au même type de critique qu’on attribue finalement à tous les gouvernements : loin des préoccupations des gens, centré sur ses propres besoins et déconnecté des besoins des gens ordinaires.
Mais est-ce que ces critiques justifient le retrait du Royaume-Uni ou des autres membres de l’Union européenne ? Voilà une question qu’un nombre grandissant de votants du Brexit se posent.
Ces questions se sont faites plus pressantes en raison de la disparition immédiate des dirigeants de la campagne pour le retrait du Royaume-Uni et de la nomination hâtive d’un nouveau premier ministre qui avait fait campagne pour rester dans l’UE.
Les analystes et les experts en la matière, pour la plupart, sont d’avis qu’il faille conserver l’Union européenne, à l’image du Canada qui avait connu une crise existentielle il y a un peu plus de 20 ans.
Les critiques sont justes mais exagérées. Considéré comme un « monstre bureaucratique », le budget de l’UE ne compte que pour un pour cent du PIB, soit moins de trois cents euros par citoyen par an. Imposer un dollar par jour par citoyen ne donne guère à l’UE le poids dictatorial pour lequel il est largement éreinté par les pro-Brexit et leurs militants dans d’autres États membres.
Alors, la critique institutionnelle est juste et importante dans une société démocratique. Cependant, du même coup, il ne faut pas tenir compte de l’exagération et la pure invention provenant de ceux qui font la critique.
Pour le Canada, les leçons à retenir sont importantes.
De plus en plus, dans ce monde qui semble tourner à l’isolationnisme, nous aimons nous voir comme un bastion ouvert du libéralisme, de la libre circulation des biens et des personnes et de l’immigration, à l’abri de ce que nous considérons comme des tendances racistes allant jusqu’à la construction de murs d’autres pays. Mais nous ne sommes pas à l’abri de ces forces.
Ce qu’il faut des décennies à construire peut parfois s’écrouler en quelques mois ou quelques jours, comme nos amis du Royaume-Uni l’ont appris.







