Les politiciens canadiens doivent garder la tête froide

La surenchère n’est pas la bonne approche pour combattre la stratégie de hausse des tarifs douaniers de Trump.

Encore une fois, notre industrie est prise en otage par le président le plus imprévisible de tous les temps à la Maison-Blanche.

Au moment d’écrire ces lignes, le département du Commerce des États-Unis mène une enquête sur la menace potentielle pour la sécurité nationale que représentent les importations de produits d’automobiles provenant de ses alliés, dont le Canada. Cette justification est le seul outil juridique qui a permis au Président de prélever un droit de douane pouvant aller jusqu’à 25 % sur les importations d’automobiles en Amérique, un acte d’auto-agression remarquable que le Président semble vouloir mettre en œuvre.

La notion selon laquelle les véhicules construits au Canada et vendus aux États-Unis représentent une menace à la sécurité nationale pour nos voisins est manifestement absurde et plus qu’insultante.

Le commerce de l’automobile entre le Canada et les États-Unis se chiffre à 140 milliards de dollars par an. Nous avons fabriqué plus de deux millions de voitures chez nous l’an dernier, et plus de 80 % de ces voitures étaient destinées aux concessionnaires et aux consommateurs américains. Nous partageons la frontière non défendue la plus longue du monde et la relation commerciale bilatérale la plus riche de l’histoire. Les voitures que nous construisons et que nous envoyons à la frontière américaine ne sont pas des chars d’assaut construits pour effectuer une invasion ou occuper le pays. Ce sont des véhicules qu’utilisent les familles américaines pour voyager et faire leurs courses ; elles font partie de leur mode de vie.

Malgré cela, les États-Unis semblent sur le point de percevoir une taxe de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Voici ce qu’est un tarif douanier : la perception d’une redevance sur le commerce imposée par un gouvernement; une taxe en quelque sorte. En fin de compte, c’est le consommateur américain qui la paiera. Si les États-Unis, pour une raison quelconque, jugent bon d’imposer ce type de taxe sans aucune raison, il est évident que nous ne pourrons rien y faire.

Ce que nous pouvons contrôler, c’est ce que nous faisons pour réagir. La rhétorique habituellement utilisée autour de ces débats est celle de l’intimidation ; on a tendance à reculer devant un traitement aussi sévère. Cette métaphore totalement inappropriée a réussi à déformer le débat public sur les tarifs douaniers d’une manière telle que des millions de Canadiens sont convaincus que, si les États-Unis nous frappent, nous n’aurons pas d’autre choix que de riposter.

Mais en imposant un tarif douanier sur les importations d’automobiles, les États-Unis ne nous frappent pas. Ils se tirent dans le pied. Nous en souffrirons bien un peu. Nos constructeurs d’automobiles également. Mais ce sont les consommateurs américains qui en souffriront le plus. Si l’intimidateur se tire dans le pied, pourquoi ferions-nous de même ?

Mais c’est la guerre, diront-ils. Dans une guerre, quand on vous attaque, vous ripostez. C’est sûrement vrai. Mais ça ne fonctionne pas ainsi dans une guerre commerciale. Les références à la Seconde Guerre mondiale et à Hitler font aussi souvent leur apparition à ce stade du débat.

Mais la comparaison n’est aucune pertinente dans le contexte actuel. Les tarifs douaniers s’apparentent au bombardement des villes dans l’espoir que la fumée brûlera les yeux de vos ennemis. La métaphore de la guerre ne s’applique pas non plus. Les tarifs de Trump constituent une taxe imposée aux consommateurs américains. On ne parle pas de l’invasion de la Pologne. Décliner la possibilité d’imposer une taxe à nos consommateurs, simplement parce que quelqu’un d’autre le fait constitue un intérêt économique personnel et non un apaisement.

La réalité à laquelle nous sommes confrontés est que l’escalade des échanges commerciaux avec les États-Unis dans le domaine de l’automobile n’est pas une option. Ce serait catastrophique pour le consommateur canadien et l’économie du pays. Notre gouvernement le sait.

Nous avons d’autres outils à notre disposition, l’élimination des droits de douane avec tous les autres pays, par exemple, pour nous aider à sortir de notre dépendance à notre voisin du Sud.

Nous avons dans d’autres secteurs de l’économie nos propres tarifs douaniers dont l’élimination apporterait un soulagement immédiat aux consommateurs, en particulier ceux à faible revenu, et aux producteurs exportateurs dans les industries qui n’ont actuellement pas accès aux marchés étrangers.

Si Trump donne suite à cette menace, la réaction politiquement facile serait de se venger, car le grand public a été induit en erreur par l’intimidation de nos voisins. Mais dans le commerce, comme à la guerre, parfois la réaction facile n’est pas nécessairement la bonne.

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