Les politiques régionales créent des barrières et des défis économiques
Le Canada, c’est bien connu, est géographiquement parlant l’un des plus grands pays sur la planète.
Pour aller de Victoria, en Colombie-Britannique, à Saint-Jean, Terre-Neuve- Labrador, il faudrait plus de sept heures s’il existait un vol direct d’Ouest en Est. Un voyage du lac Érié au pôle Nord pourrait également représenter toute une épopée.
Notre étendue géographique apporte avec elle la diversité culturelle et linguistique qui caractérise le Canada aux yeux de ses propres citoyens et des personnes de partout dans le monde.
Ce doit être souligné. C’est là l’inconvénient d’avoir des régions distinctes et en grand nombre : nous avons tendance à penser régional en termes d’économie.
On dit souvent qu’il n’y a pas qu’une « économie nationale » au Canada, mais une série d’économies régionales et provinciales. C’est vrai en ce sens que différentes parties du Canada ont des bases et des défis économiques distincts, et que les résidants de la Saskatchewan pourraient conclure des ententes avec les Manitobains et les Terre-neuviens.
Cependant, notre Constitution garantit explicitement au gouvernement fédéral le pouvoir de réglementer les échanges et le commerce, ce qui crée — au moins dans la tête des constitutionnalistes — un espace économique canadien unifié. Dans les faits, la réalité est tout autre.
Les provinces et les territoires canadiens ont joui de responsabilités et de certains pouvoirs en vertu de cette même Constitution. Sans le grand compromis qui garantissait une fiscalité et une politique qui donnait des pouvoirs à nos gouvernements locaux et régionaux au 19e siècle, le Canada n’aurait probablement pas vu le jour.
Je ne m’engagerai pas dans ce débat d’une façon ou d’une autre. Mais la déclaration que les provinces d’aujourd’hui exercent de vastes pouvoirs constitutionnels ne trouvera pas une grande controverse.
Ces pouvoirs des provinces reconnaissent les nombreuses régions du Canada, leur culture distincte et leurs besoins d’établir leurs politiques. Mais ils contribuent à entretenir des obstacles au commerce et à la mobilité ainsi que la destruction pure et simple de la prospérité pour les citoyens canadiens dans tout le pays.
La région de la capitale nationale est un parfait microcosme des défis qu’entraîne le régionalisme dans tout le Canada, à cheval sur la frontière qui sépare deux grandes régions.
Je vis à Ottawa dans la province de l’Ontario. Même si le Québec est à distance de marche de ma maison, je ne peux pas, légalement, acheter de la bière du côté québécois de la frontière et la ramener à la maison, en raison d’une régie des alcools qui protège jalousement son fief.
Pour ajouter l’insulte à l’injure, l’expérience d’achat de la bière du côté de l’Ontario est douloureusement inadéquate, et le produit coûte cher. Cela est dû à des lois radicales sur l’alcool et à l’existence d’un monopole des distributeurs de bières qui donne aux clients captifs comme des animaux en cage une expérience d’achat vraiment atroce.
Dans le même ordre d’idées, une amie qui vit au Québec m’a récemment demandé de lui recommander un peintre en bâtiment. Je lui en ai mentionné un qui m’avait donné un excellent service.
Mais les codes du travail restrictifs du Québec obligent un entrepreneur ontarien à refuser de faire du travail dans La Belle Province, à peine à trois minutes de chez moi. Mon amie du côté québécois de la rivière se languit toujours dans une maison dont la peinture est à refaire.
C’est la même histoire dans tout le Canada. Les professeurs oeuvrant dans une juridiction ne peuvent se déplacer dans une autre pour travailler en raison du système de permis de la province X ou du territoire Y; ainsi, un gradué d’un collège manitobain aurait été formé sous d’autres standards et ne pourrait pas enseigner à un jeune de 12 ans du Nouveau-Brunswick. Jusqu’à tout récemment, les producteurs de vins de la Colombie- Britannique ne pouvaient pas vendre leurs produits aux visiteurs qui venaient d’une autre région du pays.
Tout cela démontre bien que le Canada est loin d’être une entité économique unifiée. De bien des façons, la circulation des biens, des personnes et des capitaux entre les pays, dans l’Union européenne, par exemple, est plus libre qu’entre les diverses régions du Canada. On est impatient d’ériger des barrières artificielles pour les Canadiens qui veulent juste gagner leur vie, peindre la chambre d’amis ou rapporter à la maison une caisse de Pinot Noir.
Toutes les régions sont responsables de cet état de fait. C’est tellement… provincial.
Pendant ce temps, de retour à la Constitution, l’article traitant des échanges et du commerce de notre Constitution est en état de dormance. Il est neutralisé par une succession de gouvernements terrifiés à l’idée de déranger des patrons d’entreprises provinciales avec des discussions sur la possibilité de créer un espace économique canadien.
Pendant que le gouvernement fédéral maintient son idée de faire tomber de nombreuses barrières entre les régions, il ne devrait pas avoir peur d’exercer sa prérogative constitutionnelle dans la poursuite d’une économie canadienne unifiée. Mais on est loin de la coupe aux lèvres.







