Notre analyse montre que les prix des véhicules d’entrée de gamme continuent d’augmenter.
Plus d’un lecteur avisé aura remarqué que les gammes des fabricants d’équipement d’origine proposent aujourd’hui beaucoup moins de véhicules neufs d’entrée de gamme bon marché.
Votre imagination ne vous joue pas des tours. Il y a bien eu beaucoup de changements de toutes sortes, toutes marques confondues. De nombreux véhicules ont été retirés des gammes de produits au cours de la dernière décennie, ce qui a engendré des difficultés d’accessibilité financière pour les consommateurs et les concessionnaires automobiles.
En juin dernier, j’ai écrit un article intitulé « Sommes-nous confrontés à une inflation automobile ? », question à laquelle j’ai répondu par un oui retentissant. J’espère avoir prouvé mon point de vue en créant un indice d’inflation des véhicules (IIV) à partir des prix des véhicules canadiens les plus vendus entre 2014 et 2024.
Cette analyse m’a permis de constater que le prix des voitures a augmenté de 40 %, contre 29 % pour l’inflation globale au cours de la même période. À mon avis, cela représente une hausse considérable pour les consommateurs !
D’après mes recherches, une voiture dont le prix était de 30 000 $ en 2014 coûte aujourd’hui (en moyenne) 42 120 $, et non 38 554 $ si elle suivait strictement l’inflation générale calculée par Statistique Canada.
Dans l’article, j’ai également mentionné le phénomène de la « disparition » des modèles d’entrée de gamme plus abordables du marché canadien. Je considère cela comme un problème encore plus grave pour les consommateurs, les concessionnaires et les fabricants d’équipement d’origine.
À titre d’exemple, en 2015, une Nissan Micra à bas prix était vendue 9 998 $, ce qui en faisait la voiture la moins chère au Canada. Mais aujourd’hui, la Nissan la moins chère est la Versa, à partir de 20 798 $. C’est plus du double du prix d’origine, ce qui met en évidence à la fois l’inflation générale et l’évolution du marché vers des modèles plus rentables et l’électrification. Je ne m’en prends pas du tout à Nissan ; c’est simplement la loi actuelle de la jungle automobile.
Peu après avoir terminé la rédaction de l’article dont je vous parle, je me suis rendu compte qu’il existait un moyen de quantifier l’impact de la disparition de ces modèles sur le marché pour le consommateur.
L’inflation est généralement observée en additionnant les prix d’un panier de biens à une date donnée, puis en les comparant avec les prix du même panier à une autre date. C’est essentiellement ainsi qu’est calculé l’indice des prix à la consommation. L’indice des prix d’entrée de gamme (IPEG), ça vous dit quelque chose ?
Pour comprendre cette évolution du marché, j’ai additionné tous les prix des véhicules les moins chers de la gamme d’un fabricant d’équipement d’origine d’il y a 10 ans (année modèle 2015), puis je les ai comparés avec les prix les plus bas proposés aujourd’hui par le même fabricant d’équipement d’origine. J’ai exclu quelques marques, mais j’ai inclus les produits haut de gamme, y compris ceux de Porsche. Au total, j’ai examiné les gammes de 30 marques pour mon analyse.
En chiffres :
- Pour l’année modèle 2015, le PDSF moyen était de 25 102 $.
- Pour l’année modèle 2025, le PDSF moyen est de 37 270 $.
- La différence sur les 10 dernières années est de 12 168 $ pour le consommateur.
- Cela représente une augmentation des dépenses de 48 % pour le consommateur !
- L’inflation générale a été de 30 % sur la même période, soit 18 % de moins.
- Deux des marques analysées affichent une augmentation de plus de 25 000 $ pour leurs modèles d’entrée de gamme.
- La hausse la plus faible est de 2 900 $, ce qui est plus raisonnable.
Dans le meilleur des cas, cela signifie que, par rapport à il y a 10 ans, les consommateurs doivent payer (en moyenne) 12 168 $ de plus s’ils souhaitent acheter le modèle le moins cher de la gamme d’un fabricant d’équipement d’origine.
Concrètement, cela se traduira probablement par des durées de financement plus longues, ce qui, bien sûr, maintiendra les consommateurs dans une situation de capital négatif plus longtemps s’ils choisissent de financer leur achat. Je pense que nous sommes tous d’accord pour dire qu’il n’est pas facile de demander à un consommateur de débourser 12 168 $ supplémentaires !
Dans le pire des cas, cette hausse des prix courants pousse de nombreux consommateurs à quitter la salle d’exposition. Ils peuvent même ne pas se lever de leur fauteuil après avoir consulté le site web du constructeur. Le prix d’entrée plus élevé risque d’inciter les consommateurs à reporter l’achat d’une nouvelle voiture et à décider de conserver leur véhicule actuel.
Cela réduit le volume de ventes de l’industrie et diminue également les revenus des concessionnaires et les revenus après-vente. La suppression de ce que j’aime appeler les « produits d’accueil » de la gamme de tant d’équipementiers n’est bonne pour personne à long terme.
Dans la pratique, les concessionnaires peuvent contrer cette tendance en redoublant d’efforts dans le secteur des voitures d’occasion, car, compte tenu des pressions inflationnistes, les véhicules d’occasion sont plus essentiels que jamais. Un programme VOC solide et bien soutenu du constructeur, et capable d’accompagner le client depuis les nouvelles offres jusqu’aux véhicules d’occasion, est essentiel pour les ventes du concessionnaire.
Sur le plan de la compétitivité, cela prépare également le marché canadien à accueillir de nouveaux concurrents à bas prix tels que des marques chinoises ou européennes qui n’existent pas encore ici.
Récemment, les négociations commerciales entre les États-Unis et l’Union européenne ont abouti à un accord fondamental sur la reconnaissance mutuelle des normes de sécurité et d’émissions des véhicules. Cela signifie que la barrière réglementaire qui a empêché de nombreuses voitures et marques d’accéder aux marchés canadien et américain pourrait bientôt tomber. Cela pourrait ouvrir la voie à des marques à bas prix assez rapidement.
Je souhaiterais rédiger un article complémentaire dans 10 ans sur la déflation automobile observée depuis 2025, mais je ne pense pas que mes chances soient très bonnes de trouver des éléments d’analyse.






